C’est un geste rare dans l’histoire des États-Unis. Donald Trump, dans le cadre de sa proclamation du Mois du patrimoine judéo-américain pour mai 2026, a officiellement appelé tous les Américains à observer un Shabbat national — du coucher du soleil le vendredi 15 mai jusqu’à la tombée de la nuit le samedi 16 mai. La raison invoquée : célébrer le 250e anniversaire de l’indépendance américaine. Pour la première fois, la tradition juive du Shabbat a été inscrite, noir sur blanc, dans le calendrier officiel de la Maison Blanche.
La proclamation, signée ce lundi par le président américain, proclame mai 2026 comme Mois du patrimoine judéo-américain — une tradition présidentielle bipartisane initiée par George W. Bush en 2006 et reconduite depuis par chaque administration. Mais cette année, Trump y a ajouté une dimension inédite : l’appel à une pause nationale, collective, calquée sur le rythme du Shabbat, pour marquer le demi-millénaire de la République américaine.
Un texte qui honore une communauté fondatrice
Dans sa proclamation, Trump rappelle le rôle historique des Juifs américains depuis les origines de la nation. Il souligne leur contribution à la foi, à la famille et à la liberté — les trois piliers rhétoriques qui structurent son discours depuis des années. Il insiste sur le fait que les Juifs américains ont aidé à bâtir les fondements culturels, intellectuels et moraux du pays, depuis l’arrivée des premiers colons juifs en 1654 à New Amsterdam jusqu’aux générations actuelles.
Le texte appelle les Américains de toutes origines à célébrer ce patrimoine avec des programmes adaptés, des activités et des cérémonies tout au long du mois. Mais c’est la mention spécifique du Shabbat qui a retenu l’attention — et qui constitue la véritable nouveauté de cette proclamation.
Trump écrit explicitement qu’il appelle tous les Américains à « célébrer leur foi et leur liberté tout au long de cette année, ce mois-ci, et notamment lors du Shabbat, pour fêter notre 250e année ». Le Shabbat n’est plus simplement une affaire de communauté juive observante. Il devient, l’espace d’un week-end, un symbole national partagé.
Le 250e anniversaire comme catalyseur
Ce n’est pas un hasard si cette initiative intervient en 2026, année des festivités du 250e anniversaire de l’indépendance américaine. L’administration Trump a fait de cet anniversaire un axe central de sa communication symbolique — un retour aux sources, une réaffirmation des valeurs fondatrices. Dans ce cadre, inscrire le Shabbat dans les célébrations nationales revient à affirmer que la tradition juive est indissociable de l’identité américaine profonde.
Les Pères fondateurs eux-mêmes, rappelle la rhétorique trumpienne, se référaient fréquemment aux textes hébraïques et à la tradition biblique pour fonder leur vision d’une nation guidée par la Providence divine. Évoquer le Shabbat dans ce contexte, c’est tracer une ligne de continuité entre l’Amérique de 1776 et celle de 2026 — et placer la communauté juive au cœur de cette continuité.
Un signal fort dans un contexte tendu
Cette proclamation intervient dans un contexte où l’antisémitisme aux États-Unis reste une préoccupation réelle. Trump, dans d’autres textes récents, a réaffirmé sa condamnation sans équivoque des actes de haine visant les Juifs, rappelant son décret exécutif ordonnant une application renforcée des protections civiles pour les étudiants juifs sur les campus universitaires.
Le geste symbolique du Shabbat national s’inscrit dans cette logique : montrer que les Juifs américains ne sont pas seulement tolérés, mais qu’ils sont au cœur du récit national. Pour une administration qui cultive les signaux forts à destination de ses alliés, c’est un message lisible à plusieurs niveaux — communautaire, diplomatique, et politique.
Il reste à voir combien d’Américains non-juifs observeront effectivement ce Shabbat national le 15 mai au soir. Mais l’acte lui-même — inscrire une pratique religieuse juive dans la proclamation officielle d’un président des États-Unis pour marquer l’anniversaire de la nation — est, en soi, un fait historique.
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