L’ancien Premier ministre d’IsraĂ«l a Ă©crit un Ă©ditorial dans le plus grand mĂ©dia israĂ©lien dans lequel il a analysĂ© le paysage politique après les Ă©lections de la semaine dernière et a dĂ©clarĂ© que le leader du Likoud devrait quitter ses fonctions après 12 ans.
 » J’Ă©cris ces mots au dĂ©but de la journĂ©e Ă©lectorale, bien que cette chronique ne sera pas publiĂ©e avant la fin des Ă©lections. Il est possible que d’ici lĂ , je sois dĂ©peint comme un amateur qui ne comprend rien de ce qui se passe dans la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne. Peut-ĂŞtre y a-t-il ceux qui se moquent de moi pour essayer de comprendre les mystères des Ă©vĂ©nements politiques qui secouent notre pays bien-aimĂ© depuis de nombreuses annĂ©es.
Je suis prêt à prendre le risque et à relever ce défi.
Ă€ la fin des Ă©lections pour la 24e Knesset d’IsraĂ«l, une fois que tous les bulletins de vote ont Ă©tĂ© comptĂ©s, et que tous les calculs ont Ă©tĂ© faits, et que toutes les doubles enveloppes ont Ă©tĂ© vĂ©rifiĂ©es et que toutes les enveloppes invalides ont Ă©tĂ© remises, le message est clair quant au candidat le plus rĂ©aliste au poste de Premier ministre. Il ne formera pas de gouvernement. La tentative d’unir tous les partis pour former une coalition d’au moins 61 sièges Ă©chouera.
Pour atteindre cet objectif, il sera nĂ©cessaire de mener une sĂ©rie d’actions irrationnelles et malhonnĂŞtes qui font dĂ©jĂ partie de la culture politico-publique d’IsraĂ«l. Netanyahu mettra l’État d’IsraĂ«l en vente au plus offrant. SĂ©curitĂ©, Ă©conomie, droits civils, Ă©galitĂ© des droits des citoyens arabes, nĂ©cessitĂ© de protĂ©ger les personnes diffĂ©rentes et surtout la communautĂ© LGBT, destruction de l’environnement, libertĂ© des mĂ©dias, tout sera mis en vente par Netanyahu.
Les rendez-vous les plus fous deviendront une monnaie d’Ă©change pour les commerçants. La taille du gouvernement, la rĂ©partition des bureaux et les commissions de la Knesset s’envoleront dans une spirale sans prĂ©cĂ©dent. Et tout au long de ce processus, le scĂ©lĂ©rat continuera Ă mentir et Ă tricher. Nous allons nous endormir avec une proposition du gouvernement et nous nous rĂ©veillerons avec une composition complètement diffĂ©rente. Toutes les permutations les plus improbables, les plus inattendues et les plus indĂ©sirables apparaĂ®tront et disparaĂ®tront, puis reviendront et disparaĂ®tront Ă nouveau.
Dans quelques mois, nous saurons ce que nous savons dĂ©jĂ aujourd’hui : Netanyahu est terminĂ©. Il ne rĂ©ussira pas Ă former un gouvernement. Il agira en tant que Premier ministre provisoire jusqu’aux prochaines Ă©lections, après quoi nous commencerons la rĂ©habilitation et la rĂ©cupĂ©ration du virus politique dangereux, gratuit et toxique que «Bibi» Netanyahu a implantĂ© dans le système nerveux du pays.
Comment cela fonctionnera-t-il ?
Seules l’innocence et les illusions de personnes Ă©loignĂ©es de la rĂ©alitĂ© peuvent aboutir Ă la conclusion que notre prochain gouvernement pourrait ĂŞtre dirigĂ© par le gang du Likoud, avec les communautĂ©s religieuses ultra-orthodoxes et les nationalistes qui soutiennent la jeunesse violente, ainsi que Naftali Bennett et ses partisans , et peut-ĂŞtre aussi avec le parti arabe Ra’am.
