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« âŠet je te bĂątirai sur le saphir » (YĂ©chaya LIV, 11 – ŚŚŚĄŚŚȘŚŚ ŚŚĄŚ€ŚŚšŚŚ – « âŠvisadtikh basapirim »). Cette promesse de HachĂšm Ă notre peuple pourrait sembler Ă certains esprits chagrins, peu gĂ©nĂ©reuse. « Eh, quoi ! Me diront-ils. Tant quâIl y Ă©tait, Il aurait pu nous construire sur un diamant : câest plus solide⊠Et, en sus, la traduction est rĂ©ductrice car – dans le texte hĂ©braĂŻque – le mot est au pluriel, ce qui implique donc, pour le moins, deux saphirs. » Pas dâĂ©nervement : cette image reflĂšte quelque chose de plus Ă©levĂ©. En effet, nous venons de fĂȘter Simhâa Torah et câest justement Ă la Torah que cela se rattache.
Les deux Tables de lâAlliance apportĂ©es par MochĂ© RabbĂ©nou Ă©taient, comme lâaffirme Rabbi HiyĂą , faites dâun immense saphir (MochĂ© et ses proches contemplĂšrent HachĂšm et virent, ceci dit de façon imagĂ©e, « sous Ses pieds, comme un ouvrage en briques de saphirâŠÂ » – ŚŚȘŚŚȘ ŚšŚŚŚŚ ŚŚŚąŚ©Ś ŚŚŚ ŚȘ ŚŚĄŚ€ŚŚš – « âŠvĂ© tahâat raglav kĂ©maasĂ© livnat hasapir » – Chemoth XXIV, 10) et ces Tables, selon le traitĂ© ChĂ©kalim 16-b, mesuraient environ trois mĂštres de hauteur et un mĂštre cinquante de large*. « Un immense saphir » et « deux tables »⊠pas trĂšs logique vous direz-vous ?! Rabbi YĂ©houda explique : « Le mot vĂ©-halouhâoth – ŚŚŚŚŚŚȘ / âet les Tablesâ – est Ă©crit sans âvavâ pour nous indiquer que, bien que deux, les Tables de la Loi ne paraissaient former quâune seule Table » et Rabbi Isaac dit : « Les Tables de la Loi ne formaient primitivement quâun seul bloc de saphir. Hakadoch-baroukh-Hou souffla sur ce bloc et il se fendit en deux ». Les lettres qui y Ă©taient gravĂ©es Ă©taient lisibles tant au recto quâau verso et, selon Rabbi Abba, « les lettres gravĂ©es sur les Tables se dĂ©tachaient de la pierre et volaient dans lâair, de sorte que tout le monde a pu voir les lettres de feu noir sur un fond de feu blanc suspendues dans lâair » ; le Midrach ajoute que « les Ă©clats recueillis quand il (MochĂ© RabbĂ©nou) tailla les pierres (prĂ©cieuses), lui donnĂšrent son immense richesse pour toute la vie ». Je vois dĂ©jĂ vos yeux matĂ©rialistes briller de mille et un petits joyaux bleus, couleur correspondant Ă la puretĂ© du ciel, dĂ©bordant des bagages que transportait celui qui nous a transmis nos 613 Mitzvoth⊠Ben, non ! Il faut prendre cela aussi de façon mĂ©taphorique.
Pour ce faire, pour apprĂ©cier toute la profondeur et la beautĂ© des textes, nous devons commencer par nous plonger dans lâĂ©tymologie des mots hĂ©braĂŻques. On remarque tout dâabord que « saphir » (ŚĄŚ€ŚŚš – sapir), « livre » (ŚĄŚ€Śš – sĂ©fĂšr), « sphĂšre » (ŚĄŚ€ŚŚšŚ – sphira) et « raconter » (ŚŚĄŚ€Śš – lĂ©sapĂšr) ont la mĂȘme racine. Maintenant, on peut commencer Ă dĂ©cortiquer le « code » !
