
Dimona n’est pas une ville que l’on associe spontanément aux grandes batailles culturelles israéliennes. Ville du Néguev, peuplée d’environ 35 000 habitants, elle est connue principalement pour la proximité du réacteur nucléaire de Dimona et pour sa population aux origines diverses. Et pourtant, c’est là qu’une querelle autour de l’ouverture d’une succursale de la chaîne de parapharmacie SuperPharm un Chabbat vient de provoquer une crise politique en bonne et due forme — avec retournement d’alliance, passage dans l’opposition et accusations mutuelles de mauvaise foi.
Le déclencheur : le maire Beni Biton a autorisé l’ouverture d’une succursale SuperPharm le samedi, en la présentant comme une réponse à un besoin médical réel pour les habitants de la ville. La décision a immédiatement mis le feu aux poudres au sein même de la coalition municipale. Tsvi Yehouda Elisef, conseiller municipal représentant le parti Sionisme Religieux, a quitté la majorité pour rejoindre l’opposition — entraînant avec lui les représentants du parti Shass au conseil.
Une décision prise sans consultation : le reproche central
Dans un entretien accordé au site Kipa, Elisef n’a pas mis en cause le principe même d’un service médical le Chabbat — il est soigneux sur ce point. Ce qu’il conteste, c’est la méthode. Selon lui, l’ouverture a été décidée « sans discussion ordonnée au conseil municipal et sans consultation complète des membres du conseil. » Les élus locaux, dit-il, ne sont pas « un tampon en caoutchouc » — une formule lapidaire qui résume l’accusation principale : le maire gouverne de manière unilatérale sur des sujets qui touchent à l’équilibre délicat entre les différentes composantes de la population.
Elisef précise que si un débat avait eu lieu en bonne et due forme, d’autres arrangements auraient peut-être été possibles. Peut-être un service de garde différent, ou une modalité qui n’impliquerait pas l’ouverture commerciale d’une enseigne le Chabbat. Mais la décision ayant été prise sans ce processus, il n’y avait plus pour lui que l’opposition comme réponse.
Il avertit également d’un risque de « atteinte à l’équilibre fragile entre les populations de la ville » — une formule qui dit explicitement ce qui est en jeu dans ces conflits locaux israéliens : non pas seulement une question de pratique religieuse, mais un équilibre social entre laïcs, traditionalistes et religieux que chaque ville gère à sa manière, souvent sur le fil du rasoir.
Le Chabbat comme ligne de faille politique
La question de l’ouverture des commerces et des services le Chabbat est l’une des plus inflammables de la politique intérieure israélienne, et elle se joue à tous les niveaux — national, municipal, communautaire. Elle touche à la définition même de l’identité collective israélienne : qu’est-ce que l’espace public en Israël, qui le régit, et selon quelles valeurs ?
À l’échelle nationale, les partis religieux — Shass, Judaïsme Torah Uni, Sionisme Religieux — ont longtemps obtenu des dispositions particulières sur le repos du Chabbat en échange de leur participation aux coalitions gouvernementales. Mais dans les municipalités, les rapports de force sont différents et plus directs : le maire élu doit gérer une population plurielle, et chaque décision sur l’espace du samedi peut fracturer des alliances construites sur des années.
À Dimona, le cas SuperPharm illustre exactement ce mécanisme. Le maire argumente sur le terrain du service médical — un argument pragmatique, difficile à contester frontalement. Mais ses alliés religieux le lisent comme une rupture d’accord implicite sur le statu quo communautaire, prise de surcroît sans les consulter. Le résultat : une crise de gouvernance locale dont les élections municipales de 2027 mesureront les effets.
La tension entre populations laïques et religieuses autour des commerces et du Chabbat est un sujet récurrent en Israël, comme l’illustrait déjà cette affaire : Petah Tikva : Aroma est devenu casher et a été menacé de boycotts — « Je vous souhaite la faillite ! ». Et à une autre échelle, la question du statu quo entre laïcs et religieux dans les grandes enseignes : Les haredim en colère contre Shufersal qui a décidé de fermer le site « Mehadrin » suite à la demande des laïcs.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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