Quiconque s’occupe de statistiques et d’arithmĂ©tique Ă©lĂ©mentaire peut prendre le nombre de sièges et les additionner pour voir s’ils arrivent Ă un nombre fou, artificiel et alĂ©atoire de 61 sièges, mais mĂŞme dans ce cas, il ne sera pas possible de former un gouvernement.
De nombreux programmes sont diffusĂ©s sur toutes les chaĂ®nes de tĂ©lĂ©vision, les stations de radio et les Ă©ditoriaux de journaux Ă©crits par des personnes se faisant passer pour des universitaires, et selon beaucoup d’entre eux, il peut y avoir une combinaison dans laquelle tous ces diffĂ©rents Ă©lĂ©ments de la droite peuvent former un gouvernement. Ces combinaisons s’effondreront avant de se connecter. Ils entreront en conflit les uns avec les autres avant de commencer. Ils s’Ă©craseront avant d’avoir une chance de s’Ă©craser.
La campagne Ă©lectorale s’est dĂ©roulĂ©e tout le temps avec le sentiment, trop renforcĂ©, que Bennett Ă©tait la figure clĂ© pour dĂ©terminer qui serait le prochain Premier ministre. Bennett est un homme de dignitĂ©. Dans le passĂ©, il Ă©tait un brave soldat de combat pour Sayeret Matkal qui fut plus tard un assistant de la personne qui Ă©tait Ă la tĂŞte de l’opposition Ă l’Ă©poque, et plus tard la nouvelle star du champ du sionisme religieux.
Le domaine du sionisme religieux n’a jamais Ă©tĂ© extrĂ©miste, ni mĂŞme nationaliste. Pendant une courte pĂ©riode, il a Ă©tĂ© pris dans la rhĂ©torique messianique d’une Grande Terre d’IsraĂ«l, tout comme moi et beaucoup d’autres qui, entre-temps, avons rĂ©ussi Ă forger une nouvelle voie et une nouvelle vie et Ă trouver la bonne direction pour l’avenir de l’État d’IsraĂ«l. Au fond, la vision du sionisme religieux Ă©tait responsable, modĂ©rĂ©e et juste.
Bennett a perdu la raison du statut qu’il avait acquis au crĂ©puscule. Une partie de leur camp a dĂ©rivĂ© vers la droite et est devenue beaucoup plus extrĂŞme, nationaliste, conduisant les dĂ©vouĂ©s, bons et courageux Ă se diriger vers les collines de Samarie et de JudĂ©e, Ă la violence envers les Palestiniens et Ă l’incitation contre tous ceux qui avaient le courage d’avertir les autres des Ă©normes dommages que l’absence de solution politique avec les Palestiniens a causĂ© et continuera d’apporter Ă la santĂ©, Ă la sĂ©curitĂ© et Ă la stabilitĂ© de notre pays.
Le choc que Bennett et Ayelet Shaked ont subi au premier tour de la sĂ©rie Ă©lectorale en cours, en avril 2019, les a obligĂ©s Ă prendre du recul et Ă réévaluer leur situation. Pendant un moment, ils ont semblĂ© atteindre de nouveaux sommets qui pourraient les placer au sommet de la direction politique d’IsraĂ«l. Mais cela s’est avĂ©rĂ© ĂŞtre une fausse alerte. Bennett n’a jamais Ă©tĂ© candidat au poste de Premier ministre. Dix sièges ne sont pas une force capable de rassembler autour d’elle une coalition responsable qui a le pouvoir de relier les fragments qui menacent l’unitĂ© de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne. Les rĂ©sultats des Ă©lections l’ont dĂ©montrĂ© sans Ă©quivoque.
