Nouveau en IsraĂ«l : un voyage expĂ©rientiel de 30 heures sans savoir oĂą l’on va

Il avait prĂ©parĂ© une surprise gastronomique pour son fils pendant une randonnĂ©e dans le dĂ©sert. Mais tous les ingrĂ©dients Ă©taient restĂ©s dans la voiture. Ce qui restait dans le sac : deux rations de campagne Ă  prĂ©parer avec de l’eau bouillante. Sans eau bouillante. Le repas improvisĂ© Ă  base d’eau tiède Ă©tait « nettement peu agrĂ©able », raconte le père. Mais cette anecdote ratĂ©e est devenue depuis une blague privĂ©e, partagĂ©e entre eux seuls, un souvenir que personne d’autre ne comprend. « Et c’est exactement ça. »

Ă€ une Ă©poque oĂą les vacances familiales sont devenues des productions logistiques complexes, avec des intĂ©rĂŞts divergents, des demandes des petits et des revendications des grands, une initiative israĂ©lienne originale propose de tout simplifier Ă  l’extrĂŞme : partir Ă  deux. Un parent et un enfant. Sans savoir oĂą l’on va.

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Le concept : l’incertitude comme pĂ©dagogie

C’est Avi Shoham qui a fondĂ© le projet « Voyage parent-enfant » (en hĂ©breu : Masa Horeh veYeled). Le principe est aussi simple que dĂ©routant : il invite jusqu’Ă  15 couples parents-enfants pour un voyage de 30 heures environ dans diffĂ©rents endroits d’IsraĂ«l. Après l’inscription et le paiement, les participants reçoivent une liste de matĂ©riel et un point de rendez-vous GPS — et c’est tout. Personne ne sait ce qui les attend.

La philosophie derrière ce concept repose sur ce que Shoham appelle « l’incertitude en mode positif ». Apprendre Ă  naviguer dans une vie oĂą tout ne se dĂ©roule pas selon les plans est, selon lui, l’un des enseignements les plus prĂ©cieux qu’un parent puisse transmettre Ă  son enfant. Lorsque l’itinĂ©raire dĂ©vie, que la mĂ©tĂ©o surprend ou qu’un sentier se rĂ©vèle dĂ©cevant, l’enfant observe son parent rĂ©agir — pas en tant qu’autoritĂ© gestionnaire, mais en tant qu’humain qui improvise. « Quand il vous voit respirer profondĂ©ment, recalculer l’itinĂ©raire et accueillir le changement avec sĂ©rĂ©nitĂ©, il apprend que tout n’est pas sous notre contrĂ´le — et que c’est très bien ainsi », explique Shoham.

Voir son enfant autrement

L’un des effets les plus inattendus de ces voyages est la dĂ©couverte de dimensions mĂ©connues de son propre enfant. Dans la dynamique familiale classique, chaque enfant occupe un rĂ´le figĂ© — l’aĂ®nĂ© responsable, le cadet comique, la cadette difficile. Sorti de ce système, sĂ©parĂ© de ses frères et sĹ“urs, il peut surprendre. Shoham cite des parents qui ont dĂ©couvert que leur enfant timide s’Ă©panouissait avec des inconnus rencontrĂ©s sur la route, ou que leur fille hyperactive apprĂ©ciait en rĂ©alitĂ© une heure de silence face Ă  un paysage ouvert.

Le voyage modifie aussi le rapport d’autoritĂ©. Dans la vie quotidienne, la relation parent-enfant est souvent structurĂ©e autour des injonctions et des limites. Sur la route, l’enfant devient un partenaire Ă  part entière : il participe aux dĂ©cisions de navigation, au choix des repas prĂ©parĂ©s en plein air, Ă  la sĂ©lection des Ă©tapes. Ce partage de la prise de dĂ©cision renforce son sentiment de compĂ©tence et d’autonomie, et crĂ©e entre les deux une forme d’Ă©galitĂ© temporaire qui approfondit la confiance.

« Celui qui entre dans le voyage ne sait que comment il commence »

C’est la formule de Shoham pour distinguer le masa (voyage au sens plein) du tiyul (randonnĂ©e ou excursion). Le voyage, contrairement Ă  la randonnĂ©e, n’est pas rĂ©ductible Ă  sa destination. Ce qui se passe en chemin — les petites catastrophes, les surprises, les rires inattendus — constitue la matière mĂŞme de l’expĂ©rience.

Ă€ la fin de chaque voyage, Shoham demande aux participants de ne pas divulguer les activitĂ©s et expĂ©riences vĂ©cues, afin que les prochains groupes soient eux aussi surpris. Les voyages se dĂ©roulent dans des lieux variĂ©s Ă  travers IsraĂ«l, avec deux tranches d’âge (5-9 ans et 10-18 ans), Ă  un niveau physique accessible Ă  tous, y compris ceux qui n’ont pas l’habitude des randonnĂ©es. Le prix est de 2 500 shekels par duo parent-enfant pour les 30 heures, hĂ©bergement et repas compris.

Pour Shoham, cette initiative est personnelle. Peu après son divorce, il avait emmenĂ© l’un de ses fils pour un voyage en tĂŞte-Ă -tĂŞte. Ă€ l’issue de cette expĂ©rience, le garçon l’avait regardĂ© et lui avait dit : « Papa, si j’ai traversĂ© ça, je peux tout traverser dans la vie. » Les larmes qui avaient suivi avaient Ă©tĂ©, dit-il, « la rencontre la plus puissante que j’aie jamais eu avec le sentiment de capacitĂ©. »


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