Le chercheur qui met en garde : « Les images satellite montrent que l’Iran prĂ©pare quelque chose, cela doit beaucoup nous inquiĂ©ter »

Dani Sitrinovitch, chercheur spĂ©cialiste de l’Iran et de l’axe chiite Ă  l’Institut d’Ă©tudes sur la sĂ©curitĂ© nationale (INSS), s’est exprimĂ© ce lundi dans une interview Ă  la radio 103fm sur les derniers Ă©changes de coups entre Washington et TĂ©hĂ©ran, et sur la tension croissante autour du dĂ©troit d’Ormuz.

Sitrinovitch a expliquĂ© que, selon lui, les Iraniens ne cĂ©deront pas cette fois-ci. « Nous avons lancĂ© l’opĂ©ration Rugissement du Lion dans le but d’affaiblir le rĂ©gime iranien et de lui retirer sa capacitĂ© Ă  atteindre une arme nuclĂ©aire ciblĂ©e », a-t-il rappelĂ©, en notant qu’avant cette opĂ©ration, le dĂ©troit d’Ormuz Ă©tait ouvert Ă  la navigation, alors qu’il constitue dĂ©sormais le cĹ“ur du diffĂ©rend. « Le point central de l’affrontement actuel est la tentative de contrĂ´ler, ou de trancher qui contrĂ´lera, le dĂ©troit d’Ormuz. »

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« Aucune volonté de reculer côté iranien »

« Du cĂ´tĂ© iranien, je n’identifie aucune volontĂ© de reculer », a-t-il averti. Selon lui, « les Iraniens iront jusqu’au bout dans cet Ă©pisode — c’est le prix qu’ils doivent payer pour prĂ©server leur contrĂ´le sur le dĂ©troit d’Ormuz ». Sitrinovitch a prĂ©cisĂ© que mĂŞme si les frappes se poursuivent, les Iraniens ne cĂ©deront pas, de sorte que la balle est dĂ©sormais dans le camp de Trump, qui devra dĂ©cider s’il renonce ou riposte. « Je ne vois, cĂ´tĂ© iranien, aucune volontĂ© de compromis », a-t-il insistĂ©.

« Nous sommes dans une bataille pour le contrĂ´le du dĂ©troit d’Ormuz, et aucune des deux parties n’est prĂŞte Ă  cĂ©der », a expliquĂ© le chercheur. Selon lui, les AmĂ©ricains « posent des ultimatums » aux Iraniens pour qu’ils rouvrent le dĂ©troit, et en rĂ©ponse, les Iraniens le referment ; les AmĂ©ricains frappent, et le cycle recommence. Sitrinovitch a estimĂ© que l’Ă©pisode pourrait se terminer si l’une des deux parties cède, si un accord est trouvĂ© entre l’Iran et Oman pour encadrer le passage dans le dĂ©troit, ou si les Ă©vĂ©nements Ă©chappent Ă  tout contrĂ´le.

« Pour l’instant, les frappes sont agressives, mais les emplacements gĂ©ographiques et la nature des cibles laissent penser que chaque camp souhaite probablement prĂ©server la possibilitĂ© de revenir Ă  la table des nĂ©gociations », a-t-il soulignĂ©. Il a toutefois averti que si les frappes se poursuivaient Ă  cette intensitĂ©, « il sera sans doute difficile de maintenir ce cadre et de garantir qu’il n’y aura pas de nouvelle escalade ». Selon lui, « pour l’instant, les deux parties respectent une sorte de règles du jeu — mais les choses pourraient Ă©chapper Ă  tout contrĂ´le ».

Les Américains veulent affaiblir les capacités, les Iraniens tracent une ligne rouge

Selon Sitrinovitch, les frappes amĂ©ricaines visent Ă  affaiblir la menace iranienne dans le dĂ©troit d’Ormuz, tandis que les Iraniens ont, de leur cĂ´tĂ©, tracĂ© leur propre ligne rouge. « D’après de nombreux rapports, il semble que les AmĂ©ricains frappent de manière continue la capacitĂ© iranienne Ă  toucher le dĂ©troit d’Ormuz : installations de commandement, radars et sites de lancement, tandis que les Iraniens frappent largement les bases amĂ©ricaines de la rĂ©gion du Golfe — mais ne frappent ni aux Émirats arabes unis ni en Arabie saoudite. »

Sitrinovitch appuie son analyse en indiquant que « la plupart des frappes amĂ©ricaines se concentrent dans le sud de l’Iran et sur la zone cĂ´tière, ce qui signifie qu’il s’agit d’une tentative d’affaiblir la capacitĂ© iranienne Ă  toucher des pĂ©troliers ». Cela n’empĂŞchera toutefois pas, selon lui, les Iraniens de frapper — car il suffit d’un seul missile pour empĂŞcher le passage d’un pĂ©trolier, et c’est bien lĂ  le problème central. NĂ©anmoins, « les Iraniens ont clairement indiquĂ© que si leurs infrastructures Ă©taient touchĂ©es, ils rĂ©pliqueraient en frappant des infrastructures », a prĂ©cisĂ© Sitrinovitch.

