La livre turque a subi un autre revers lundi et elle est tombĂ©e Ă un nouveau plus bas par rapport au dollar – juste un jour après que le prĂ©sident turc Recep Tayyip Erdogan se soit tenu devant les camĂ©ras et ait vigoureusement dĂ©fendu sa dĂ©cision de baisser les taux d’intĂ©rĂŞt encore et encore, malgrĂ© un avertissement de la plupart des Ă©conomistes qui s’y opposent. Après qu’Erdogan ait justifiĂ© hier soir sa dĂ©cision, entre autres, sur les valeurs islamiques, aujourd’hui la valeur de la livre a chutĂ© de 11 % par rapport Ă vendredi, et elle atteint dĂ©sormais 1840 livres pour un dollar. Depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, la livre a perdu plus de 55 % de sa valeur, et au cours des 30 derniers jours seulement, elle a perdu 37 %.
La Banque centrale de Turquie a baissĂ© les taux d’intĂ©rĂŞt Ă plusieurs reprises depuis septembre, et bien qu’elle soit censĂ©e ĂŞtre indĂ©pendante en principe, il est clair pour tout le monde qu’elle opère sous la pression d’Erdogan, dont beaucoup occupent des postes de direction dans la banque. Erdogan, qui s’est prĂ©cĂ©demment dĂ©clarĂ© « l’ennemi des taux d’intĂ©rĂŞt » et a dĂ©jĂ Ă©vincĂ© trois gouverneurs en raison de dĂ©saccords professionnels avec eux, insiste sur le fait que les taux d’intĂ©rĂŞt Ă©levĂ©s provoquent de l’inflation, contrairement Ă la conception Ă©conomique conventionnelle.
Il prĂ©tend souvent que la Turquie mène actuellement une « guerre d’indĂ©pendance Ă©conomique » dont elle sortira forte, et a promis de maintenir des taux d’intĂ©rĂŞt bas et de promouvoir la croissance, les exportations et l’emploi.
La forte baisse de la valeur de la livre turque a provoquĂ© une augmentation spectaculaire du coĂ»t de la vie ces derniers mois, et beaucoup en Turquie, un pays de plus de 83 millions d’habitants, ont des difficultĂ©s Ă acheter de la nourriture et des produits de base. Bien que la situation Ă©conomique ait rĂ©cemment provoquĂ© une baisse de la sympathie pour Erdogan en public, dans une dĂ©claration qu’il a publiĂ©e hier, il a promis de s’en tenir au taux d’intĂ©rĂŞt bas, et pour tenter de justifier son refus de l’augmenter, il a citĂ© la loi islamique interdisant les intĂ©rĂŞts concernant des prĂŞts. « N’attendez rien d’autre de moi », dit-il avec assurance. « En tant que musulman, je continuerai Ă faire ce que notre religion nous dit. C’est le commandement. »
Les Ă©conomistes sont Ă©galement très critiques Ă l’Ă©gard de cet argument. « Il est impossible de gĂ©rer sur cette base une Ă©conomie moderne qui s’intègre au marchĂ© mondial », dĂ©clare Timothy Ash de BlueBay Asset Management. « MĂŞme l’Arabie saoudite (l’un des pays les plus fervents du monde lorsqu’il s’agit de se conformer Ă la loi islamique) n’essaie pas d’adopter une gestion macroĂ©conomique tout en respectant pleinement les règles de la charia. »
La politique d’Erdogan est Ă©galement confrontĂ©e Ă une opposition croissante de la part de hauts dirigeants turcs, y compris de ceux qui l’ont soutenu dans la plupart de ses dĂ©marches au cours de ses 19 annĂ©es au pouvoir. Le lobby des entreprises TUSIAD, dont les grands exportateurs sont membres, a publiĂ© ce week-end une dĂ©claration inhabituellement dure Ă l’encontre du prĂ©sident : « Les dĂ©cisions politiques mises en Ĺ“uvre ici crĂ©ent de nouveaux problèmes Ă©conomiques non seulement pour les entreprises mais aussi pour nos citoyens », peut-on lire. « Les dommages causĂ©s Ă l’Ă©conomie doivent ĂŞtre Ă©valuĂ©s de toute urgence et l’application des principes Ă©conomiques Ă©tablis doit ĂŞtre rendue rapidement, dans le cadre du travail d’une Ă©conomie de marchĂ©. »
Dans un communiquĂ©, l’organisation a appelĂ© Ă un retour aux « règles Ă©conomiques acceptĂ©es », mais hier soir, Erdogan l’a Ă©galement attaquĂ©, prĂ©cisant qu’il n’abandonnerait pas : « Vous avez un rĂ´le, c’est d’investir, de produire, d’employer et apporter de la croissance », a-t-il dĂ©clarĂ©. « Ne cherchez pas diffĂ©rentes manières d’attaquer le gouvernement. Vous ne pourrez pas gagner la bataille contre nous. »
Les diplomates estiment qu’Erdogan s’est fixĂ© comme objectif de parvenir Ă la croissance Ă tout prix, en espĂ©rant que cela l’aidera Ă remporter la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle, Ă la mi-2023. Il poursuit en affirmant que les difficultĂ©s auxquelles le pays est confrontĂ© sont un Ă©lĂ©ment essentiel de la « guerre d’indĂ©pendance Ă©conomique », qui vise Ă Ă©liminer la dĂ©pendance de la Turquie Ă l’Ă©gard des investissements Ă©trangers et des importations de produits tels que le gaz et le pĂ©trole.
Dans une tentative d’inspirer confiance au public, Erdogan a dĂ©clarĂ© hier que dans le passĂ©, il avait dĂ©jĂ rĂ©ussi Ă rĂ©duire l’inflation en Turquie Ă environ 4 %, et que mĂŞme maintenant, il sera en mesure de l’abaisser lĂ -bas par rapport au taux auquel elle est , de plus de 21 %.
Jeudi, Erdogan a annoncĂ© une augmentation de 50 % du salaire minimum, mais de nombreux Turcs estiment que cette Ă©tape ne sera pas suffisante. Des milliers de personnes ont manifestĂ© ce week-end Ă Istanbul et dans la ville de Diyarbakir, dans le sud-est de la Turquie, pour protester contre la hausse des prix des animaux, et plusieurs compagnies de ferry Ă destination et en provenance d’Istanbul ont Ă©tĂ© contraintes de suspendre leurs opĂ©rations en raison de l’incapacitĂ© de couvrir les coĂ»ts causĂ©s par le crash de la livre.





