La Techouva, authentique plĂ©nitude – Rony Akrich

 

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Selon nos Maitres, la Techouva (le repentir) aurait Ă©tĂ© créée avant le monde, avant toute prĂ©sence humaine, car l’Homme a Ă©tĂ© créé faillible: «Il n’existe pas de juste sur terre qui fasse le bien sans jamais fauter».

 

Aucun ĂŞtre n’est exempt d’erreurs, d’oĂą la nĂ©cessitĂ© d’un retour Ă  soi, sorte d’issue de secours. Le repentir sincère n’est pas un simple devoir : il est la source mĂŞme de tous les devoirs qui plus est, d’un devoir devenu Vertu ! Se repentir implique une tension constante et perpĂ©tuelle de la personnalitĂ© vers le bien. Il constitue, d’une certaine manière, la conscience de l’effort, nous prouve la gravitĂ© essentielle de l’acte et la nĂ©cessitĂ© de l’apprĂ©cier avec le plus grand des sĂ©rieux, de nous y consacrer au quotidien de notre existence et de nous repentir comme si ce jour Ă©tait le dernier. Le Mal est le Mal, ce n’est pas la lĂ©gislation qui le gĂ©nère, le Mal est Mal en substance, que nous le concevions ou non.

La Techouva est cette opĂ©ration qui nous autorise Ă  nous dĂ©barrasser de tout ce Mal qui nous pressure sans jamais faiblir et nous concède le droit au Retour. Mais elle est plus que cela, le terme reste intraduisible en Français si ce n’est par les vocables de retour, de rĂ©ponse et de repentir.

S’il s’agit d’un retour, c’est qu’on a fait fausse route et qu’il faut revenir sur soi, rĂ©parer ce qu’on a dĂ©tĂ©riorĂ©.

Si on peut dĂ©tĂ©riorer, on peut Ă©galement rĂ©parer. C’est donc un processus a posteriori de l’âme. Ce n’est guère très avisĂ© de chanceler et de se rĂ©tablir pour rĂ©cidiver. Ce qui serait apprĂ©ciable serait de ne jamais vaciller, de demeurer toujours droit et simple.

Le Repenti est un homme en mouvement qui s’offre dans une dynamique de l’effort. Il peut certes n’ĂŞtre pas pleinement Ă©thĂ©rĂ©, ĂŞtre encore maculĂ© de boue, mais cela ne lui Ă´te point son Ă©tat de «ba’al techouva». Ce concept constitue le dynamisme fondamental d’une personne autant que de la nation.

Rabbi MochĂ© ‘HaĂŻm Luzato soutenait que le Monde et l’Homme avaient Ă©tĂ© conçus bien bas, mais Ă  la faveur de la Techouva, ils accĂ©daient Ă  une dimension spirituelle et morale très supĂ©rieure. Celle-ci avait donc la capacitĂ© de propulser l’Homme des gouffres tĂ©nĂ©breux de l’ĂŞtre vers les pinacles de la lumière.

 

Dans son chapitre capital sur les Lois concernant la Techouva, MaĂŻmonide Ă©crit : «Du fait que le libre arbitre est attribuĂ© Ă  chaque ĂŞtre, tout individu doit s’efforcer de se repentir en confessant ses erreurs oralement, et se libĂ©rer ainsi de ses fautes.» Nous remarquons que le Rambam marie ici le Repentir et le Libre-arbitre car selon lui, ĂŞtre une personne libre, c’est ĂŞtre une personne garante de ses faits et gestes, ĂŞtre l’homme du Retour. Il prĂ©sente la Techouva comme une tension constante et non comme une directive absolue car elle figure l’effort incessant, et non l’acte ponctuel. Nous n’achèverons pas de si tĂ´t ce mouvement, nous resterons Ă  tout jamais pris et entrepris par cette dynamique de la perfectibilitĂ©.

Davantage d’ouvrages et d’amĂ©liorations, quel que soit le niveau de fĂ©licitĂ© oĂą nous soyons au moment de notre mis en marche vers la Techouva. Elle demeure une symphonie inachevĂ©e qui nous laisse dĂ©sirer toujours plus, Ă  l’infini, une incomplĂ©tude qui ne doit pas ĂŞtre une cause de dĂ©ception. Bien au contraire, la dĂ©ception la plus grande serait de voir l’arrĂŞt prĂ©maturĂ© de cette dynamique. Comment exister et s’amĂ©liorer dans une sociĂ©tĂ© sans challenge, sans adversitĂ©?

