Ce sont des jours de flammes vives, de dĂ©clarations dures, brutales et incitatives, de menaces moins implicites et plus explicites. Surveillance, blocus, objections et perturbations. Au centre du feu se trouve la rĂ©forme juridique. DĂ©bats amers sur le mode de nomination des juges qui sont en majoritĂ© laĂŻcs et ashkĂ©nazes, les pouvoirs de la Haute Cour et son statut par rapport Ă la Knesset, et l’incitation…
Mais ce ne sont qu’en apparence le carburant qui entoure l’espace public israĂ©lien. Quelque chose de plus grand, de plus significatif et de beaucoup plus dramatique se passe en IsraĂ«l maintenant. Les corrections que la coalition veut opĂ©rer dans le système judiciaire ne sont que la vague sur le dos de laquelle sont portĂ©es les tensions rĂ©elles, sensibles et explosives, qui dĂ©ferlent dĂ©sormais dans les rues et le flot de lettres et de pĂ©titions.
Qui est le patron dans ce pays ?Â
Le scĂ©nario de la plus grande menace prĂ©dit la situation catastrophique suivante : la Knesset adopte la rĂ©forme de la lĂ©gislation dans une version allĂ©gĂ©e ou plus musclĂ©e, la Haute Cour rejette la lĂ©gislation, et les forces armĂ©es d’IsraĂ«l, avec leurs services de renseignement, doivent faire face Ă un dilemme : qui est la partie autorisĂ©e Ă faire pression ? Le second parti devra « s’aligner. » Si le chef d’Ă©tat-major choisit d’envoyer des troupes Ă la Knesset au nom de la Cour suprĂŞme – les juges gagneront; Si une force de police est envoyĂ©e pour arrĂŞter les juges suprĂŞmes – les lĂ©gislateurs gagneront.
Si vous Ă©coutez les anciens gĂ©nĂ©raux, c’est la mer dans laquelle se jettent tous les ruisseaux : les chars prĂ©vaudront. Il semble que des personnalitĂ©s comme Ehud Barak, Bogi Ya’alon, Dan Halutz, Yuval Diskin et d’autres aspirent presque Ă ce qu’il en soit ainsi. L’ancienne prĂ©sidente de la Cour suprĂŞme, Dorit Beinish, a Ă©galement exprimĂ© des opinions similaires. « La rĂ©forme sera tuĂ©e et non adoptĂ©e », a-t-elle appelĂ© Ă un possible changement dans la composition du comitĂ© de sĂ©lection des juges, et a appelĂ© ses anciens collègues Ă tuer la loi avant mĂŞme qu’elle ne soit nĂ©e.
En pratique, un autre scĂ©nario est beaucoup plus probable. Si la Haute Cour rejette la lĂ©gislation, après que le tribunal a motivĂ© ses propos – la Knesset se conformera, les dĂ©putĂ©s retourneront Ă la planche Ă dessin et relĂ©gifĂ©reront conformĂ©ment Ă la dĂ©cision des juges. Les nĂ©gociations seront menĂ©es de manière indirecte et artificielle, mais pouvant donner lieu Ă un compromis. Dans tous les scĂ©narios, d’une manière ou d’une autre, la rĂ©forme passera aux deuxième et troisième voix.
Les seuils de protestation sont le concept de supĂ©rioritĂ© et l’utilisation de l’avantage social pour la coercition politique. Involontairement, la rĂ©forme a amenĂ© un manque de pluralisme dans les centres de pouvoir et la structure du pouvoir aux portes de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne.
Le dilemme rĂ©el et plus menaçant concerne les sous-produits de la rĂ©forme, qui ont exposĂ© le système plus sensible de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne. Yariv Levin et Simcha Rothman s’attendaient Ă une forte protestation et n’ont pas Ă©tĂ© surpris non plus au vu des tentatives de nuire Ă l’Ă©conomie et Ă la rĂ©putation internationale du pays. Mais ils n’ont pas non plus prĂ©dit quelle boĂ®te de Pandore serait ouverte et quels dĂ©mons en sortiraient.
Et comme on le sait concernant les zones de recrutement des unitĂ©s d’Ă©lite, les chances de ceux qui sont moins susceptibles de se retrouver dans les unitĂ©s d’Ă©lite des activitĂ©s de dĂ©fense sont Ă©galement claires (les ashkĂ©nazes du centre du pays sont plus favorisĂ©s dans ces unitĂ©s que les sĂ©farades de la pĂ©riphĂ©rie). Ces dernières annĂ©es, l’armĂ©e a fait des efforts pour Ă©quilibrer le filtre social. Les fruits de l’effort, s’ils mĂ»rissent, seront visibles mais il faudra attendre longtemps.
