Le « corridor des missiles iraniens » : la crainte en Irak d’une revanche de TĂ©hĂ©ran

L’Iran n’a probablement pas encore dĂ©cidĂ© dĂ©finitivement comment rĂ©agir Ă  l’Ă©limination du leader du Hamas Ismail Haniyeh depuis, il y a environ deux semaines après l’explosion de la maison d’hĂ´tes des Gardiens de la rĂ©volution, mais une chose est sĂ»re : si TĂ©hĂ©ran dĂ©cide d’attaquer directement IsraĂ«l, l’Irak sera impliquĂ© . Les missiles ou drones iraniens traverseront le ciel de ce pays, tout comme en avril, lorsque le ciel Ă©tait rempli de drones et de missiles iraniens et que les rĂ©seaux sociaux Ă©taient Ă©galement remplis de documents.

 
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Un missile iranien lancĂ© lors d’une attaque en avril
En avril, l’Irak n’a interceptĂ© aucun missile ou drone iranien, mais leur a permis de survoler son espace aĂ©rien en direction de l’ouest. Après l’attaque, il est mĂŞme devenu clair que des restes de missiles Ă©taient tombĂ©s sur son territoire, ainsi qu’un drone iranien, selon le rĂ©seau saoudien Al-Hadath, Ă©tait situĂ© dans la ville de Najaf, sainte des chiites. A Bagdad, selon le journal saoudien « A-Sharq Al-Awast », on s’inquiète beaucoup de la rĂ©ponse iranienne, si elle est dirigĂ©e vers IsraĂ«l, puisque l’Irak est le « seul corridor de missiles », selon les termes du journal.
La situation en Irak est complexe. Les milices pro-iraniennes opèrent dans le pays ; depuis le dĂ©but de la guerre, elles se considèrent comme un autre « front de soutien » aux Palestiniens de la bande de Gaza et elles le font en attaquant des cibles amĂ©ricaines dans la rĂ©gion, ce qu’elles considèrent comme aidant IsraĂ«l Ă  Gaza et, en gĂ©nĂ©ral, comme un facteur qui doit ĂŞtre Ă©liminĂ© de l’Irak.
Les milices travaillent Ă©galement directement contre IsraĂ«l. L’organisation « RĂ©sistance islamique en Irak », composĂ©e de milices pro-iraniennes, a publiĂ© de nombreuses revendications de responsabilitĂ©, prĂ©tendument pour avoir tirĂ© directement sur IsraĂ«l pendant les mois de guerre. RĂ©cemment, il a Ă©galement commencĂ© Ă  agir en coopĂ©ration avec les Houthis au YĂ©men. Dès le dĂ©but de la guerre, il a Ă©tĂ© rapportĂ© que les opinions des dirigeants irakiens Ă©taient divisĂ©es concernant les attaques contre les bases amĂ©ricaines dans la rĂ©gion. Certains exigent que le gouvernement choisisse d’y participer ou de les ignorer, tandis que d’autres s’opposent Ă  ces attaques et les craignent.
Il existe des dĂ©saccords entre les milices pro-iraniennes du pays et le Premier ministre irakien, Mohammad Shia al-Sudani. Les milices veulent chasser du pays les forces de la coalition dirigĂ©es par les États-Unis. Al-Sudani, de son cĂ´tĂ©, tente de maintenir des liens avec les milices pro-iraniennes et avec l’Iran, mais aussi avec les États-Unis. Les milices sont revenues ces dernières semaines pour agir contre des cibles amĂ©ricaines dans la rĂ©gion, après une longue pause dans lequel ils attendaient une rĂ©ponse du gouvernement irakien concernant la date du retrait des forces amĂ©ricaines de l’État.
En l’absence de réponse claire, certaines milices ont décidé de revenir à l’action, même si les attaques des premiers mois de la guerre n’avaient pas atteint l’ampleur des attaques.
Dans « A-Sharq Al-Awast », une source a affirmĂ© hier qu’en cas d’attaque iranienne, soit les missiles iraniens passeraient au-dessus de l’Irak, soit ils seraient lancĂ©s depuis le territoire irakien par les milices pro-iraniennes. Quoi qu’il en soit, il est certain que l’Irak sera impliquĂ©.
Selon le journal, la majoritĂ© des citoyens irakiens ne s’inquiètent pas d’une guerre entre IsraĂ«l et l’Iran, mais sur les rĂ©seaux, il existe un conflit ouvert entre les opposants de TĂ©hĂ©ran et ses partisans. La mĂŞme source, proche du « cadre de coordination » (la coalition au pouvoir), a dĂ©clarĂ© au journal que « l’Irak, de par son voisinage avec l’Iran et sa relative proximitĂ© avec IsraĂ«l, sera le plus touchĂ© par une guerre. Sa capacitĂ© de dissuasion » ou en Ă©viter les consĂ©quences est quasiment inexistant. »
La source a ajoutĂ© : « Les terres irakiennes seront ouvertes si la guerre Ă©clate, comme cela s’est produit en avril, lorsque tous les missiles ont traversĂ© l’espace aĂ©rien irakien ». Selon lui, mĂŞme si les missiles passent au-dessus de l’Irak et mĂŞme s’ils sont lancĂ©s depuis son territoire, il sera très difficile pour le gouvernement d’y faire face, car il ne contrĂ´le pas les dĂ©cisions des milices et ne peut pas les dissuader.
 
La source a ajoutĂ© qu’elle craint une situation dans laquelle les milices prendraient l’initiative et mèneraient des attaques plus larges, mĂŞme si elles ne sont pas demandĂ©es, et qu’une guerre Ă  grande Ă©chelle pourrait pousser IsraĂ«l Ă  attaquer directement des cibles vitales sur le territoire irakien, comme les ports de la ville de Bassora – semblable Ă  l’attaque israĂ©lienne contre le port de Hodeidah au YĂ©men.
Une autre personne interrogĂ©e, un ancien diplomate interviewĂ© pour l’article, a Ă©galement dĂ©clarĂ© que l’Irak joue un rĂ´le neutre dans le contexte de la crise rĂ©gionale et des guerres entre IsraĂ«l et les pays de la rĂ©gion, notamment l’Iran. Il a ajoutĂ© : « L’Irak est en rĂ©alitĂ© un pays neutre en termes de politique gouvernementale. DĂ©clarer la guerre et la paix dĂ©pend d’une dĂ©cision du Parlement. Le gouvernement irakien surveille la situation et essaie de pousser les milices et l’Iran Ă  ne pas l’impliquer dans une guerre, plus grande ou ou plus petite. » Il a ajoutĂ© que la complexitĂ© des milices en Irak entraĂ®nerait une position irakienne dĂ©cousue en cas de guerre.
« La scène irakienne ne doit pas ĂŞtre ignorĂ©e », a dĂ©clarĂ© Danny Sitrinowitz, chercheur au programme Iran de l’Institut d’Ă©tudes sur la sĂ©curitĂ© nationale (INSS) et ancien chef de la branche Iran de la division de recherche. « Les milices chiites disposent de capacitĂ©s avancĂ©es dans le domaine du lancement de drones, parallèlement au renforcement continu de la coordination axiale entre elles et le Hezbollah et les Houthis au YĂ©men. En ce qui concerne IsraĂ«l, la prĂ©sence des milices dans la rĂ©gion orientale de la Syrie et la construction de leur pouvoir (avec l’aide de l’Iran) en font une menace qui ne doit pas ĂŞtre ignorĂ©e. La scène irakienne constitue une fois de plus une menace importante pour la sĂ©curitĂ© de l’État d’IsraĂ«l. »