Iran : deux infirmières torturées et violées en groupe pour avoir soigné des manifestants

Des agents de sécurité iraniens ont torturé et violé collectivement deux infirmières d’un hôpital de Téhéran dont le seul crime était d’avoir soigné des blessés lors du soulèvement de janvier. Un témoignage exclusif qui révèle l’horreur systématique derrière les murs des centres de détention du régime.

Ce n’est pas une rumeur, ni une allégation isolée. C’est un récit documenté, recueilli auprès de sources basées à Téhéran qui ont demandé l’anonymat par crainte de représailles, et publié en exclusivité par Iran International. Deux infirmières travaillant au Centre cardiovasculaire, médical et de recherche Rajaei à Téhéran ont été torturées et violées collectivement à plusieurs reprises par des agents de sécurité lors de leur détention — pour avoir refusé d’obéir aux ordres et soigné des manifestants blessés dans la nuit du 8 janvier 2026.

La nuit du 8 janvier

Ce soir-là, à partir de 21 heures, des dizaines de personnes blessées par des munitions réelles ont été transférées d’urgence à l’hôpital Rajaei, situé dans le quartier Vali-Asr de Téhéran. Les agents impliqués dans la répression des manifestants ont ordonné au personnel hospitalier de ne pas fournir de soins médicaux aux blessés. Sur les 27 membres du personnel et infirmières présents dans le service cette nuit-là, 14 ont refusé cet ordre et tenté de traiter les blessés. Parmi eux, sept infirmières femmes ont continué à prodiguer des soins d’urgence pendant plusieurs heures, jusqu’aux alentours de minuit.

Les forces de sécurité ont ensuite pénétré dans l’hôpital et ont ouvert le feu sur certains des patients blessés. Quand les infirmières et le personnel ont protesté contre ces tirs, ils ont été battus et transférés au sous-sol de l’hôpital, dans une zone de stockage. Selon des témoins, deux des sept infirmières ont été abattues devant les autres. Le personnel a été averti de ne pas toucher les corps, qui sont restés sur place. Les familles des deux infirmières tuées ont retrouvé leurs corps plusieurs jours plus tard à Kahrizak — le sinistre centre de détention déjà tristement célèbre depuis les événements de 2009. Les cinq autres infirmières ont été arrêtées et transférées en détention, leurs familles restant sans nouvelles pendant des semaines.

Des tortures d’une brutalité indicible

Ce qui s’est passé en détention dépasse en horreur ce que les mots peuvent aisément transmettre. La première infirmière, âgée de 33 ans, a été violée à plusieurs reprises pendant sa détention. Selon les sources, des agents l’ont agressée sexuellement avec les doigts, puis violée en groupes de deux ou trois hommes sur plusieurs jours consécutifs. Ils ont également commis une pénétration anale avec un objet étranger, provoquant des saignements sévères.

Ses blessures étaient si graves que les médecins ont dû lui retirer une partie de l’intestin — elle vit désormais avec une stomie. Son utérus a également subi des déchirures sévères et elle a déjà subi deux opérations chirurgicales. Les médecins pourraient finalement être contraints de lui retirer l’utérus complètement. Avant d’être transférée en salle d’opération, l’infirmière a supplié à plusieurs reprises les médecins de ne pas la laisser survivre, déclarant que si elle sortait vivante de l’opération, elle mettrait fin à ses jours. Selon un témoin oculaire, son état psychologique est si grave que ses mains sont actuellement attachées au lit d’hôpital pour l’empêcher de se blesser, sous la supervision permanente des forces de sécurité.

La deuxième infirmière a également été violée collectivement en détention. Une partie de son intestin a été sévèrement endommagée et elle porte également une stomie. En raison de saignements sévères, les médecins lui ont retiré l’utérus complètement.

Le contrat de silence imposé par le régime

La mécanique de l’impunité du régime ne s’arrête pas à la violence physique — elle s’étend à la fabrication d’un récit officiel destiné à effacer les traces des crimes commis. Selon les sources, la famille de l’une des infirmières a été contrainte de verser des sommes importantes à un officier du renseignement pour obtenir sa libération. Un document a ensuite été préparé stipulant que la femme avait contracté un mariage temporaire avec l’un des agents — une procédure destinée à créer les conditions juridiques de sa libération. Elle a également été contrainte de signer un engagement déclarant qu’après sa libération, elle affirmerait avoir été abusée et violée par des « émeutiers » — retournant ainsi la responsabilité de ses bourreaux sur les manifestants eux-mêmes.

Une stratégie systématique, pas des actes isolés

Ces témoignages ne sont pas apparus dans le vide. Amnesty International a averti que des milliers de personnes détenues dans le cadre des troubles nationaux risquaient la torture et d’autres mauvais traitements en détention, y compris des violences sexuelles. L’ONU a également exprimé ses préoccupations : Sara Hossain, présidente de la Mission d’enquête internationale indépendante sur l’Iran établie par le Conseil des droits de l’homme, a déclaré que la mission avait rassemblé des preuves de violations graves des droits de l’homme, notamment des meurtres arbitraires, de la torture, des violences sexuelles, des arrestations arbitraires et des aveux forcés.

Iran International avait déjà rapporté le mois dernier que des manifestantes détenues lors des protestations des 8 et 9 janvier avaient été violées et agressées sexuellement en détention. Deux adolescentes de 15 et 17 ans arrêtées lors des manifestations du 8 janvier ont été violées par des soldats en service dans un centre de détention. Une enquête d’un an menée par Iran International a par ailleurs documenté l’utilisation systématique et généralisée de la violence sexuelle par les forces de sécurité contre des manifestants détenus lors du soulèvement de 2022, déclenché par la mort en détention de Mahsa Jina Amini.

Les violences sexuelles commises par les forces de sécurité iraniennes ne sont pas des actes isolés. Elles s’inscrivent dans une stratégie délibérée, calculée, visant à étouffer toute dissidence — une stratégie aussi ancienne que la République islamique elle-même.

Le soulèvement de janvier 2026 a fait au moins 36 500 morts selon les chiffres largement relayés par les groupes de défense des droits. Derrière ce chiffre, il y a des visages, des corps brisés, des histoires comme celle de ces deux infirmières — qui n’avaient d’autre crime que d’avoir fait leur métier.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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