Le Rav Kook dans son mĂ©morable ouvrage «Les lumières du retour», affirme que dans la mesure oĂą la Techouva n’est pas uniquement un mouvement nĂ©gatif, un mouvement a posteriori qui nous grandit du mal vers le bien, mais aussi une impulsion qui nous Ă©lève de la mĂ©diocritĂ© Ă  la dignitĂ©. On peut ĂŞtre un homme «bien», qui n’a jamais rien fait de mal, tout en Ă©tant petit alors qu’il aurait des potentialitĂ©s pour ĂŞtre beaucoup plus grand. Ce manque sollicite lui aussi une RĂ©ponse Ă  soi, le Juste, sans souillures, peut lui aussi aspirer au plus Ă©minent. D’après le Rav, ce deuxième type de Retour serait plus vrai que le premier.

 

Cette tension vers le bien illustre son potentiel : la Techouva est prĂ©cisĂ©ment ce stimulus ascendant et actif vers le bien qui Ĺ“uvre sans discontinuitĂ©. Le mouvement perpĂ©tuel d’Ă©veil par lequel nous mettons inlassablement en lumière ce que nous sommes est l’entendement de soi, ce dernier est un Ă©tat d’examen constant de tout ce qui m’arrive et pas exclusivement une attention qui me relie Ă  l’extĂ©rioritĂ©. Il ne peut pas reposer sur une dichotomie entre un sujet/objet, parce qu’il n’est pas en rĂ©alitĂ© l’aboutissement d’une pensĂ©e introspective sur soi.

ConsidĂ©rer sans blâmer, sans dĂ©savouer, n’engendre point de sĂ©paration, le regard clairvoyant se maintient dans l’unitĂ© du sentiment. L’entendement de soi n’est pas une forme d’auto-analyse oĂą le moi se diviserait en moi-juge/moi-condamnĂ©, ce qui caractĂ©rise l’introspection. Lui c’est plutĂ´t l’examen de soi, ce sont donc deux choses très diffĂ©rentes, contrairement Ă  ce que la tradition rĂ©flexive a pu croire dans la philosophie occidentale. Cette Ă©valuation n’est pas une manière de se recroqueviller sur son moi, une forme de narcissisme mental qui prĂ©tend jauger et condamner les indigences ou les corrections du moi. Elle est une entière attention, une sollicitude respectueuse, une sollicitude sans raison, une vigilance non-divisĂ©e Ă  ce qui est, Ă  ce qui laisse se dĂ©ployer l’expression consciente de l’ĂŞtre.

Or, ceci vaut aussi pour l’HumanitĂ© entière dont la Torah nous dĂ©crit pourtant les prĂ©ludes dramatiques et laborieux. Ceci est tout aussi juste pour la Nation d’IsraĂ«l qui, après sa naissance, traverse de nombreuses crises et tout aussi vrai pour un Etat d’IsraĂ«l renaissant, devant surmonter encore Ă©normĂ©ment de souffrances avant de parvenir Ă  une pleine maturitĂ© nationale. Cela intĂ©resse indubitablement l’ĂŞtre humain qui, tout en tombant quelquefois, se perfectionne inexorablement depuis son enfance vers un plein et entier accomplissement de son ĂŞtre. Car mĂŞme si l’on ne peut Ă©viter les embuches et les obstacles, l’essentiel reste, en fin de compte, d’arriver Ă  maitriser l’Ă©preuve pour en ressortir grandi.

Ce que nous cherchons dans la Techouva n’est pas dans l’ordre des choses, mais dans l’ordre de la Plénitude de la conscience, ce que nous cherchons en vérité, c’est nous-mêmes. Nous voulons guérir l’ancienne blessure qui fait que le moi est coupé de son origine et condamné à errer en ce monde sans y trouver de satisfaction. Nous cherchons non pas une étreinte fusionnelle avec un autre, mais une réconciliation totale avec Soi, car c’est dans la réconciliation pleine avec Soi que gît la Plénitude.

Le monde du Retour n’est donc pas celui de la naturalité, mais c’est le monde des aspirations d’un être humain qui est en quête de sa Divinité.

 

L’HumanitĂ© n’est pas assignĂ©e Ă  vivre jusqu’Ă  la fin des temps dans la faute ou dans l’erreur. Le premier homme n’Ă©tait pas destinĂ© Ă  faire une faute, tout notre labeur prĂ©sent consiste Ă  nous Ă©lever des mĂ©andres du mal et Ă  s’introduire dans le bien, c’est un enseignement prĂ©paratoire et consistant Ă  rĂ©tablir les choses en Ă©tat, Ă  revenir Ă  la situation d’Adam le premier homme avant la faute et Ă  pouvoir commencer Ă  travailler profondĂ©ment, Ă  se hisser et pas uniquement Ă  tenter de sortir du gouffre. Cette Techouva du petit vers le grand, est la vĂ©ritable Techouva et nous utilisons pour le moment cette impulsion de l’âme pour rĂ©parer aussi les dommages. Mais elle n’est pas nĂ©cessairement un reniement, elle peut et doit ĂŞtre un mouvement perpĂ©tuel.

