La guerre contre l’Iran vide les États-Unis de leurs forces : l’Europe a reçu un avertissement exceptionnel

French President Emmanuel Macron, British Prime Minister Keir Starmer and Ukraine’s President Volodymyr Zelenskyy attend a meeting of leaders during a summit on Ukraine at Lancaster House in London, Britain, March 2, 2025. Christophe Ena/Pool via REUTERS

Le Pentagone a officialisĂ© vendredi 1er mai le retrait de quelque 5 000 militaires amĂ©ricains stationnĂ©s en Allemagne, dans un dĂ©lai de six Ă  douze mois. L’annonce a l’allure d’une sanction. Elle intervient directement après une salve de critiques du chancelier allemand Friedrich Merz Ă  l’adresse de Washington, et au moment oĂą la guerre menĂ©e par les États-Unis et IsraĂ«l contre l’Iran mobilise des ressources militaires amĂ©ricaines sans prĂ©cĂ©dent depuis des dĂ©cennies, laissant le flanc europĂ©en de l’OTAN dans une position inconfortable que peu osaient formuler Ă  voix haute — jusqu’ici.

Merz critique, Trump riposte

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La mèche a Ă©tĂ© allumĂ©e lundi dernier. Friedrich Merz, le chancelier conservateur allemand, a estimĂ© publiquement que Washington n’avait « visiblement aucune stratĂ©gie » en Iran et que TĂ©hĂ©ran « humiliait » la première puissance mondiale. Des mots lourds, prononcĂ©s Ă  un moment particulièrement sensible : les nĂ©gociations entre Washington et TĂ©hĂ©ran sont dans l’impasse, la trĂŞve de deux semaines dĂ©crĂ©tĂ©e après le premier round de frappes touche Ă  sa fin et la question d’une reprise des opĂ©rations militaires amĂ©ricaines reste entière.

Trump n’a pas tardĂ© Ă  rĂ©pliquer. Sur son rĂ©seau Truth Social, il a rĂ©pondu que Merz « pensait qu’il Ă©tait acceptable que l’Iran se dote de l’arme nuclĂ©aire » et qu’il « ne savait pas de quoi il parlait ». Puis, quelques jours plus tard, il a mis ses menaces Ă  exĂ©cution : le Pentagone a annoncĂ© le retrait d’environ 15 % des 36 000 soldats amĂ©ricains dĂ©ployĂ©s en Allemagne. Un porte-parole du ministère de la DĂ©fense a dĂ©clarĂ© que le retrait serait « achevĂ© dans les six Ă  douze prochains mois ».

L’Allemagne n’est pas seule dans le viseur. Trump a Ă©galement Ă©voquĂ© une possible rĂ©duction des forces amĂ©ricaines en Italie et en Espagne, deux pays membres de l’OTAN qu’il a ouvertement fustigĂ©s. « L’Italie n’a Ă©tĂ© d’aucune aide et l’Espagne a Ă©tĂ© odieuse, absolument odieuse », a-t-il dĂ©clarĂ©. Fin 2025, ces deux pays accueillaient respectivement environ 12 600 et 3 800 soldats amĂ©ricains en service actif.

Une Europe exposée à ses propres fragilités

Le retrait annoncĂ© touche Ă  des installations qui ne sont pas des bases ordinaires. L’Allemagne abrite les quartiers gĂ©nĂ©raux des commandements amĂ©ricains pour l’Europe et pour l’Afrique, la base aĂ©rienne de Ramstein — l’une des plus importantes au monde pour la logistique militaire amĂ©ricaine — ainsi qu’un centre mĂ©dical Ă  Landstuhl qui a soignĂ© des milliers de blessĂ©s des guerres en Afghanistan et en Irak. Des armes nuclĂ©aires amĂ©ricaines y sont Ă©galement stationnĂ©es, dans le cadre du dispositif de dissuasion nuclĂ©aire partagĂ© de l’OTAN.

