Avec Nasrallah, c’est dĂ©finitivement dans son intonation ; chaque mot qu’il prononce est soulignĂ©, il parle avec un sourire Ă moitiĂ© amusĂ© qui donne Ă ses auditeurs le sentiment qu’il a un autre tour dans son sac.
Swagger transmet la confiance en soi, et donc quiconque entend Nasrallah parvient Ă tomber amoureux de son image – s’il se vante, il sait probablement quelque chose que nous ignorons.
Comment Nasrallah a-t-il perdu confiance ?
Quelque chose a changé dans les deux derniers discours de Nasrallah. Ces deux discours ont été prononcés la même semaine, ce qui est le premier signe que quelque chose a réussi à l’ébranler.
Les deux derniers discours manquaient Ă©galement de son Ă©loquence caractĂ©ristique. La fluiditĂ© de la parole est contrĂ´lĂ©e par les parties rationnelles du cerveau, mais lors du dernier discours, l’Ă©motion a pris le pas sur la rationalitĂ©. Les discours n’ont pas tissĂ© de perles de sagesse ou d’expressions linguistiques comme Nasrallah aime le faire – qui proviennent toutes d’une planification calculĂ©e de ses discours. Il s’agissait plutĂ´t de discours particulièrement agressifs et la première Ă©motion qui en ressortait Ă©tait la colère.
Et comme si la rĂ©alitĂ© du terrain ne suffisait pas, le ministre de la DĂ©fense Yoav Gallant a commencĂ© Ă lui dĂ©crire ces coups. Il a fait une dĂ©claration dĂ©montrant sa capacitĂ© « Ă parler arabe », Ă comprendre les règles du jeu. Après avoir fini de compter ses rĂ©alisations dans le Sud, Gallant s’installe dans le Nord.
« Le Hezbollah a progressĂ© d’un demi-kilomètre, nous avons grimpĂ© d’un niveau, nous pouvons monter jusqu’Ă 10. Nous pouvons attaquer non seulement dans un rayon de 20 kilomètres, mais aussi dans un rayon de 50 kilomètres. [Nous pouvons attaquer] Beyrouth et n’importe quel autre pays. « Les avions [de l’IAF] qui survolent dĂ©sormais le ciel libanais ont des cibles, ils savent comment les attaquer. Nous sommes prĂŞts Ă appliquer un garrot de Gaza Ă Beyrouth », a-t-il ajoutĂ© avec un clin d’Ĺ“il significatif.
En consĂ©quence, Al Jazeera a citĂ© le ministre de la DĂ©fense Gallant : « Les Ă©quations que le Hezbollah pensait avoir Ă©tablies se sont effondrĂ©es lorsque nous avons dĂ©cidĂ© d’attaquer Ă Damas, Beyrouth, Sidon et Nabatieh. »
Cela a dĂ©jĂ fait dĂ©vier Nasrallah et, dans son dernier discours, il a dĂ©clarĂ© : « Il parle d’environ 50 kilomètres et de Beyrouth, mais le Hezbollah dispose d’une capacitĂ© de missiles Ă©norme et prĂ©cise qui s’Ă©tend de Kiryat Shmona Ă Eilat. La vĂ©ritĂ© est que nous sommes confrontĂ©s Ă avec deux options : la rĂ©sistance ou la soumission, mais quel est le prix le plus Ă©levĂ© ? Et je dis que le prix de la soumission est Ă©levĂ© et dangereux.
Nasrallah n’a pas le choix, il doit continuer le jeu de la « poule » contre Gallant. MĂŞme s’il souhaite que les gens pensent qu’il a un plan bien pensĂ© dans lequel chaque Ă©tape est calculĂ©e et planifiĂ©e, il n’a aucune idĂ©e de ce que sera la prochaine Ă©tape. Il ne veut pas de guerre, mais il doit riposter, et dans de telles situations de « marche au bord du gouffre », aucune des parties n’a la capacitĂ© de savoir quand les rĂ©ponses et les contre-rĂ©ponses deviendront incontrĂ´lables.
Le jeu du « poulet » consiste Ă dĂ©terminer qui se rendra en premier. Le jeu simule deux conducteurs fonçant Ă toute vitesse sur une route Ă©troite, l’un vers l’autre. L’un d’eux doit faire un Ă©cart, sinon il y aura une collision frontale. Le « poulet » (le lâche) est le conducteur qui « se dĂ©gonfle » et fait un Ă©cart au dernier moment. Chaque joueur prĂ©fĂ©rerait que l’autre abandonne. Une situation dans laquelle aucun des deux n’abandonnera entraĂ®nera le pire rĂ©sultat pour les deux.
Le point de bascule est l’étape du jeu oĂą il n’y a pas de retour en arrière, donc IsraĂ«l doit, d’une part, montrer qu’il n’est pas en train de se rendre, ce que Gallant fait excellemment. En revanche, Nasrallah ne voudra pas s’enfuir la queue entre les jambes. Il serait donc bon pour nous de lui fournir une raison d’abandonner tout en Ă©conomisant du temps.




