LA PENSEE ET LE FAIRE – Par Rony Akrich

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M. Edmond Fleg dans son Moise racontĂ© par les sages, oĂą MoĂŻse, au moment de sa mort, reçoit de Dieu une grâce ultime, celle d’entrevoir le temple de l’avenir sur le parvis duquel le Messie monte la garde et MoĂŻse s’Ă©crie: « Est-ce le temple du ciel ou celui de la terre ? » Le Messie lui rĂ©pond : « Moise, mon frère, c’est le temple du ciel que bâtira la terre.»

Cette idĂ©e donc se fait jour, qu’il appartient Ă  l’homme de rĂ©tablir l’unitĂ©, de rĂ©incarner la vĂ©ritĂ© cĂ©leste, de combler la fissure naturelle, fissure qui est devenue naturelle par suite de ce que l’on peut appeler la faute, et que cette tentation du choix ne peut ĂŞtre dĂ©passĂ©e que par la continuitĂ© d’un immense effort dans le temps.

Un temps hĂ©breu qui lui est rĂ©demption active. Bergson, que nous pensons ĂŞtre très juif en cela, disait que « le temps est jaillissement continu d’imprĂ©visible nouveautĂ© », que « le temps ne serait rien s’il n’Ă©tait invention et crĂ©ation. »

La Contemplation et l’Action, ces deux Ă©chappĂ©es sur la vĂ©ritĂ© peuvent s’aliĂ©ner dans le mensonge dès lors qu’elles perdent leur unitĂ© et leur complĂ©mentaritĂ© essentielles. Elles sont les deux pĂ´les de l’efficace humaine et cette efficace est brisĂ©e dès lors qu’un des pĂ´les s’isole de l’autre.

Il ne suffit pas de dire le « Shema », de proclamer l’unitĂ© divine chaque jour; l’unitĂ© divine doit se vivre dans l’effort humain pour l’actualiser. La contemplation pure peut ĂŞtre narcissique ou abolir l’efficace dont nous sommes porteurs. L’action pure est souvent aveugle, affirmation de soi plus ou moins animale. La contemplation active et l’action Ă©clairĂ©e sont la mise en Ĺ“uvre de toutes les forces de l’homme vers la vĂ©ritĂ©.

Il appartient Ă  IsraĂ«l de rappeler Ă  tous les peuples de la terre cette rĂ©vĂ©lation humaine Ă  laquelle ils participent tous. C’est pourquoi du reste dans cette fonction de rappel, IsraĂ«l est si souvent mal accueilli, mal reconnu. Il est mĂ©moire, il est rappel, mĂ©moire de la contemplation dans l’action, et des nĂ©cessitĂ©s de l’action dans la contemplation. Il est contemplatif dans l’action, actif dans la contemplation, car il est, mĂŞme lorsqu’il a des dĂ©faillances, le signe vivant de l’unitĂ©. Sa conscience est sans cesse en Ă©veil, et c’est pourquoi peut-ĂŞtre quelque chose, une force obscure, a portĂ© nos sages Ă  se poser cette question fondamentale, Ă  laquelle l’accule le spectacle du monde. Le judaĂŻsme, comme l’Ă©crit Heschel, « est le souvenir de Dieu dans la forĂŞt vierge de l’oubli ».

L’action qui enrichit le monde spirituel, de celui de l’homme individuel, de la famille, de l’état et des autres institutions sociales, comme celle qui accroît le monde des biens matériels, artistiques et techniques et les transforme pour le bien spirituel et matériel de l’homme, passent immédiatement par une action extérieure et même par des instruments matériels. Cependant tous ces biens sont radicalement des biens de l’esprit, parce que les uns et les autres s’enracinent dans la vérité et le bien qui les alimentent. Ils y puisent non seulement leur existence, leur raison d’être, mais aussi leur orientation, dans l’intériorité de la contemplation de l’intelligence et par la force créatrice de la volonté libre.

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