La Turquie bloque Israël, et un « nouvel ennemi » prend sa place à prix réduit : le commerce comme arme de guerre

Turkey's President Tayyip Erdogan addresses the 77th Session of the United Nations General Assembly at U.N. Headquarters in New York City, U.S., September 20, 2022. REUTERS/Brendan Mcdermid

La Turquie a fermĂ© ses portes commerciales Ă  IsraĂ«l. Et pendant ce temps, d’autres pays ont discrètement pris sa place — Ă  des prix plus avantageux. C’est le rĂ©sumĂ© brutal d’une situation commerciale qui rĂ©vèle autant sur les nouvelles gĂ©ographies Ă©conomiques du conflit que sur la vulnĂ©rabilitĂ© structurelle de l’Ă©conomie israĂ©lienne en temps de guerre.


7 milliards de dollars d’Ă©changes — et puis plus rien

La relation commerciale turco-israĂ©lienne Ă©tait, jusqu’Ă  rĂ©cemment, l’une des plus solides de la rĂ©gion. La Turquie Ă©tait la cinquième source de produits importĂ©s pour IsraĂ«l, avec des exportations turques en direction d’IsraĂ«l atteignant 5,4 milliards de dollars, soit 6% de toutes les importations israĂ©liennes. Times of Israel Des accords de libre-Ă©change conclus depuis le milieu des annĂ©es 1990 avaient fait d’Ankara un partenaire incontournable : acier, ciment, aluminium, produits alimentaires frais et secs, matières premières industrielles — le tissu Ă©conomique israĂ©lien Ă©tait profondĂ©ment imbriquĂ© avec la production turque.

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La Turquie a ensuite restreint ses exportations vers IsraĂ«l de nombreuses marchandises, dont des produits composĂ©s d’acier, de fer et d’aluminium, en rĂ©ponse Ă  la guerre, prĂ©cisant que cette dĂ©cision resterait en vigueur jusqu’Ă  ce qu’IsraĂ«l dĂ©clare un cessez-le-feu et autorise l’accès continu de l’aide humanitaire Ă  Gaza. Times of Israel En pratique, c’est une rupture totale. Erdogan lui-mĂŞme a assumĂ© publiquement la dĂ©cision : « Le volume des Ă©changes commerciaux entre nous s’Ă©levait Ă  9,5 milliards de dollars. Ignorant ce volume commercial, nous avons fermĂ© la porte. » Euronews


Les importateurs israéliens cherchent des contournements — et en trouvent

Face Ă  ce mur, les importateurs israĂ©liens n’ont pas attendu. De nombreux importateurs cherchent d’autres voies pour contourner l’interdiction en empruntant des pays tiers, notamment la SlovĂ©nie — ce qui entraĂ®ne un transport plus cher et plus long — tandis que d’autres pourraient devoir remplacer leurs fournisseurs turcs par d’autres, plus onĂ©reux, d’Europe et des États-Unis. Times of Israel

C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ  qu’intervient la formule que Maariv a choisie pour son titre : un « nouvel ennemi » acheminerait dĂ©sormais des marchandises vers IsraĂ«l Ă  prix rĂ©duit. La logique est implacable : lĂ  oĂą la Turquie a laissĂ© un vide commercial colossal, d’autres acteurs — dont certains se positionnent politiquement contre IsraĂ«l — ont saisi l’opportunitĂ© Ă©conomique, en servant de pays de transit ou de fournisseurs de substitution, parfois Ă  des conditions tarifaires attractives. Le commerce n’attend pas les dĂ©clarations d’amitiĂ©.


