C’est l’image d’une diplomatie Ă deux vitesses qui Ă©merge des coulisses du sommet de BĂĽrgenstock, en Suisse, selon un rapport du Wall Street Journal : d’un cĂ´tĂ© une salle de confĂ©rence oĂą AmĂ©ricains et Iraniens tentaient de parler directement pour la première fois depuis des dĂ©cennies, de l’autre le compte Truth Social de Donald Trump, d’oĂą ont fusĂ© des menaces qui ont failli tout faire capoter.
Dimanche, peu après le dĂ©but des pourparlers directs entre les deux dĂ©lĂ©gations dans le complexe hĂ´telier suisse, le prĂ©sident amĂ©ricain a publiĂ© un message contenant des menaces explicites contre l’Iran, quelques minutes seulement après avoir promis de reprendre les combats dans un entretien accordĂ© Ă Fox News. Le message a stupĂ©fiĂ© la dĂ©lĂ©gation iranienne. Selon plusieurs intermĂ©diaires citĂ©s par le WSJ, l’onde de choc a mĂŞme conduit les Iraniens Ă consulter des psychologues pour tenter de dĂ©crypter la logique du prĂ©sident.
Le clash dans la salle : Qaribaf réprimande Vance
La tĂŞte de la dĂ©lĂ©gation iranienne Ă©tait Mohammad Baqer Qaribaf, prĂ©sident du Parlement, qui avait pris soin de laisser son tĂ©lĂ©phone en dehors de la salle de rĂ©union. Quand l’un de ses collaborateurs l’a averti du post de Trump — qui exigeait que l’Iran force le Hezbollah à « cesser de faire des problèmes » au Liban, sous peine de frappes « encore plus fortes » — Qaribaf s’est tournĂ© vers JD Vance, chef de la dĂ©lĂ©gation amĂ©ricaine, et lui a adressĂ© une rebuffade directe. Selon les sources du WSJ, il lui a signifiĂ© calmement que les menaces constituaient une violation du prĂ©ambule du mĂ©morandum d’entente que Trump lui-mĂŞme avait signĂ© quelques jours plus tĂ´t Ă Versailles, lequel engageait les deux pays Ă ne pas s’attaquer ni se menacer mutuellement.
Qaribaf a ensuite mis fin aux pourparlers en face Ă face. Sa dĂ©lĂ©gation a quittĂ© le site des nĂ©gociations pour retourner Ă l’hĂ´tel, et les discussions se sont poursuivies de manière indirecte via des intermĂ©diaires pakistanais et qataris. Dans une dĂ©claration Ă la tĂ©lĂ©vision d’État iranienne diffusĂ©e mardi, Qaribaf a dĂ©crit la scène en ces termes : il avait dit Ă Vance que « votre prĂ©sident profère des menaces », et que l’Iran « ne nĂ©gocie jamais sous la contrainte ni sous la pression ».
Du cĂ´tĂ© amĂ©ricain, un responsable a dĂ©crit les choses diffĂ©remment : selon lui, Vance avait expliquĂ© aux Iraniens que Trump voulait simplement dire que toute violation de l’accord entraĂ®nerait une rĂ©ponse amĂ©ricaine, et que la pause dans les discussions avait Ă©tĂ© suggĂ©rĂ©e par Vance lui-mĂŞme pour laisser aux Iraniens le temps de rĂ©flĂ©chir aux propositions en cours, sans lien direct avec le tweet incendiaire.
« L’Art du Deal » et les consultants en psychologie
Le style de Trump a visiblement dĂ©concertĂ© TĂ©hĂ©ran bien avant l’ouverture des pourparlers. Des diplomates iraniens ont confiĂ© Ă leurs interlocuteurs qu’ils avaient lu « The Art of the Deal », le livre de nĂ©gociation publiĂ© par Trump en 1987, dans lequel le futur prĂ©sident dĂ©crivait sa tactique favorite : formuler des exigences extrĂŞmes et imprĂ©visibles pour crĂ©er de l’anxiĂ©tĂ© chez l’adversaire et arracher des concessions. Selon plusieurs intermĂ©diaires, les Iraniens avaient Ă©galement constituĂ© une Ă©quipe de psychologues chargĂ©e de les aider Ă anticiper les rĂ©actions publiques de Trump Ă leurs propositions.
Un membre du camp iranien a cependant nuancĂ© : l’Ă©quipe de nĂ©gociation prĂ©sente Ă BĂĽrgenstock ne comprenait pas de psychologues en son sein, et TĂ©hĂ©ran prĂ©fère Ă©viter les spĂ©culations psychologiques sur les motivations du prĂ©sident amĂ©ricain.
MalgrĂ© la crise du dimanche, les discussions ont finalement abouti Ă un accord dont les dĂ©tails incluent, selon d’autres sources citĂ©es par Ynet, un engagement amĂ©ricain Ă permettre la vente de pĂ©trole iranien en dollars. Les mĂ©diateurs avaient averti Ă plusieurs reprises Washington que les posts de Trump sur les rĂ©seaux sociaux fragilisaient les efforts pour parvenir Ă un accord, l’Iran arguant que les dĂ©clarations publiques du prĂ©sident rendaient difficile la conviction des « pragmatiques » de TĂ©hĂ©ran que Washington Ă©tait un partenaire de bonne foi.
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