Des images le reprĂ©sentant avec des papillotes — ces longues mèches caractĂ©ristiques des Juifs ultra-orthodoxes —, d’autres le montrant ornĂ© d’une Ă©toile de David. Des caricatures inspirĂ©es d’un rĂ©pertoire antisĂ©mite plusieurs fois sĂ©culaire, retournĂ©es cette fois comme arme contre un responsable religieux chrĂ©tien. Le Patriarche maronite du Liban, BĂ©chara al-RaĂŻ, a Ă©tĂ© la cible cette semaine d’une campagne virulente sur les rĂ©seaux sociaux, alimentĂ©e par des accusations de « normalisation » avec IsraĂ«l. L’affaire a aussitĂ´t provoquĂ© la rĂ©action du prĂ©sident libanais, et un dĂ©saveu public — pour le moins inattendu — du Hezbollah.
Une campagne de haine ciblée
Selon le quotidien libanais An-Nahar, plusieurs comptes ont diffusĂ© des contenus que des responsables libanais ont qualifiĂ©s d’infâmes : montages photographiques, insultes, accusations de trahison et de collaboration. La campagne n’a pas Ă©pargnĂ© le souvenir du Patriarche Nasrallah Sfeir, prĂ©dĂ©cesseur de BĂ©chara al-RaĂŻ, dĂ©cĂ©dĂ© en 2019 et figure majeure de l’Église maronite. Des sources proches du dossier ont indiquĂ© que des signes de risques concrets ont Ă©tĂ© identifiĂ©s dans le sillage de ces publications, et que des demandes ont Ă©tĂ© adressĂ©es aux autoritĂ©s compĂ©tentes et Ă la justice pour agir rapidement afin de tracer les responsables. Le terme utilisĂ© par les observateurs est clair : il s’agit d’une campagne d’incitation sectaire, dĂ©libĂ©rĂ©ment conçue pour enflammer les tensions communautaires.
Le Patriarche BĂ©chara al-RaĂŻ est depuis plusieurs annĂ©es l’une des voix chrĂ©tiennes les plus audibles au Liban. Il a rĂ©gulièrement plaidĂ© pour la « neutralitĂ© » du Liban dans les conflits rĂ©gionaux, une position qui le met structurellement en opposition avec le Hezbollah, dont la doctrine est prĂ©cisĂ©ment fondĂ©e sur l’engagement armĂ© aux cĂ´tĂ©s de l’Iran dans les conflits de la rĂ©gion. Cette neutralitĂ© revendiquĂ©e, le Hezbollah la perçoit comme une menace idĂ©ologique — et certains de ses partisans comme une forme de collusion avec l’ennemi.
Joseph Aoun et Samir Geagea montent au créneau
La rĂ©action du prĂ©sident libanais Joseph Aoun a Ă©tĂ© ferme et immĂ©diate. Il a dĂ©clarĂ© que les attaques mĂ©diatiques contre les chefs de communautĂ©s chrĂ©tiennes et islamiques et contre les leaders spirituels constituaient « un acte honteux et inacceptable, compte tenu des valeurs que ces leaders reprĂ©sentent, qui dĂ©passent la dimension religieuse pour toucher Ă la dimension nationale ». Il a appelĂ© l’ensemble des acteurs Ă circonscrire leurs dĂ©saccords dans le cadre politique et Ă s’abstenir de tout affront personnel.
Samir Geagea, chef du parti des Forces libanaises — l’un des principaux partis chrĂ©tiens du pays — a lui aussi rĂ©agi, en prenant directement contact avec le Patriarche pour lui exprimer sa solidaritĂ© et son soutien face Ă cette campagne.
