Il y a des missiles — mais plus de poulet : la crise économique en Iran est grave et les citoyens sont désespérés

Un kilo de poulet Ă  dix fois le prix d’il y a quelques mois. Des hommes diplĂ´mĂ©s qui envisagent de dormir dans la rue. Des parlementaires qui, habituellement prompts Ă  clamer la grandeur de la RĂ©publique islamique, reconnaissent en public que les prix alimentaires ont dĂ©rapĂ©. L’Iran de 2026, après des mois de guerre et de choc Ă©conomique, prĂ©sente un visage que le rĂ©gime prĂ©fère ne pas montrer — mais que ses propres journaux et certains de ses propres Ă©lus n’arrivent plus Ă  taire.

Un rapport publiĂ© en Iran dresse un tableau de dĂ©sespoir croissant parmi les citoyens confrontĂ©s Ă  la perte d’emploi, aux dĂ©placements forcĂ©s et Ă  une inflation qui ne laisse plus de marge. L’un des tĂ©moignages les plus frappants est celui d’un homme de quarante ans, diplĂ´mĂ© de l’universitĂ©, qui a perdu son travail pendant la guerre et a brièvement envisagĂ© de vivre dans une boĂ®te en carton avec son Ă©pouse. « Ce qui m’effrayait le plus, c’Ă©tait un avenir oĂą rien n’Ă©tait certain », a-t-il confiĂ©. Une autre voix, celle d’un habitant qui a vu des frappes de missiles dĂ©truire des maisons autour de lui, raconte qu’en rĂ©alisant que son propre logement Ă©tait encore debout, il a ressenti de la culpabilitĂ© plutĂ´t que du soulagement.

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Ce double choc — la guerre d’abord, puis ses consĂ©quences Ă©conomiques immĂ©diates — est devenu le quotidien de nombreux Iraniens. Un habitant interrogĂ© a qualifiĂ© de « surrĂ©aliste » le fait de passer devant des commerces vendant des produits du quotidien devenus soudainement inaccessibles. L’adjectif dit tout : ce n’est plus une crise ordinaire, c’est une rupture avec la rĂ©alitĂ© telle qu’elle Ă©tait connue.

Les chiffres confirment ce ressenti. Plusieurs journaux tĂ©hĂ©ranais ont rapportĂ© la semaine dernière qu’un kilogramme de poulet atteignait 15 millions de rials iraniens — soit environ un dixième du salaire mensuel d’un travailleur ordinaire. Pour comprendre l’ampleur du vertige : si l’on appliquait une telle proportion au salaire mĂ©dian français, un seul kilo de poulet coĂ»terait près de deux cents euros. La viande, produit de base dans tout foyer, est devenue un luxe.

Ce qui est peut-ĂŞtre le signe le plus Ă©loquent du niveau de la crise, c’est la rupture dans le discours officiel. Certains membres du Parlement iranien — une institution qui a longtemps rivalisĂ© de rhĂ©torique sur la « rĂ©sistance » et la « puissance nationale » — ont reconnu publiquement la gravitĂ© de la hausse des prix alimentaires. Ce n’est pas anodin dans un système oĂą la ligne officielle a toujours consistĂ© Ă  attribuer les difficultĂ©s Ă©conomiques aux sanctions occidentales plutĂ´t qu’aux choix du rĂ©gime.

Car c’est bien lĂ  que rĂ©side la contradiction qui ronge la RĂ©publique islamique de l’intĂ©rieur. L’Iran produit des missiles balistiques — et s’en vante. Il finance des milices Ă  travers tout le Moyen-Orient. Il a engagĂ© une confrontation directe qui lui a coĂ»tĂ© des mois de guerre. Mais il ne parvient pas — ou ne veut pas — garantir Ă  ses propres citoyens l’accès Ă  un poulet pour nourrir leur famille. La formule du titre original, dans sa brutalitĂ© lapidaire, rĂ©sume mieux que n’importe quelle analyse ce paradoxe : des missiles, oui. De la volaille, non.

Cette rĂ©alitĂ© commence Ă  peser sur le dĂ©bat politique interne. Selon le rapport, la dĂ©gradation Ă©conomique renforce la position de ceux, au sein mĂŞme de l’establishment iranien, qui estiment qu’une forme de nĂ©gociation avec Washington est dĂ©sormais inĂ©vitable. Après des mois de guerre et d’instabilitĂ©, des voix conservatrices qui auraient autrefois qualifiĂ© toute diplomatie de trahison reconnaissent de plus en plus ouvertement l’ampleur de la pression que subit la population ordinaire. Les durs continuent de prĂ©senter la diplomatie comme une gestion de la rĂ©sistance plutĂ´t qu’une concession — mais le glissement sĂ©mantique lui-mĂŞme rĂ©vèle quelque chose.

Le dĂ©sespoir Ă©conomique a une histoire en Iran. La RĂ©publique islamique a traversĂ© de multiples crises — l’inflation dĂ©vastatrice de 2018, la chute du rial, les pĂ©nuries rĂ©pĂ©tĂ©es. Chaque fois, elle a survĂ©cu grâce Ă  une combinaison de rĂ©pression, de subventions partielles et d’une capacitĂ© Ă  faire endurer aux citoyens des conditions que d’autres sociĂ©tĂ©s n’auraient pas acceptĂ©es. Mais quelque chose semble diffĂ©rent cette fois : la guerre a ajoutĂ© une dimension psychologique que les crises purement Ă©conomiques n’avaient pas. L’homme qui regarde sa maison encore debout et ressent de la culpabilitĂ© plutĂ´t que du soulagement n’est pas en train de vivre une crise Ă©conomique — il vit une blessure collective qui ne se soignera pas avec des subventions.


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