Le chercheur a Ă©galement Ă©voquĂ© la position du prĂ©sident amĂ©ricain, estimant qu’« il est possible qu’il choisisse de ne pas toucher Ă  l’ensemble des capacitĂ©s iraniennes afin de prĂ©server une chance d’accord ». Selon lui, si les informations concernant la cible des frappes iraniennes s’avèrent exactes, celles-ci « rĂ©pliqueront nĂ©cessairement contre des infrastructures dans la rĂ©gion du Golfe », a-t-il ajoutĂ©, Ă©voquant les chances de maintenir la poursuite des nĂ©gociations.

« L’objectif amĂ©ricain est de mener une campagne de plusieurs semaines jusqu’Ă  l’affaiblissement des Iraniens »

Sitrinovitch a estimĂ© que les Ă©changes de coups pourraient s’Ă©taler sur une longue pĂ©riode, de plusieurs jours voire plusieurs semaines. « La semaine dernière, certains rapports indiquaient que l’objectif amĂ©ricain Ă©tait de mener une campagne de plusieurs semaines jusqu’Ă  ce que les Iraniens s’affaiblissent ou capitulent », a-t-il rapportĂ©. Selon lui, « le problème, c’est que nous sommes au Moyen-Orient — les Ă©vĂ©nements peuvent Ă©chapper Ă  tout contrĂ´le. Nous sommes dans une situation oĂą les deux parties se battent, chacune voulant prĂ©server sa souverainetĂ©, sa capacitĂ© Ă  contrĂ´ler le dĂ©troit, sans vouloir franchir de lignes qui empĂŞcheraient toute nĂ©gociation. » Sitrinovitch a expliquĂ© qu’en coulisses, le Qatar et Oman travaillent activement pour empĂŞcher toute escalade. « Et pourtant — si les infrastructures pĂ©trochimiques Ă©taient touchĂ©es, cela changerait la donne du point de vue iranien », a-t-il soulignĂ©.

Sitrinovitch a par ailleurs livrĂ© son avis sur une Ă©ventuelle implication israĂ©lienne dans la suite des Ă©vĂ©nements. « C’est l’implication israĂ©lienne qui Ă©largirait la campagne », a-t-il prĂ©cisĂ©, ajoutant qu’il ne pense pas qu’Ă  Washington il y ait une volontĂ© de voir IsraĂ«l entrer dans le conflit. « Cela deviendrait un Ă©vĂ©nement rĂ©gional qui rendrait très difficile pour les AmĂ©ricains un retour Ă  la table des nĂ©gociations. » Sitrinovitch a conclu sur ce point en affirmant : « Je suis certain que Netanyahou n’est pas triste de ce qui se passe actuellement — tout dĂ©pend de Trump. »

« Ce qui se passe dans le domaine nucléaire iranien doit beaucoup nous inquiéter »

InterrogĂ© pour savoir si l’Iran continue de progresser vers ses aspirations nuclĂ©aires, Sitrinovitch a rĂ©pondu que « les images satellite montrent sans Ă©quivoque que l’Iran prĂ©pare quelque chose en matière d’enrichissement ». Selon lui, en analysant les actions iraniennes, il est facile de comprendre que TĂ©hĂ©ran investit dans le domaine nuclĂ©aire. Il a Ă©voquĂ© un nouveau site d’enrichissement dont l’Iran a fait Ă©tat, apparemment plus difficile Ă  atteindre que Fordow.

« L’Iran fait des choses lĂ -bas, c’est un Ă©vĂ©nement prĂ©occupant car nous n’avons aucune surveillance — cela fait un an que nous sommes sans contrĂ´le », a insistĂ© Sitrinovitch, avant d’avertir : « Il faut ĂŞtre inquiets — ce qui est intĂ©ressant, c’est le nuclĂ©aire, et c’est lĂ -dessus qu’il faut se concentrer en permanence. » InterrogĂ© sur l’existence d’images prouvant que l’Iran a repris l’enrichissement d’uranium, Sitrinovitch a rĂ©pondu sans dĂ©tour : « On voit sur les photos des travaux en cours dans la zone. » Selon lui, « il faut rester concentrĂ©s sur ce qui se fait dans le programme nuclĂ©aire iranien. Ce que montrent les images satellite doit beaucoup nous inquiĂ©ter. »

Sur ce dossier, notre rĂ©daction avait dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© la carte officielle des routes maritimes publiĂ©e par l’Iran dans le dĂ©troit d’Ormuz, ainsi que la frappe iranienne ayant touchĂ© un avion AWACS amĂ©ricain en Arabie saoudite.