L’OTAN a indiquĂ© « travailler » avec les États-Unis pour « mieux comprendre » la dĂ©cision. Une formule prudente qui dit Ă  la fois l’inquiĂ©tude et l’impuissance. Le ministre allemand de la DĂ©fense, Boris Pistorius, a affichĂ© une posture volontariste : le retrait Ă©tait « attendu », a-t-il affirmĂ©, ajoutant que l’Europe devait « prendre plus de responsabilitĂ©s pour sa propre sĂ©curitĂ© ». L’Union europĂ©enne, de son cĂ´tĂ©, a rappelĂ© que la prĂ©sence militaire amĂ©ricaine en Europe servait « Ă©galement les intĂ©rĂŞts des États-Unis dans le cadre de leur action Ă  l’Ă©chelle mondiale ». Un rappel Ă  peine voilĂ© que le dĂ©sengagement amĂ©ricain n’est pas sans coĂ»t pour Washington non plus.

La guerre en Iran, rĂ©vĂ©lateur d’une fracture transatlantique

Ce qui se joue dĂ©passe le simple bras de fer Merz-Trump. La guerre contre l’Iran — lancĂ©e fin fĂ©vrier 2026 par une opĂ©ration conjointe amĂ©ricano-israĂ©lienne — a exposĂ© au grand jour une fracture transatlantique que les annĂ©es de coopĂ©ration diplomatique avaient rĂ©ussi Ă  masquer. Les États-Unis et IsraĂ«l n’ont consultĂ© aucune capitale europĂ©enne avant de dĂ©clencher les frappes. Plusieurs pays membres de l’OTAN — la France, l’Espagne notamment — ont refusĂ© que leurs bases ou leur espace aĂ©rien soient utilisĂ©s pour des missions offensives contre l’Iran, tout en autorisant le transit pour les opĂ©rations dĂ©fensives dans le Golfe.

Cette ambiguĂŻtĂ© calculĂ©e, qui visait Ă  ne froisser ni Washington ni l’opinion publique interne, n’a pas suffi Ă  satisfaire un Trump qui exige un alignement sans nuance. Les alliĂ©s qui hĂ©sitent, qui questionnent, qui calculent — tous se retrouvent aujourd’hui dans la ligne de mire d’une Maison-Blanche qui traduit chaque rĂ©serve en reprĂ©sailles concrètes.

Pour les chancelleries europĂ©ennes, le message est d’une clartĂ© brutale : dans la lecture trumpienne du monde, l’alliance atlantique n’est plus un pacte de sĂ©curitĂ© collective fondĂ© sur des valeurs partagĂ©es. C’est un contrat de services, oĂą le client amĂ©ricain est en droit d’exiger la loyautĂ© de ses sous-traitants europĂ©ens — ou de leur couper les vivres.

Ce que cela change pour Israël et la région

Pour IsraĂ«l, cette dynamique offre une lecture Ă  double lecture. D’un cĂ´tĂ©, la soliditĂ© du soutien amĂ©ricain Ă  l’opĂ©ration militaire contre l’Iran reste entière — Trump a confirmĂ© que la guerre se poursuivrait jusqu’Ă  l’obtention de garanties sur le nuclĂ©aire iranien. De l’autre, une Europe affaiblie et dĂ©pendante de sa propre dĂ©fense est une Europe moins capable de peser diplomatiquement dans les Ă©quations rĂ©gionales — ce qui, paradoxalement, rĂ©duit les pressions extĂ©rieures sur IsraĂ«l tout en rendant le contexte gĂ©opolitique global plus instable.

La dĂ©cision du Pentagone s’ajoute Ă  un tableau de plus en plus tendu : des nĂ©gociations irano-amĂ©ricaines en impasse Ă  Islamabad, une trĂŞve qui expire, un Iran qui aurait conservĂ© une partie significative de son arsenal de missiles en les dĂ©plaçant vers l’est — hors de portĂ©e des missiles de prĂ©cision amĂ©ricains — et une demande du Commandement central amĂ©ricain de dĂ©ployer en urgence le missile hypersonique Dark Eagle, dont ce serait la première mise en service opĂ©rationnelle.

L’Europe, elle, regarde. Et commence Ă  comprendre qu’elle devra, seule ou presque, assumer une part de son destin sĂ©curitaire qu’elle avait depuis 1945 dĂ©lĂ©guĂ© Ă  Washington.


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