Dans une rĂ©cente sĂ©rie menĂ©e par Omri Essenheim Ă propos d’une patrouille d’Ă©tat-major gĂ©nĂ©ral, les commandants de l’unitĂ© ont admis qu’elle Ă©tait devenue le fief des kibboutzim et des moshavim. Et pire, l’unitĂ© aurait dĂ©clarĂ© au sujet de la dĂ©cision de « se dĂ©barrasser » des membres de l’ethnie Mizrahi en son sein.
Beaucoup en IsraĂ«l mais aussi les Ă©lecteurs de la coalition actuelle perdent leur vie dans les unitĂ©s des unitĂ©s combattantes (loin des unites de renseignement dans les bureaux). Ils constituent une grande partie dans le système de rĂ©serve et donnent leur vie, malheureusement Ă des taux Ă©levĂ©s. Mais soudain, il s’avère qu’ils valent moins, et que l’aura donnĂ©e aux pilotes leur donne droit Ă un vote prĂ©fĂ©rentiel, Ă une suprĂ©matie dĂ©mocratique.
Et l’armĂ©e n’est, bien sĂ»r, qu’un tremplin vers la citoyennetĂ©, oĂą il devient clair que mĂŞme dans les centres de pouvoir, vous trouverez des gens qui ont des points de vue similaires, ou du moins c’est ainsi qu’il apparaĂ®t. La porte tournante des unitĂ©s technologiques aux gĂ©ants de la haute technologie est un phĂ©nomène bien connu.
Cette semaine, l’ashkenaze Idan Roll, membre de la Knesset, s’est moquĂ© du sĂ©farade Dodi Amsalem, membre de la Knesset. « Vous ne seriez pas acceptĂ© dans la haute technologie », lui a-t-il criĂ© devant le plĂ©num de la Knesset. L’allusion est claire. Le racisme aussi. Et c’est elle qui explique le sentiment de clientĂ©lisme qui naĂ®t de la pratique de traduire le capital militaire ou Ă©conomique – ou les deux ensemble – en une lutte politique contre les forces qui reprĂ©sentent ceux dont le chemin vers ces cercles est bloquĂ©, ou moins accessible.
La protestation peut se dire qu’elle se bat pour la rĂ©forme, mais en pratique, elle sert Ă perpĂ©tuer l’inĂ©galitĂ©. Edania est la perception de la supĂ©rioritĂ© – et l’utilisation de l’avantage social pour la coercition politique. Involontairement, la rĂ©forme a amenĂ© l’herdisme et le manque de pluralisme dans les centres de pouvoir Ă la porte de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne – et avec eux, la structure du pouvoir de classe a Ă©tĂ© exposĂ©e de plus près.
Netanyahu, sois un chef !
IsraĂ«l fait face Ă une vĂ©ritable rupture au cĹ“ur de ses fondations. C’est le cadre qui menace aujourd’hui la cohĂ©sion et l’avenir du pays. Dans cette rĂ©alitĂ©, le leadership est nĂ©cessaire. Ironiquement, Netanyahu est vu par ses adversaires comme un Ben Gourion, forçant son opinion avec des moyens agressifs contre ses adversaires – et les opprimant. Si nous poursuivons la comparaison, alors Netanyahu doit maintenant ressembler Ă Levi Eshkol, qui a soulevĂ© les ossements de Jabotinsky, ouvert la porte du gouvernement au mouvement Harut et rendu accessibles des zones entières qui avaient Ă©tĂ© fermĂ©es aux personnes de droite pendant de nombreuses annĂ©es.
Mais il faut aussi un leader de l’autre cĂ´tĂ©. Gantz et Lapid semblent incapables de s’Ă©lever Ă la grandeur de l’heure, et de rĂ©agir avec maturitĂ© au moment oĂą les maux de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne Ă©clatent d’un coup et la menacent.
La personne physique pour se mettre Ă la place du leader est Gadi Eisenkot. Ne semble pas menaçant – mais politiquement dĂ©terminĂ©, incarne de larges pans de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne et est connu comme une figure modĂ©rĂ©e et apaisante. Eisenkot a Ă©tĂ© porteur de frustration ces dernières semaines. Il est possible qu’Ă ce moment-lĂ , il ait atteint le trĂ´ne et ouvrira la voie pour tenter de s’unir et ĂŞtre un partenaire pour calmer le tremblement de terre social dans le pays. C’est une pĂ©riode de crise nationale, mais pas une crise constitutionnelle qui nous assaille – mais une crise sociale, de classe entre ashkĂ©naze et sĂ©farade qui est dangereuse.