Examinons dâabord le premier Ă©lĂ©ment : le « saphir » ! En dehors du diamant, il sâagit du plus dur joyau, et il est donc tout indiquĂ© pour symboliser tant la durabilitĂ© de notre Brith (« Alliance ») que sa valeur. Ce nâest pas sa seule qualitĂ©, car nos ancĂȘtres y attachaient de grandes vertus (empĂȘcher la misĂšre, amener la faveur divine, guider les voyageurs⊠qualitĂ©s inhĂ©rentes Ă la Torah) et, aujourdâhui encore, on y lie la puretĂ©, la prudence, la sincĂ©ritĂ© et la fidĂ©litĂ© au point quâil sâagit de la pierre quâa choisie le Prince Charles pour la bague de la Princesse Diana (Bon ! Bon ! Contrairement Ă notre Torah, les porte-bonheur des goyim ne leur rĂ©ussissent pas toujours.) De plus, il sâagit dâune « pierre » – en hĂ©breu Ă©vĂšn/ ŚŚŚ– mot composĂ© dâune alliance entre « le pĂšre » – en hĂ©breu av/ ŚŚ– et « le fils » – en hĂ©breu bĂšn/ ŚŚ– indiquant par lĂ , la pĂ©rennitĂ© de notre Alliance « mi dor lĂ©-dor » (« de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration »). A ce propos, on peut remarquer quâil ne s’agit pas d’une coĂŻncidence, si le « pĂšre » (av – ŚŚ), par qui l’existence commence, s’Ă©crit en hĂ©breu par les deux premiĂšres lettres de l’alphabet, câest-Ă -dire âalĂšphâ (Ś) et âbĂšthâ (Ś) : Ă nous de « dĂ©velopper » ce quâil nous a appris ! Câest ce que nous dit Dvarim IV, 9-10 : « Seulement, prends garde et veille sur ton Ăąme pour ne pas oublier les choses que tes yeux ont vues, et quâelles ne sâĂ©cartent de ton cĆur, aucun jour de ta vie ! Fais-les connaĂźtre Ă tes enfants, et aux enfants de tes enfants. Le jour oĂč tu tâes tenu devant HachĂšm ton D-ieu Ă HorĂšb, lorsque HachĂšm mâa dit : Rassemble-moi ce peuple et Je leur ferai entendre Mes paroles, afin quâils apprennent Ă Me craindre, tout le temps quâils vivront sur la terre, et quâils lâenseignent Ă leurs enfants. »
Ce nâest pas seulement la Torah chĂ©-bikhtav (Torah Ă©crite) que MochĂ© RabbĂ©nou a reçu sur le Mont SinaĂŻ, câest Ă©galement la Torah chĂ©-bĂ©halpĂ© (Torah orale) qui sâest transmise ensuite jusquâĂ nos jours. Pour preuve, il a Ă©crit des « sĂ©pher Torah » (Je saute le pluriel hĂ©braĂŻque pour une meilleures comprĂ©hension !) mais, Ă ces « sĂ©pher/ŚĄŚ€ŚšÂ Â», ne remarque-t-on pas quâil manque quelque chose au « saphir » (sapir/ŚĄŚ€ŚŚš) de « premiĂšre main » ? Oui ! Il manque le âyodâ, cette fameuse lettre qui vaut « dix » et qui indique – comme dĂ©montrĂ© dans un prĂ©cĂ©dent article (« La femme est lâavenir de lâhomme ! ») – la « spiritualité » : un « sĂ©pher Torah » – un Ă©crit – ne reprĂ©sente que partiellement la Torah que nous avons reçue au SinaĂŻ, et il faut y ajouter pour quâelle soit complĂšte et parfaite, la Torah orale qui nous a Ă©tĂ© transmise ! On me dira que les Tables de la Loi ne comprenaient que les Dix Commandements tandis que le sĂ©phĂšr Torah comprend tout un rĂ©cit. Pour expliquer – par un exemple terre-Ă -terre – le rapport entre le « sĂ©pher Torah » et les « simples » Dix Commandements, prenons un invitĂ© Ă un banquet royal. En sâasseyant Ă sa place, il verra devant lui le magnifique agencement des plats sur la table, et ne manquera pas de sâinterroger sur ce qui a entourĂ© la composition de ceux-ci et leur prĂ©paration. QuestionnĂ©, le maĂźtre dâhĂŽtel, dĂ»ment informĂ© pas le Chef-Coq, ne manquera pas de dĂ©crire les aliments choisis, leur origine, le mariage des Ă©pices, lâeffet prĂ©vu sur les papilles gustatives. En verve, il « racontera » (ŚŚĄŚ€Śš – lĂ©sapĂšr) aussi les anecdotes ayant Ă©maillĂ© la recherche des mets, leur confection et leur disposition : câest cela le « sĂ©phĂšr » (ŚĄŚ€Śš), la Torah-chĂ©bikhtav ! Pourtant, il manquera un petit quelque chose pour saisir toutes les saveurs⊠Câest ce fameux petit âyodâ, la touche du MaĂźtre-Queux que vous ne pourrez approcher quâen goĂ»tant (« NaasĂ© vĂ©-nichma » – « Nous ferons et nous comprendrons (ensuite) »), quâen jetant un Ćil dans la cuisine, quâen Ă©tudiant Son savoir-faire : cela, câest la Torah chĂ©-bĂ©halpĂ© qui, additionnĂ©e Ă la Torah Ă©crite, forme le « sapir » (ŚĄŚ€ŚŚš) !