L’acier, le ciment, l’aluminium : des matières qui ne se remplacent pas facilement

Des analystes estiment qu’il sera très difficile pour la Turquie de rĂ©tablir ensuite la relation sur des marchandises aussi stratĂ©giques que l’acier, le ciment, l’aluminium ou les autres matĂ©riaux de construction, parce que ces produits sont cruciaux pour le pays. Times of Israel Ce diagnostic dit deux choses simultanĂ©ment : d’abord, qu’IsraĂ«l a trouvĂ© ou trouvera des alternatives, et qu’une fois ces alternatives installĂ©es, la Turquie aura du mal Ă  rĂ©cupĂ©rer sa position commerciale mĂŞme si elle dĂ©cidait d’un retour en arrière politique. Ensuite, que le blocage turc a des consĂ©quences rĂ©elles et durables sur les prix et les approvisionnements israĂ©liens — en particulier dans un contexte de reconstruction massive après dix-huit mois de guerre.

Ă€ court terme, ce boycott devrait entraĂ®ner une hausse des prix en IsraĂ«l pour divers produits importĂ©s — produits alimentaires frais ou secs, matières premières, appareils Ă©lectriques, fer et voitures — en consĂ©quence d’une rĂ©duction des approvisionnements. Times of Israel Pour un pays dont le litre d’essence vient de bondir d’un shekel en une nuit, cette pression supplĂ©mentaire sur les prix Ă  la consommation arrive dans un contexte Ă©conomique dĂ©jĂ  tendu.


Le pĂ©trole azerbaĂŻdjanais : la faille dans l’embargo

Il existe une zone grise dans ce dispositif de rupture commerciale, et elle concerne le pĂ©trole. Le pĂ©trole brut azerbaĂŻdjanais est livrĂ© via l’olĂ©oduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, chargĂ© sur des pĂ©troliers dans le port turc de Ceyhan pour ĂŞtre livrĂ© Ă  IsraĂ«l. Chronique Palestine La Turquie se trouve dans une position inconfortable : elle a formellement rompu ses relations commerciales avec IsraĂ«l, mais le pĂ©trole qui transite par son territoire vers l’État hĂ©breu continue de circuler, en vertu d’accords contractuels dont Ankara dit ne pas pouvoir s’affranchir unilatĂ©ralement.

Des fonctionnaires turcs ont dĂ©clarĂ© que la responsabilitĂ© d’Ankara Ă©tait limitĂ©e en la matière : « Nous ne sommes pas propriĂ©taires de l’olĂ©oduc, c’est BP qui l’est. Il s’agit de pĂ©trole azerbaĂŻdjanais ou kazakh et ils ne sont pas notre propriĂ©tĂ© non plus. » Chronique Palestine Cette distinction — commercialement commode, politiquement embarrassante pour Ankara — illustre la complexitĂ© des interdĂ©pendances Ă©conomiques que mĂŞme une rupture politique dĂ©clarĂ©e ne parvient pas Ă  dĂ©mĂŞler complètement.


Erdogan, le commerce et la pression intérieure

Derrière la dĂ©cision turque, il y a aussi une arithmĂ©tique politique domestique. ConfrontĂ© Ă  une colère croissante dans la population turque contre le maintien des relations commerciales avec IsraĂ«l, le gouvernement turc a progressivement renforcĂ© ses restrictions. Selon des analystes, cette colère a contribuĂ© Ă  la dĂ©bâcle historique du parti d’Erdogan aux Ă©lections locales. Times of Israel Le blocage commercial d’IsraĂ«l n’est donc pas seulement un geste de solidaritĂ© avec Gaza — c’est aussi une rĂ©ponse Ă  une pression populaire intĂ©rieure qui menaçait directement la base Ă©lectorale d’Erdogan.

Dans ce contexte, la question du « nouvel ennemi » qui livre des marchandises Ă  IsraĂ«l Ă  prix rĂ©duit prend une dimension supplĂ©mentaire : celui qui remplace la Turquie dans la chaĂ®ne d’approvisionnement israĂ©lienne profite Ă©conomiquement de la dĂ©cision politique turque, sans en payer le coĂ»t diplomatique. C’est la gĂ©ographie cynique du commerce en temps de guerre.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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