Il y a quelque chose d’une ironie cruelle dans la trajectoire de Mojtaba Khamenei. L’homme que le Conseil des experts iranien vient d’élire comme successeur du Guide suprême décédé — sous pression intense des Gardiens de la Révolution, selon les informations disponibles, et lors d’une session tenue en ligne parce que le bâtiment où elle devait se tenir à Qom avait été bombardé — est au cœur d’un document de renseignement américain classifié datant de 2008 que le Daily Mail a rendu public.
Le document, transmis par le Département d’État à l’ambassade américaine à Londres cette année-là, révèle que Mojtaba, alors âgé d’une cinquantaine d’années aujourd’hui et 56 ans désormais, avait dû effectuer quatre séjours dans des cliniques privées britanniques pour traiter un problème d’impuissance. Sa famille, selon ce rapport, exerçait une pression considérable sur lui pour qu’il produise des héritiers. La dernière hospitalisation avait duré deux mois ; à l’issue de ce traitement, sa femme était tombée enceinte, et un fils était né en Iran, prénommé Ali — en référence à son grand-père, le Guide suprême.
Il convient de ne pas réduire cet homme à cette anecdote. Ce que le document dit d’autre est plus révélateur sur le plan politique. Selon les services de renseignement américains, Mojtaba « travaille dans l’ombre de son père » au bureau du Guide suprême, l’accompagne dans ses déplacements à travers l’Iran, et exerce « un contrôle notable sur l’accès » à sa personne. Il est décrit comme « un dirigeant et gestionnaire capable et fort, qui pourrait un jour hériter d’une partie au moins du leadership national » — une évaluation qui s’est révélée prémonitoire. Il est également décrit comme étant « proche et bien informé » des affaires des hauts commandants des Gardiens de la Révolution.
Sa faiblesse principale, toujours selon le même document, est d’ordre religieux : Mojtaba n’a jamais atteint le rang de mujahid dans ses études islamiques, encore moins celui d’ayatollah. Ce déficit de légitimité théologique dans un système où le Guide suprême est censé être la plus haute autorité religieuse du pays n’est pas anecdotique. Le rapport note d’ailleurs que « Mojtaba semble conscient de ses propres limites et ne paraît pas déterminé à devenir le seul dirigeant suprême par ses propres mérites ».
C’est précisément ce point qui rend sa désignation si contestable sur le plan doctrinal. Le régime iranien s’est lui-même longtemps opposé au principe d’une succession dynastique — ce qui lui permettait de se distinguer des monarchies du Golfe. Élire le fils du Guide suprême défunt comme successeur représente une rupture avec cette rhétorique fondatrice. Selon les informations disponibles, la réunion du Conseil des experts qui a entériné ce choix s’est tenue en urgence et sous contrainte : le bâtiment prévu pour la séance avait été frappé, les membres ont dû se connecter à distance, et la décision a été prise sous forte pression des Gardiens.
À cela s’ajoute un profil financier controversé. En janvier, des rapports indiquaient que Mojtaba avait transféré 328 millions de dollars vers Dubaï via des cryptomonnaies, une fortune accumulée notamment grâce à des taxes prélevées sur le pétrole vendu à la Chine et à l’Inde. Il posséderait également une propriété d’une valeur de 40 millions de dollars dans la « Billionaires’ Row » londonienne, des terrains près de Mashhad, une flotte de Mercedes, un hélicoptère privé et un avion.
Le nouvel « héritier » de la République islamique cumule donc une légitimité théologique douteuse, une succession dynastique contraire à l’idéologie du régime, une fortune colossale placée à l’étranger, et un contexte de désignation sous les bombes. L’Iran post-Khamenei commence sous des auspices particulièrement fragiles.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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