Venons-en au mot « sphĂšre » (Ă comprendre dans le sens « sphĂšre dâinfluence ») : ŚĄŚ€ŚŚšŚ â sphira. Sachant que, selon la Kabbalah, les dix « sphiroth » (pluriel de sphira) sont des forces ou des conduits fondamentaux du flux divin reliant le monde Ă la Source divine cachĂ©e, on est Ă©merveillĂ© quand on y dĂ©couvre que le mot « sĂ©pher/ŚĄŚ€ŚšÂ Â» sây additionne tant de la lettre de âyodâ (Ś) – que de la lettre âheyâ (Ś)⊠les deux formant un des Noms de HachĂšm (« C’est avec ŚâŚ que HachĂšm forme les mondes » – Ichayahou XXVI, 4) qui, selon la Kabbalah, reprĂ©sente la forme dâunitĂ© des mondes « dâen haut » et des mondes « dâen bas », du ciel et de la terre. Bien sĂ»r, Ă ce sĂ©pher/ŚĄŚ€Śš, il nous faut y ajouter – car câest Ă nous seuls de la dĂ©velopper – la dimension « spirituelle » pour ne pas en rester Ă la Torah chĂ©-bikhtav. En « ouvrant une porte » (en hĂ©breu : dĂ©lĂšt – ŚŚŚȘ – qui est aussi la lettre âdalĂštâ –Ś ) au sein du sĂ©pher/ŚĄŚ€Śš – âsamĂškhâ , âp(h)Ă©â , ârĂȘchâ- et en lâagençant de façon diffĂ©rente, on obtient le « PardĂšs » (Ś€ŚšŚŚĄ – âp(h)Ă© â , ârĂȘchâ , âdalĂšthâ, âsamĂškhâ ), ce qui signifie « verger » (et a donnĂ©, en français, le mot PaRaDiS). C’est aussi l’acrostiche – se voulant Ă©voquer les « beaux fruits » qu’on y cueille – des quatre maniĂšres d’interprĂ©ter la Torah : Pschat (sens simple et littĂ©ral), RĂ©mez (sens allusif, nous donnant divers implications, insinuations et indices suggĂ©rant « quelque chose » de diffĂ©rent du Pschat), Drach (interprĂ©tation figurĂ©e et profonde qui diffĂšre aussi du Pschat et est basĂ©e sur le changement du sens des mots et sur le moyen par lequel ils sont lus dans cet autre sens) et Sod (sens Ă©sotĂ©rique du texte, interprĂ©tĂ© selon les indications de la Kabbalah). A noter, Ă ce propos, l’intĂ©ressante remarque de LĂ©vinas qui note que « Les SĂ©pharades aiment Ă dire que la lecture d’un texte biblique commence par le Sod, le secret. » En incluant cette donnĂ©e dans l’acrostiche de l’ordre d’interprĂ©tation de la Torah, cela donne alors : Sod, Pschat, RĂ©mez, Drach… soit les lettres hĂ©braĂŻques du mot SPhaRaDe (ŚĄŚ€ŚšŚ – en hĂ©breu, la lettre PĂ© et la lettre PhĂ© ont le mĂȘme graphisme : Ś€) ! Poussons mĂȘme plus loin le raisonnement : ainsi que nous l’avons expliquĂ© ci-avant, la lettre DalĂšt peut Ă©quivaloir Ă une « porte » s’ouvrant sur un mot. Dans le mot SĂ©PhaRaDes, cette « porte » (DĂ©lĂšt) s’ouvre sur les lettres SPhR (ŚĄŚ€Śš) et, d’un autre cĂŽtĂ©, nous apprenons