Le Fakhrizadeh iranien était-il un Oppenheimer ou un Soleimani ?

L’assassinat du gĂ©nĂ©ral et scientifique du Corps des gardiens de la rĂ©volution islamique iranien Mohsen Fakhrizadeh a dĂ©clenchĂ© une tempĂŞte de condamnations. On ne sait pas qui l’a tuĂ©, mais de nombreux experts amĂ©ricains, anciens responsables et voix de l’Union europĂ©enne considèrent l’attaque comme inacceptable.

Fakhrizadeh est Ă  l’honneur depuis des annĂ©es. En 2011, un rapport de l’ONU sur la surveillance nuclĂ©aire l’a soulignĂ© comme la clĂ© du programme nuclĂ©aire iranien. En 2015, le New York Times l’a comparĂ© au physicien amĂ©ricain J. Robert Oppenheimer. Dans le mĂŞme temps, une vidĂ©o de Fakhrizadeh avec le chef de la Force Quds du CGRI, Qasem Soleimani, a fait surface. D’autres sources ont dĂ©signĂ© Fakhrizadeh comme un gĂ©nĂ©ral de brigade dans les pasdaran. Il a travaillĂ© au ministère de la DĂ©fense en tant que chef de l’organisation de recherche et d’innovation, selon les rapports. IsraĂ«l a dĂ©clarĂ© que les fichiers secrets iraniens montraient que Fakhrizadeh Ă©tait Ă  la tĂŞte du projet Amad et dirigeait le SPND au sein du ministère de la DĂ©fense.

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Selon Reuters en 2019, les États-Unis avaient sanctionnĂ© le SPND, «qui supervise les recherches d’importance nuclĂ©aire». Fakhrizadeh avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© sanctionnĂ© en 2008.

Cependant, l’attention portĂ©e Ă  cet homme qui Ă©tait au cĹ“ur du complexe nuclĂ©aire industriel militaire iranien n’a pas Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme une carte blanche pour son assassinat. L’ancien ambassadeur amĂ©ricain Michael McFaul a Ă©crit que les meurtres ne devraient pas ĂŞtre un instrument de politique Ă©trangère. « C’est immoral », a-t-il tweetĂ©. Il a Ă©galement dĂ©clarĂ© que cela produisait des «rĂ©ponses tit-for-tat» et n’avait pas rĂ©ussi Ă  atteindre les objectifs Ă  long terme.

L’ancien chef de la CIA, John Brennan, a dĂ©clarĂ© que l’assassinat de Fakhrizadeh Ă©tait un « acte criminel » et qu’il Ă©tait imprudent et conduirait Ă  des « reprĂ©sailles meurtrières » et Ă  un « nouveau cycle de conflit rĂ©gional ». Il a Ă©galement Ă©crit qu’ « un tel acte de terrorisme d’État » Ă©tait une violation du droit international. Il a mis cela en contraste avec les assassinats de chefs terroristes amĂ©ricains qui «ne sont pas des États souverains» et sont des combattants illĂ©gitimes. L’ancien conseiller de l’administration Obama, Ben Rhodes, a Ă©galement condamnĂ© «l’action scandaleuse» qui porterait atteinte Ă  la diplomatie.

L’organe de politique Ă©trangère de l’Union europĂ©enne a Ă©galement condamnĂ© le meurtre. Il a dit que c’Ă©tait un « acte criminel » et que c’Ă©tait contraire aux droits de l’homme.

La liste des condamnations prĂ©sente Fakhrizadeh comme un scientifique d’un pays souverain, et non comme une cible lĂ©gitime au sein de l’appareil militaire d’un rĂ©gime qui a menacĂ© ses voisins et la rĂ©gion de missiles et d’Ă©ventuelles armes nuclĂ©aires. Ces dernières annĂ©es, l’Iran a exploitĂ© illĂ©galement des navires dans le golfe d’Oman, tirĂ© des roquettes sur des dissidents kurdes en 2018 en Irak, utilisĂ© des drones et des missiles pour attaquer l’Arabie saoudite Abqaiq en 2019, et Ă©galement envoyĂ© des missiles balistiques Ă  l’Irak, Ă  la dĂ©fense aĂ©rienne, aux drones et aux missiles en Syrie et aux dĂ©pĂ´ts d’armes illĂ©gaux du Hezbollahau Liban et en Iran, il mène une campagne d’assassinats en Europe depuis les annĂ©es 80 et permet Ă  des groupes terroristes d’attaquer des cibles en Bulgarie, en Argentine, en ThaĂŻlande et ailleurs.

La question Ă  propos de Fakhrizadeh Ă©tait de savoir s’il Ă©tait avant tout un scientifique, comme Oppenheimer, ou plutĂ´t un gĂ©nĂ©ral du ministère de la DĂ©fense supervisant des aspects clĂ©s du programme nuclĂ©aire militaire. Oppenheimer est nĂ© en 1904 et a obtenu son doctorat en 1927. Plus tard, Oppenheimer a dirigĂ© des recherches pour le National Defense Research Committee puis pour le US Army Office of Scientific Research and Development, dans le but de construire une bombe nuclĂ©aire. Oppenheimer Ă©tait connu pour ses opinions politiques de gauche et plus tard dans la vie, il se battrait pour le contrĂ´le des armements contre la prolifĂ©ration nuclĂ©aire. Il est venu s’opposer Ă  ce qu’il avait contribuĂ© Ă  crĂ©er.

Il n’y a aucune preuve que Fakhrizadeh ou ses proches aient le mĂŞme dĂ©sir de paix qu’Oppenheimer. On ne sait pas non plus pourquoi certains de ceux qui ont condamnĂ© le meurtre de Fakhrizadeh n’ont pas condamnĂ© des meurtres similaires en 2012 des scientifiques iraniens. Enfin, on ne sait pas si les ennemis amĂ©ricains avaient attaquĂ© Oppenheimer, si cela aurait Ă©tĂ© en dehors des limites du conflit, puisque les scientifiques Ă©taient impliquĂ©s dans un projet militaire. Le problème pour le rĂ©gime iranien est que d’une part, il veut que ses scientifiques soient au-dessus de tout reproche concernant les affirmations franches de l’Iran selon lesquelles il dĂ©truira IsraĂ«l et «fera mourir l’AmĂ©rique». Le rĂ©gime veut exiger la «mort» d’une part, et envahir et assassiner des gens dans d’autres pays, mais il ne veut pas non plus que cela se produise Ă  l’intĂ©rieur de l’Iran.

Fakhrizadeh ne semble pas avoir Ă©tĂ© du type Oppenheimer. Il Ă©tait plutĂ´t un Soleimani, une figure militaire clĂ© au cĹ“ur du complexe militaire industriel nuclĂ©aire iranien et des menaces de l’Iran contre la rĂ©gion. L’Iran a construit des missiles de plus en plus prĂ©cis et Ă  plus longue portĂ©e. Il a Ă©galement construit plus de drones. L’Iran tente de prĂ©senter une menace rĂ©elle Ă  ses voisins et Ă  la rĂ©gion et continue d’avertir les États-Unis et d’autres de « vengeance ».

Analyse de Seth J. Frantzman dans The Jerusalem Post