
La Turquie a fermĂ© ses portes commerciales Ă IsraĂ«l. Et pendant ce temps, d’autres pays ont discrètement pris sa place — Ă des prix plus avantageux. C’est le rĂ©sumĂ© brutal d’une situation commerciale qui rĂ©vèle autant sur les nouvelles gĂ©ographies Ă©conomiques du conflit que sur la vulnĂ©rabilitĂ© structurelle de l’Ă©conomie israĂ©lienne en temps de guerre.
7 milliards de dollars d’Ă©changes — et puis plus rien
La relation commerciale turco-israĂ©lienne Ă©tait, jusqu’Ă rĂ©cemment, l’une des plus solides de la rĂ©gion. La Turquie Ă©tait la cinquième source de produits importĂ©s pour IsraĂ«l, avec des exportations turques en direction d’IsraĂ«l atteignant 5,4 milliards de dollars, soit 6% de toutes les importations israĂ©liennes. Times of Israel Des accords de libre-Ă©change conclus depuis le milieu des annĂ©es 1990 avaient fait d’Ankara un partenaire incontournable : acier, ciment, aluminium, produits alimentaires frais et secs, matières premières industrielles — le tissu Ă©conomique israĂ©lien Ă©tait profondĂ©ment imbriquĂ© avec la production turque.
La Turquie a ensuite restreint ses exportations vers IsraĂ«l de nombreuses marchandises, dont des produits composĂ©s d’acier, de fer et d’aluminium, en rĂ©ponse Ă la guerre, prĂ©cisant que cette dĂ©cision resterait en vigueur jusqu’Ă ce qu’IsraĂ«l dĂ©clare un cessez-le-feu et autorise l’accès continu de l’aide humanitaire Ă Gaza. Times of Israel En pratique, c’est une rupture totale. Erdogan lui-mĂŞme a assumĂ© publiquement la dĂ©cision : « Le volume des Ă©changes commerciaux entre nous s’Ă©levait Ă 9,5 milliards de dollars. Ignorant ce volume commercial, nous avons fermĂ© la porte. » Euronews
Les importateurs israéliens cherchent des contournements — et en trouvent
Face Ă ce mur, les importateurs israĂ©liens n’ont pas attendu. De nombreux importateurs cherchent d’autres voies pour contourner l’interdiction en empruntant des pays tiers, notamment la SlovĂ©nie — ce qui entraĂ®ne un transport plus cher et plus long — tandis que d’autres pourraient devoir remplacer leurs fournisseurs turcs par d’autres, plus onĂ©reux, d’Europe et des États-Unis. Times of Israel
C’est prĂ©cisĂ©ment lĂ qu’intervient la formule que Maariv a choisie pour son titre : un « nouvel ennemi » acheminerait dĂ©sormais des marchandises vers IsraĂ«l Ă prix rĂ©duit. La logique est implacable : lĂ oĂą la Turquie a laissĂ© un vide commercial colossal, d’autres acteurs — dont certains se positionnent politiquement contre IsraĂ«l — ont saisi l’opportunitĂ© Ă©conomique, en servant de pays de transit ou de fournisseurs de substitution, parfois Ă des conditions tarifaires attractives. Le commerce n’attend pas les dĂ©clarations d’amitiĂ©.
L’acier, le ciment, l’aluminium : des matières qui ne se remplacent pas facilement
Des analystes estiment qu’il sera très difficile pour la Turquie de rĂ©tablir ensuite la relation sur des marchandises aussi stratĂ©giques que l’acier, le ciment, l’aluminium ou les autres matĂ©riaux de construction, parce que ces produits sont cruciaux pour le pays. Times of Israel Ce diagnostic dit deux choses simultanĂ©ment : d’abord, qu’IsraĂ«l a trouvĂ© ou trouvera des alternatives, et qu’une fois ces alternatives installĂ©es, la Turquie aura du mal Ă rĂ©cupĂ©rer sa position commerciale mĂŞme si elle dĂ©cidait d’un retour en arrière politique. Ensuite, que le blocage turc a des consĂ©quences rĂ©elles et durables sur les prix et les approvisionnements israĂ©liens — en particulier dans un contexte de reconstruction massive après dix-huit mois de guerre.
Ă€ court terme, ce boycott devrait entraĂ®ner une hausse des prix en IsraĂ«l pour divers produits importĂ©s — produits alimentaires frais ou secs, matières premières, appareils Ă©lectriques, fer et voitures — en consĂ©quence d’une rĂ©duction des approvisionnements. Times of Israel Pour un pays dont le litre d’essence vient de bondir d’un shekel en une nuit, cette pression supplĂ©mentaire sur les prix Ă la consommation arrive dans un contexte Ă©conomique dĂ©jĂ tendu.
Le pĂ©trole azerbaĂŻdjanais : la faille dans l’embargo
Il existe une zone grise dans ce dispositif de rupture commerciale, et elle concerne le pĂ©trole. Le pĂ©trole brut azerbaĂŻdjanais est livrĂ© via l’olĂ©oduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, chargĂ© sur des pĂ©troliers dans le port turc de Ceyhan pour ĂŞtre livrĂ© Ă IsraĂ«l. Chronique Palestine La Turquie se trouve dans une position inconfortable : elle a formellement rompu ses relations commerciales avec IsraĂ«l, mais le pĂ©trole qui transite par son territoire vers l’État hĂ©breu continue de circuler, en vertu d’accords contractuels dont Ankara dit ne pas pouvoir s’affranchir unilatĂ©ralement.
Des fonctionnaires turcs ont dĂ©clarĂ© que la responsabilitĂ© d’Ankara Ă©tait limitĂ©e en la matière : « Nous ne sommes pas propriĂ©taires de l’olĂ©oduc, c’est BP qui l’est. Il s’agit de pĂ©trole azerbaĂŻdjanais ou kazakh et ils ne sont pas notre propriĂ©tĂ© non plus. » Chronique Palestine Cette distinction — commercialement commode, politiquement embarrassante pour Ankara — illustre la complexitĂ© des interdĂ©pendances Ă©conomiques que mĂŞme une rupture politique dĂ©clarĂ©e ne parvient pas Ă dĂ©mĂŞler complètement.
Erdogan, le commerce et la pression intérieure
Derrière la dĂ©cision turque, il y a aussi une arithmĂ©tique politique domestique. ConfrontĂ© Ă une colère croissante dans la population turque contre le maintien des relations commerciales avec IsraĂ«l, le gouvernement turc a progressivement renforcĂ© ses restrictions. Selon des analystes, cette colère a contribuĂ© Ă la dĂ©bâcle historique du parti d’Erdogan aux Ă©lections locales. Times of Israel Le blocage commercial d’IsraĂ«l n’est donc pas seulement un geste de solidaritĂ© avec Gaza — c’est aussi une rĂ©ponse Ă une pression populaire intĂ©rieure qui menaçait directement la base Ă©lectorale d’Erdogan.
Dans ce contexte, la question du « nouvel ennemi » qui livre des marchandises Ă IsraĂ«l Ă prix rĂ©duit prend une dimension supplĂ©mentaire : celui qui remplace la Turquie dans la chaĂ®ne d’approvisionnement israĂ©lienne profite Ă©conomiquement de la dĂ©cision politique turque, sans en payer le coĂ»t diplomatique. C’est la gĂ©ographie cynique du commerce en temps de guerre.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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