D’après la lecture de la Kabbalah, la Techouva est cette VitalitĂ© Divine qui vibre Ă  l’intĂ©rieur de l’Homme et l’engage encore et toujours plus loin, plus haut. C’est le Retour, pas fatalement vers ce qu’il fut dans sa dĂ©marche personnelle avant d’ĂŞtre tombĂ©, c’est le Retour vers ce que l’Homme fut dans l’esprit du CrĂ©ateur, vers ce que l’Homme devait devenir dans son idĂ©al le plus naturel.

Nos maitres nous enseignent que: «Le fĹ“tus dans le ventre de sa mère a une connaissance globale du monde; cet ĂŞtre qui n’est pas encore nĂ©, voit toutes les rĂ©alitĂ©s, connaĂ®t toute la Torah et une fois sorti dans ce monde-ci, un ange se charge de lui faire tout oublier. Un portrait de l’homme dans son essence la plus profonde, dans sa puretĂ© d’origine nous est ici prĂ©sentĂ©.

Lorsque l’homme est rĂ©vĂ©lĂ© Ă  la nature, sa rencontre avec la difficultĂ© de l’existence humaine lui fait aussitĂ´t dĂ©sapprendre ce qu’il fut.»

 

La Techouva est le Retour Ă  notre quintessence, Ă  ce que nous fĂ»mes avant d’ĂŞtre. Souvent nous nous servons d’elle pour mieux nous sortir des abimes dans lesquels nous sommes engloutis et pouvoir enfin souffler.

La Techouva aide aussi Ă  rĂ©aliser cette transition du mal au bien, mais elle demeure foncièrement une impulsion perpĂ©tuelle, incommensurable, jamais finie puisqu’on n’a jamais terminĂ© ce long cheminement vers son ĂŞtre le plus profond.

Il est certain que le monde dans lequel nous vivons prĂ©sentement comprend une incontestable quantitĂ© de maux et qu’il se trouve dĂ©tournĂ© de l’ĂŞtre fidèle au Projet Divin; notre implication consiste prĂ©cisĂ©ment Ă  faire en sorte de modifier ce monde ci en un monde qui devient. Pour le moment, celui qui vient nous parait le summum de la perfection, mais lorsque nous y parviendrons, nous constaterons qu’il existe un couronnement plus Ă©minent. D’après le Maharal, le terme exemplaire, ne saurait s’appliquer Ă  l’homme; l’homme est un ĂŞtre qui aspire inlassablement Ă  l’idĂ©al absolu, «l’ĂŞtre en devenir» dirait Bergson.

L’Histoire est continuellement traversĂ©e par le Souffle Divin, il soutient l’homme dans ses progrès, l’aide Ă  se hisser aux faĂ®tes de la spiritualitĂ© et de la morale. Après avoir créé le monde, D.ieu n’a pas dĂ©sertĂ©, s’il est vrai que la Techouva rĂ©sulte principalement de l’effort humain, cet effort est une exhortation au bien, soutenu par l’Esprit Divin qui nous apostrophe rĂ©gulièrement.

 

Raison pour laquelle, la Techouva n’a aucune Ă©quivalence avec les concepts de pĂ©nitence, de neutralisation ou d’Ă©crabouillage de la personnalitĂ© mais elle a tout Ă  voir avec un puits d’allĂ©gresse, de puissance et de plĂ©nitude.

Il est cependant indispensable d’ĂŞtre prĂ©muni d’une sĂ©rieuse quantitĂ© d’audace et de rĂ©solution pour s’investir dans ce chemin qui est celui du bonheur, de la lumière et de l’espoir, pour le monde intĂ©rieur de l’ĂŞtre, comme pour le monde universel.

Ce n’est en effet qu’Ă  travers la Techouva que l’on peut apprĂ©cier la vie dans son authentique plĂ©nitude. Bien sĂ»r, cela ne signifie pas que notre seule intention de faire Techouva soit ce seul espoir au bonheur, mais surtout l’aspiration de faire le bien et d’honorer le Dessein Divin. C’est aussi l’amour de la vĂ©racitĂ© et la volontĂ© d’ĂŞtre liĂ© intimement au Projet de D.ieu qui constituent une assurance de bonheur pour l’Humain et pour l’HumanitĂ© tout entière.

Celui qui possède une Ă©coute attentive, perçoit distinctement la cacophonie de ce conflit universel entre la lumière et l’obscuritĂ©.

Il s’affermit dans sa propre lutte intĂ©rieure, au travers ses propres Ă©nergies positives et nĂ©gatives confinĂ©es en lui. Lorsque chacun des ĂŞtres humains, chacune des nations aura produit sa flamme particulière en participant au grand bouquet collectif de lumière, l’Ă©clat envahira l’univers.

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