Le Hezbollah se désolidarise — mais reste le suspect principal
L’Ă©lĂ©ment le plus frappant de cette sĂ©quence reste peut-ĂŞtre le dĂ©saveu express du Hezbollah. L’organisation a publiĂ© un communiquĂ© dĂ©nonçant ces « insultes vulgaires qui font descendre le discours politique Ă un niveau rĂ©pugnant et en font un instrument pour semer la discorde ». Le Hezbollah a Ă©galement appelĂ© ses partisans à « ne pas se laisser entraĂ®ner » dans cette dynamique.
Un dĂ©saveu qui sonne creux pour beaucoup d’observateurs libanais. L’organisation est explicitement citĂ©e comme le principal suspect derrière la campagne, mĂŞme si aucune preuve directe n’a Ă©tĂ© rendue publique Ă ce stade. Le fait que le Hezbollah ait jugĂ© nĂ©cessaire de prendre ses distances publiquement — et rapidement — suggère que la pression politique Ă©tait dĂ©jĂ suffisante pour rendre toute ambiguĂŻtĂ© coĂ»teuse. Il faut lire le communiquĂ© pour ce qu’il est : une tentative de limiter les dĂ©gâts diplomatiques, pas une rupture de fond avec les logiques qui ont engendrĂ© cette campagne.
Une mĂ©canique d’intimidation bien rodĂ©e
Ce n’est pas la première fois que des figures chrĂ©tiennes libanaises qui entretiennent des liens — mĂŞme indirects — avec IsraĂ«l ou qui prĂ´nent une ligne de neutralitĂ© nationale se retrouvent dans le viseur d’une machine d’intimidation. En 2022, l’Ă©vĂŞque Mousa al-Hajj avait Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© et retenu pendant de longues heures au point de passage de Rosh Hanikra alors qu’il revenait d’IsraĂ«l avec des dons — argent et mĂ©dicaments — collectĂ©s par des communautĂ©s druzes et maronites israĂ©liennes pour leurs coreligionnaires libanais dans le besoin. L’affaire avait provoquĂ© un tollĂ© dans la communautĂ© chrĂ©tienne libanaise et soulevĂ© des questions sur la libertĂ© rĂ©elle des fidèles maronites de maintenir leurs liens avec la diaspora et la communautĂ© en IsraĂ«l.
La campagne contre BĂ©chara al-RaĂŻ s’inscrit dans cette mĂŞme logique : discrĂ©diter, intimider, tracer une frontière entre « bons » et « mauvais » Libanais, en utilisant l’accusation de collusion avec l’ennemi sioniste comme arme maximale. Dans un pays oĂą les Ă©quilibres confessionnels sont toujours au bord du prĂ©cipice, ce type de campagne n’est jamais innocent. Il vise Ă fracturer, Ă polariser, Ă dissuader ceux qui seraient tentĂ©s de penser diffĂ©remment.
Le prĂ©sident Aoun, arrivĂ© au pouvoir dans un contexte de reconstruction laborieuse de l’État libanais après des annĂ©es de vacance institutionnelle, a fait de la cohĂ©sion nationale un axe central de son mandat. Sa rĂ©action rapide Ă cette campagne tĂ©moigne d’une conscience aiguĂ« du danger que reprĂ©sente toute tentative de rouvrir les fractures communautaires — dans un pays qui n’a jamais totalement refermĂ© les plaies de sa guerre civile.
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Les tensions autour de la communauté maronite et de ses liens avec Israël ne sont pas nouvelles. Nos analyses précédentes éclairent le contexte :
👉 Le Hezbollah dĂ©tient un Ă©vĂŞque libanais bien connu après un voyage en IsraĂ«l — l’arrestation de l’Ă©vĂŞque Musa al-Hajj au retour d’IsraĂ«l, une affaire rĂ©vĂ©latrice des pressions exercĂ©es sur les chrĂ©tiens libanais qui maintiennent des liens avec l’État hĂ©breu.
👉 Hezbollah, l’ombre d’une guerre civile : l’avertissement voilĂ© de NaĂŻm Qassem — comment le Hezbollah continue d’instrumentaliser la menace communautaire pour prĂ©server son emprise sur la scène politique libanaise.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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