Depuis le point d’observation de Maroun al-Ras, le regard porte sur Bint Jbeil, l’ancienne capitale de la terreur chiite au Liban, qui apparaĂ®t aujourd’hui presque entièrement dĂ©truite : bâtiments gris, rues dĂ©sertes, dĂ©combres Ă perte de vue. Difficile de croire que des milliers d’habitants y vivaient encore il y a seulement quatre mois.
Pourtant, la rĂ©alitĂ© reste plus complexe qu’il n’y paraĂ®t. MalgrĂ© cette image de dĂ©vastation, seuls environ 40 % des infrastructures terroristes de la localitĂ© ont Ă©tĂ© dĂ©truits Ă ce jour. Dans l’armĂ©e israĂ©lienne, on estime que leur destruction complète sera achevĂ©e d’ici quelques semaines seulement — non seulement Ă Bint Jbeil, mais dans l’ensemble des 52 villages du sud du Liban que Tsahal occupe depuis l’Ă©vacuation de leur population.
Un bilan qui approche son terme
Selon l’armĂ©e, l’opĂ©ration baptisĂ©e « Charrue d’argent » pourrait ĂŞtre dĂ©clarĂ©e achevĂ©e dans un dĂ©lai relativement court. Elle vise, au total, la destruction d’environ 70 % des bâtiments et de 100 % des infrastructures terroristes dans l’ensemble du sud du Liban.
Le trajet depuis la zone d’Avivim, sur la frontière, jusqu’Ă Maroun al-Ras ne dure qu’un quart d’heure, et quelques minutes suffisent ensuite pour rejoindre Bint Jbeil. Sur le chemin qui mène du point d’observation vers l’ancienne capitale de la terreur chiite, on longe le virage oĂą, il y a vingt ans, lors de la Seconde guerre du Liban, huit combattants de la brigade Golani avaient trouvĂ© la mort, parmi lesquels le commandant RoĂŻ Klein, tombĂ© en se jetant sur une grenade pour sauver la vie de ses soldats. Ă€ la suite de cet affrontement, restĂ© cĂ©lèbre et particulièrement difficile, Tsahal n’avait alors pas rĂ©ussi Ă s’emparer de Bint Jbeil.
La vĂ©ritĂ©, c’est que mĂŞme lors de l’opĂ©ration « Flèches du Nord », la ville n’avait pas non plus Ă©tĂ© conquise par les forces israĂ©liennes. Sa prise, il y a plusieurs semaines, par les divisions 91 et 98 — qui ont menĂ© une manĹ“uvre tactique ayant permis de neutraliser environ 350 terroristes prĂ©sents sur place au dĂ©but de l’opĂ©ration « Rugissement du Lion » — reprĂ©sente donc en rĂ©alitĂ© la première entrĂ©e de Tsahal dans la ville depuis le retrait du sud du Liban en 2000. Environ 250 terroristes ont Ă©tĂ© tuĂ©s lors de la prise de Bint Jbeil, et une centaine d’autres ont fui vers les montagnes, oĂą Tsahal continue de les traquer et d’en Ă©liminer une partie.
Selon l’armĂ©e, il ne resterait Ă ce jour plus aucun terroriste dans la ville, sans que soit exclue la possibilitĂ© qu’une ou plusieurs cellules isolĂ©es s’y dissimulent encore, attendant le moment oĂą des combattants pĂ©nĂ©treraient dans l’une des maisons pour ouvrir le feu sur eux. L’armĂ©e part du principe que toute habitation qui n’a pas encore Ă©tĂ© dĂ©truite constitue un risque terroriste potentiel, ce qui explique que chaque entrĂ©e dans un tel bâtiment s’accompagne systĂ©matiquement de tirs de couverture, afin de protĂ©ger les forces engagĂ©es.
Un changement radical
Après quelques minutes de trajet supplĂ©mentaires, on atteint le cĂ©lèbre stade de football oĂą l’ancien secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait prononcĂ© en mai 2000 son discours dit « des toiles d’araignĂ©e ». Il y affirmait alors qu’IsraĂ«l n’Ă©tait en apparence qu’une puissance dotĂ©e de l’arme nuclĂ©aire et d’une force militaire considĂ©rable, mais qu’en rĂ©alitĂ©, le pays Ă©tait faible et fragile, sa rĂ©silience aussi tĂ©nue qu’une « toile d’araignĂ©e ».
Aujourd’hui pourtant, c’est prĂ©cisĂ©ment ce stade qui se retrouve en ruines, tout comme les habitations qui l’entourent — un rappel que la rĂ©alitĂ© rĂ©gionale s’est totalement inversĂ©e depuis ce discours.
Dans l’enceinte du stade, la journaliste a rencontrĂ© le lieutenant-colonel Z., commandant du 101e bataillon des parachutistes et lui-mĂŞme habitant du nord d’IsraĂ«l. Actuellement dĂ©ployĂ© Ă Gaza, il s’est dĂ©placĂ© pour accompagner la visite, ayant lui-mĂŞme participĂ©, avec ses hommes, Ă la prise de l’ancienne capitale de la terreur chiite. Le lieutenant-colonel Z. remarque un ballon de football abandonnĂ© au sol, le ramasse et le fait rebondir. Il admet ne pas avoir eu le temps de suivre la Coupe du monde, ne serait-ce qu’une minute. « Pas de temps pour le Mondial, mais on rattrapera avec les rediffusions », dit-il en riant.
Sur sa prĂ©sence en ce lieu prĂ©cis, et sur le fait de pouvoir faire rebondir un ballon lĂ oĂą se tenait Nasrallah il y a 26 ans, il confie : « C’est la meilleure façon possible de boucler la boucle. J’aurais aimĂ© ĂŞtre ici avec tous mes soldats, marquer des buts et faire un vrai match. »
« En tant qu’enfant du Nord, en tant que combattant de Tsahal, en tant que parachutiste, je ne peux pas dĂ©crire ce que je ressens autrement que par une profonde Ă©motion », poursuit-il. « Voir cet endroit, voir que nous avons le contrĂ´le opĂ©rationnel, qu’il y a ici une ligne de dĂ©fense, voir que nous continuons Ă retourner chaque maison et chaque pierre, ça fait du bien. Juste derrière nous, il y a eu des affrontements très durs, trois terroristes nous ont tirĂ© dessus, des hommes ont Ă©tĂ© blessĂ©s, et les gars continuent d’avancer, entrent dans les maisons, tuent les terroristes, dĂ©truisent les infrastructures ennemies. Ce n’est pas un seul combat. Il y en a eu beaucoup ici. Le bataillon 890 a essuyĂ© un tir antichar, Ă©vacuĂ© des blessĂ©s, et a poursuivi l’assaut. Pas le lendemain — dans la foulĂ©e. »
« C’est l’esprit des combattants aujourd’hui, c’est un esprit qui prolonge directement celui de RoĂŻ Klein et des combattants qui Ă©taient ici. Il y a une gĂ©nĂ©ration formidable, d’excellents combattants. J’espère qu’on nous laissera continuer, pour offrir une vraie sĂ©curitĂ© aux habitants du Nord, afin qu’ils puissent Ă nouveau remplir leurs stades. »
Sur le mĂŞme sujet, retrouvez Ă©galement nos articles sur le drapeau israĂ©lien plantĂ© au sud du Liban après l’appel du Hezbollah Ă un cessez-le-feu et sur l’extension des opĂ©rations de Tsahal au sud du Liban approuvĂ©e par l’Ă©tat-major.






