Le meurtre d’Ilan Halimi et le blanchiment de l’antisĂ©mitisme musulman

Il y a dix-sept ans, un gang parisien se faisant appeler « les Barbares » a attirĂ© sur son territoire un vendeur de tĂ©lĂ©phones portables de vingt-trois ans nommĂ© Ilan Halimi, l’a torturĂ© pendant trois semaines en rĂ©citant des versets coraniques, puis l’a laissĂ© mourir au bord de la route. Le meurtre de Halimi est souvent considĂ©rĂ© comme le dĂ©but de l’ère actuelle de violence antisĂ©mite en France. Eleanor Krasne commente l’Ă©chec rĂ©pĂ©tĂ© du gouvernement français, et mĂŞme des dirigeants juifs, Ă  s’attaquer aux sources de cette violence.

L'assassinat d'Ilan Halimi : retour sur un déni collectif

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

Les autoritĂ©s françaises ont d’abord nĂ©gligĂ© d’explorer la nature antisĂ©mite du crime, mais après une recherche de trois semaines, elles ont finalement arrĂŞtĂ© le chef du gang, Youssef Fofana. Lorsque l’affaire a Ă©tĂ© jugĂ©e, Fofana portait un t-shirt sur lequel Ă©tait inscrit « Allahu Akbar » et, lorsqu’on lui a demandĂ© de dĂ©cliner son identitĂ©, il a dĂ©clarĂ© : « Je m’appelle Arabe, rĂ©bellion africaine armĂ©e, armĂ©e salafiste barbare, et je suis nĂ© le 13 fĂ©vrier 2006 Ă  Sainte-Geneviève-des-Bois. En d’autres termes, Fofana s’est vantĂ© de son allĂ©geance au salafisme, un mouvement politico-religieux au sein de l’islam qui cherche Ă  Ă©tablir un califat mondial. . . . Fofana disait aussi qu’il Ă©tait « nĂ© » au moment oĂą Ilan Halimi est mort.

EXCLUSIF. Extrait de «24 jours, la vérité sur l'affaire Ilan Halimi»,  d'Alexandre Arcady - Vidéo Dailymotion
Fofana a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  la prison Ă  vie et les autres membres du gang Ă  12-15 ans. Mais les attaques antisĂ©mites violentes n’ont pas ralenti depuis.

Fofana reconnaît l'assassinat d'Ilan Halimi

En 2012, une Ă©cole maternelle juive de Toulouse a Ă©tĂ© la cible d’une sĂ©rie d’ attentats terroristes islamiques . En 2015, Amedy Coulibaly, qui avait prĂŞtĂ© allĂ©geance Ă  l’État islamique, a assassinĂ© quatre juifs innocents dans le supermarchĂ© casher HyperCacher. En 2017, Sarah Halimi (aucun lien avec Ilan Halimi), un mĂ©decin âgĂ©, a Ă©tĂ© poussĂ©e d’un balcon pendant que son meurtrier criait « Allahu Akbar ».

Pour ĂŞtre clair, les musulmans ne sont pas les seuls responsables de l’antisĂ©mitisme français, et chaque musulman n’est pas non plus un antisĂ©mite. Cependant, le rĂ´le de l’islam radical dans l’antisĂ©mitisme français ne doit pas ĂŞtre nĂ©gligĂ©. Pourtant, de nombreuses organisations font exactement cela.

Les organisations françaises et amĂ©ricaines qui prĂ©tendent dĂ©fendre les Juifs semblent hĂ©siter Ă  confronter la thĂ©ologie islamique radicale derrière ces attaques, en particulier lors de la commĂ©moration du meurtre d’Ilan Halimi.

Par exemple, pour marquer l’anniversaire de la mort de Halimi, le Congrès juif europĂ©en a tweetĂ© : « Aujourd’hui, 17 ans se sont Ă©coulĂ©s depuis l’horrible meurtre du Juif français de 23 ans, Ilan Halimi. Il a Ă©tĂ© torturĂ© pendant trois semaines et finalement tuĂ© simplement parce qu’il Ă©tait juif. Puisse sa mĂ©moire ĂŞtre une bĂ©nĂ©diction. »

Le tweet a omis le fait que ses assassins Ă©taient des extrĂ©mistes islamiques, mĂŞme si l’antisĂ©mitisme islamique Ă©tait clairement un facteur important dans le meurtre de Halimi.

De mĂŞme, le Conseil ReprĂ©sentatif des Institutions Juives de France a tweetĂ© , « 17 ans après, on se souvient. EnlevĂ© et torturĂ© pendant plus de trois semaines, Ilan Halimi a Ă©tĂ© retrouvĂ© le 13 fĂ©vrier 2006. Il est dĂ©cĂ©dĂ© alors qu’il Ă©tait hospitalisĂ©. AssassinĂ© parce qu’il Ă©tait juif, Ilan restera Ă  jamais dans les mĂ©moires.

Encore une fois, aucune mention de l’allĂ©geance des tueurs Ă  l’Islam radical.

Les AmĂ©ricains ne valent pas mieux. La description par l’Anti-Defamation League du livre de la mère d’Ilan, Ruth Halimi, ne mentionne pas l’islam radical, pas plus que la lettre du PDG de l’ADL, Jonathan Greenblatt, sur Aish , un site Web Ă©ducatif juif.

Affronter l’antisĂ©mitisme des temps modernes en France, c’est affronter l’idĂ©ologie qui le sous-tend. La France abrite 450 000 Juifs et une communautĂ© croissante de plus de trois millions de musulmans. Simone Rodan Benzaquen, directrice de l’American Jewish Committee en France, a Ă©crit en 2017 que l’antisĂ©mitisme islamique en France est le rĂ©sultat d’une variĂ©tĂ© de facteurs, « y compris la manipulation de la cause palestinienne, l’Ă©chec de l’intĂ©gration dans la sociĂ©tĂ© française, les prĂ©dicateurs radicaux et le financement de des mosquĂ©es et des stations de tĂ©lĂ©vision par satellite diffusant un flux constant de discours antisĂ©mites ».

Malheureusement, Benzaquen a raison, et d’autres organisations doivent se joindre Ă  elle pour faire face Ă  la rĂ©alitĂ© de l’antisĂ©mitisme islamique en France.

Près de 20 ans après l’horrible meurtre d’Ilan Halimi, on ignore quels progrès la France a rĂ©alisĂ©s pour affronter l’antisĂ©mitisme contemporain avec honnĂŞtetĂ© intellectuelle et courage. Mais comme pour tous les problèmes, la solution commence par dire la vĂ©ritĂ©.

Eleanor Krasne est chercheuse invitĂ©e au Forum des femmes indĂ©pendantes. Elle est consultante politique basĂ©e Ă  Paris et dĂ©tient une maĂ®trise en histoire juive de l’UniversitĂ© de Chicago.