Maintenant, Bennett doit recalculer ce que sera son chemin. Si ce qu’il a dit Ă propos de Netanyahu reprĂ©sente ce qu’il pense vraiment, si Ayelet Shaked et lui sont faits du mĂŞme matĂ©riau qui pourrait un jour grandir et ĂŞtre prĂŞts Ă accepter un haut niveau de responsabilitĂ©, alors ils doivent se sĂ©parer du gang du Likud. Les slogans usĂ©s sur une droite vĂ©ritablement conservatrice offrant des solutions bon marchĂ© qui mettraient beaucoup d’argent dans les poches de nombreux citoyens israĂ©liens se sont dissipĂ©s. Bennett et Shaked pourraient se lever et partir s’ils ne se dĂ©cident pas Ă agir de manière responsable et modeste et Ă changer de cap.
Le pouvoir qu’a Yamina après ces dernières Ă©lections n’est pas de former un gouvernement dirigĂ© par le scĂ©lĂ©rat Netanyahu mais d’empĂŞcher sa formation, et de promulguer la loi nĂ©cessaire pour que la dĂ©mocratie israĂ©lienne reprenne son cours, après le gang du Likoud, les colons extrĂ©mistes et les rabbins messianiques s’Ă©carteront du droit chemin.
L’essentiel est que Bennett doit rejoindre Yair Lapid. Et Ă Benny Gantz, qui a Ă©tĂ© politiquement actif, non pas parce qu’il n’a commis aucune erreur ou Ă©chouĂ©, mais parce qu’il Ă©tait assez dĂ©cent pour admettre ses Ă©checs et changer de direction. Et Merav Michaeli, reconnue pour sa crĂ©dibilitĂ©, son courage et son honnĂŞtetĂ©. Et le Meretz et la Liste commune, qui ont explicitement dĂ©clarĂ© leur dĂ©sir de participer Ă façonner l’avenir de l’État d’IsraĂ«l en tant qu’État juif dĂ©mocratique qui respecte ses communautĂ©s minoritaires.
Il est clair qu’un gouvernement ne sera formĂ©. Ce qui semblait ĂŞtre une menace choquante il y a quelques jours est la première Ă©tape pour corriger le cours. Un cinquième vote est inĂ©vitable. C’est « Bibi » ou un cinquième choix.
Aller Ă un cinquième tour n’est pas une situation souhaitable. C’est le niveau le plus bas que nous puissions atteindre, un abĂ®me que seul le gouvernement nationaliste, raciste et diviseur dirigĂ© par Netanyahu et Itamar Ben-Gvir pourrait nous conduire.
Les candidats attachĂ©s aux valeurs sans lesquelles l’État d’IsraĂ«l ne peut exister se prĂ©senteront Ă un cinquième tour d’élections. Des valeurs telles qu’une dĂ©mocratie qui dĂ©fend l’Ă©galitĂ© et la tolĂ©rance, dans laquelle la majoritĂ© ne peut pas et ne veut pas fouler aux pieds les droits de ses minoritĂ©s, y compris les Arabes, les Druzes et les Circassiens. PrĂ©server le caractère juif de l’État, qui n’est pas dictĂ© par les orthodoxes, mais qui inclut Ă©galement des membres de tous les diffĂ©rents secteurs religieux, Ă savoir les communautĂ©s rĂ©formĂ©es et conservatrices. Un Ă©tat dans lequel vous pouvez ĂŞtre de droite ou de gauche, homosexuel, travailler dans la haute technologie ou ĂŞtre travailleur municipal de l’assainissement. Une sociĂ©tĂ© qui offre des opportunitĂ©s pour une vie qui a une Ă©ducation de qualitĂ© qui prĂ©serve la puissance du pays,
Et surtout : un pays qui veut la paix avec ses voisins, qui est prêt à prendre l’initiative pour y parvenir, et qui est prêt à faire les douloureuses concessions pour qu’elle se produise.
Aucune de ces questions n’a Ă©tĂ© dĂ©battue dans les jours prĂ©cĂ©dant le quatrième tour. La campagne s’est concentrĂ©e sur un seul problème : Bibi. Alors disons non Ă Bibi et oui Ă l’Etat d’IsraĂ«l.
Éditorial rĂ©digĂ© par Ehud Olmert, ancien Premier ministre d’IsraĂ«l, pour le Jerusalem Post.