que les SĂ©pharades aiment Ă privilĂ©gier le sens Ă©sotĂ©rique dans l’Ă©tude de la Torah. Or, d’aprĂšs le SĂ©fĂšr YĂštsirah (« Livre de la CrĂ©ation »), ouvrage Ă©sotĂ©rique incontournable attribuĂ© Ă notre Patriarche Avraham, le Monde fut créé sous trois formes : « SĂ©PhĂšR (Ă©criture), SPhaR (mesure), SiPouR (verbe) » (SĂ©pher YĂštsirah, I, 1)… ce que YĂ©houda HalĂ©vi (XĂšme-XIĂšme siĂšcle) explique dans son fameux livre « Le Kouzari » (IV, 25) par : « Cet ouvrage prouve l’UnitĂ© et la Seigneurie de D-ieu Ă partir de choses qui, sous un certain aspect, vont se diversifiant et se multipliant, mais qui, sous un autre aspect, s’unifient et se concertent. ContemplĂ©es sous l’aspect de l’Un qui les ordonne, elles se concertent. SPhaR, SiPouR et SĂ©PhĂšR font partie de ces choses. » Ne peut-on donc en dĂ©duire que, en privilĂ©giant l’Ă©tude du Sod, on « ouvre » une « porte » vers une meilleure comprĂ©hension de la CrĂ©ation ?
Mais, revenons au Midrach « les Ă©clats recueillis quand il (MochĂ© RabbĂ©nou) tailla les pierres (prĂ©cieuses), lui donnĂšrent son immense richesse pour toute la vie ». En quoi cette phrase est-elle mĂ©taphorique ? Cela me rappelle un excellent ouvrage de Marc-Alain Ouaknin, intitulĂ© « Lire aux Ă©clats », et me permet dâexpliquer le lien avec « raconter » (ŚŚĄŚ€Śš – lĂ©sapĂšr). En fait, MochĂ© RabbĂ©nou a « taillĂ© la pierre » (Torah chĂ©-bikhtav) et a aussi « racontĂ© aux Ă©clats » (Torah chĂ©-bĂ©halpĂ©)⊠car chaque lettre des Tables de la Loi a explosĂ© en millions de commentaires de nos Sages qui se sont basĂ©s sur son enseignement oral. « âComme un marteau qui explose le rocherâ : de mĂȘme que ce marteau se divise en plusieurs Ă©tincelles, de mĂȘme un verset produit une multiplicitĂ© de significations » dĂ©crit la GuĂ©mara SanhĂ©drin 4. Câest cela « lâimmense richesse » dont a bĂ©nĂ©ficiĂ© MoĂŻse toute sa vie. Câest, cet hĂ©ritage dont nous bĂ©nĂ©ficions toujours aujourdâhui, et qui ne cesse de fructifier !
Par YĂ©hâezkel Ben Avraham pour Alyaexpress-News
* On peut sâinterroger sur le fait que MochĂ© RabbĂ©nou ait pu les transporter⊠Nâoublions cependant pas que nos « savants » se perdent toujours en conjectures sur la maniĂšre dont furent dĂ©placĂ©s les blocs des pyramides ! Pour faire un (mauvais) jeu de mot, disons que la prĂ©sence de « lĂ©vites Ă Sion » nây est peut-ĂȘtre pas Ă©trangĂšre, mais, plus sĂ©rieusement admettons que les ressources du plus grand des prophĂštes Ă©taient sans commune mesure avec les nĂŽtres !




