Il voulait avoir le beurre et l’argent du beurre. Emmanuel Macron a pris la parole mardi soir dans une dĂ©claration rare, en apparence contradictoire : le prĂ©sident français a condamnĂ© les opĂ©rations militaires israĂ©lo-amĂ©ricaines contre l’Iran, les jugeant contraires au droit international, tout en annonçant dans la mĂŞme allocution le dĂ©ploiement du porte-avions Charles de Gaulle vers le Moyen-Orient. Une posture qui rĂ©sume parfaitement les contorsions diplomatiques de Paris depuis le dĂ©but de l’opĂ©ration Rugissement du Lion.
« Nous ne pouvons pas soutenir cette guerre », a dĂ©clarĂ© Macron. Mais dans la phrase suivante, il a ajoutĂ© : « C’est l’Iran qui porte la responsabilitĂ© de ce qui se passe. L’histoire ne pleure jamais sur les bourreaux de peuples, et personne ne regrettera aucun d’entre eux. » Une formulation qui, en creux, lĂ©gitime les objectifs de la campagne tout en refusant d’y participer ouvertement.
Le prĂ©sident français a Ă©galement mis en garde IsraĂ«l contre toute opĂ©ration terrestre au Liban, dans un contexte oĂą le Hezbollah a dĂ©clenchĂ© des tirs massifs vers la GalilĂ©e depuis le dĂ©but du conflit. « Si IsraĂ«l est responsable de la dĂ©cision d’une action terrestre, ce serait une escalade dangereuse et une erreur stratĂ©gique », a-t-il dĂ©clarĂ©, ajoutant que le Hezbollah avait commis « une Ă©norme erreur en dĂ©cidant d’attaquer IsraĂ«l et en mettant en danger les civils libanais ».
La dĂ©cision d’envoyer le Charles de Gaulle — fleuron de la marine nationale française, seul porte-avions Ă propulsion nuclĂ©aire hors des États-Unis — vers la rĂ©gion est nĂ©anmoins rĂ©vĂ©latrice. Officiellement prĂ©sentĂ©e comme une mesure de « protection des intĂ©rĂŞts français » et de « stabilisation rĂ©gionale », elle aligne Paris sur une posture qui ressemble davantage Ă une prĂ©sence musclĂ©e qu’Ă une neutralitĂ© assumĂ©e. La France rejoint ainsi le Royaume-Uni, dont le destroyer HMS Duncan est dĂ©jĂ positionnĂ© près de Chypre, et les chasseurs Rafale français dĂ©ployĂ©s aux Émirats arabes unis.
Cette ambiguĂŻtĂ© française s’inscrit dans une tradition gaulliste bien rodĂ©e : critiquer publiquement Washington tout en restant dans l’orbite de l’OTAN. Macron, qui s’Ă©tait positionnĂ© ces dernières annĂ©es comme le chantre de « l’autonomie stratĂ©gique europĂ©enne », se retrouve coincĂ© entre ses partenaires amĂ©ricains et israĂ©liens d’un cĂ´tĂ©, et une opinion publique française — ainsi que plusieurs États membres de l’Union europĂ©enne — de plus en plus mal Ă l’aise avec les images qui arrivent de TĂ©hĂ©ran.
La position de la France contraste vivement avec celle de l’Espagne, que Donald Trump a explicitement visĂ©e en annonçant une rupture commerciale, et avec celle de l’Allemagne, que le prĂ©sident amĂ©ricain a fĂ©licitĂ©e pour sa « coopĂ©ration logistique ». Paris, elle, choisit une troisième voie : la critique verbale assortie d’un dĂ©ploiement naval.
Ce double langage n’a pas Ă©chappĂ© aux observateurs. Envoyer un porte-avions dans une zone de conflit actif tout en dĂ©clarant son opposition Ă ce conflit, c’est objectivement un soutien logistique et dissuasif Ă l’un des camps. La France le sait. Elle l’assume, mais sans le dire.
Pour l’heure, le Charles de Gaulle navigue. Et Paris continue de parler des deux cĂ´tĂ©s de la bouche.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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