Les Palestiniens sont formés dès leur plus jeune âge à croire une chose avant toute autre : Israël est l’ennemi, et tout ce qui détourne de ce postulat relève de l’hérésie. Le mot utilisé pour imposer cette idée est « unité ». C’est ce que dénonce une analyse publiée par le blog Elder of Ziyon, consacrée à l’usage de ce terme dans le contexte palestinien.
Il n’y a rien de mal à l’unité en soi. Mais dans le contexte palestinien, ce mot remplit une fonction précise : il rend intouchable le pire des comportements, qu’il s’agisse du terrorisme contre les Juifs ou du traitement des Gazaouis comme de la chair à canon. Toute critique, quelle qu’elle soit, y est férocement combattue. La moindre fissure dans l’unité est jugée comme une trahison, et la sentence pour trahison est la mort.
Une manifestation de masse est actuellement organisée à Gaza contre le Hamas, depuis l’étranger, par des Palestiniens exilés. La raison en est évidente : s’ils se trouvaient encore à Gaza, ils seraient arrêtés, battus, et peut-être pire encore.
Le principal organisateur du mouvement, un journaliste nommé Abdul Ati, aujourd’hui installé au Caire, avait préparé son slogan avant même que les menaces ne commencent : il appelait à une unité fondée sur la douleur et le destin partagé, présentée comme le plus court chemin vers la protection de chacun. Il en faisait un plaidoyer : pouvoir être en désaccord sans que personne ne soit blessé. Il pensait que l’unité pouvait servir de bouclier.
Les religieux de la Hay’at ‘Ulama’ Filastin, l’Association des oulémas palestiniens, ont émis une fatwa la veille de la manifestation, utilisant le même mot pour tenter de l’écraser. Le mouvement, selon eux, relève de la fitna — la sédition, la déchirure du collectif — et du ifsad fil-ard, la corruption sur terre. Il servirait, selon eux, l’occupation. Y appeler est interdit, y participer est interdit, et rester silencieux sur ceux qui l’organisent est également interdit : le devoir de tout croyant serait de les exposer, de les dénoncer et de les mettre à nu. La manifestation est qualifiée de mouvement criminel trahissant Dieu, son messager et les croyants.
Abdul Ati invoquait l’unité pour protéger le droit de se plaindre ; les hommes détenant l’autorité religieuse invoquaient la même unité pour transformer le fait de se plaindre en crime capital contre la nation. Sa version s’accompagnait d’un slogan. La leur s’accompagne d’un précédent : le printemps dernier, le Hamas a exécuté six Gazaouis ayant participé à des manifestations similaires, en a flagellé d’autres, et a fait disparaître le reste.
C’est la seule forme d’unité qui ait jamais réellement tenu à Gaza, et elle tient parce que l’alternative est la mort. On peut y pleurer ses proches, y mourir de faim, y enterrer ses enfants, y avoir été battu et torturé par le Hamas — mais la seule cible de colère autorisée reste Israël. Abdul Ati a appris cette règle en temps réel : il a annoncé qu’il se retirait de la campagne après que sa famille eut été menacée, avant de revenir sur sa décision quelques heures plus tard. Il ne se trouve pas à Gaza, mais les menaces du Hamas l’ont tout de même atteint. Père de trois jeunes filles, il a dû décider si une manifestation portant sur le pain valait le risque de mettre en danger la vie de ses enfants. C’est à cela que ressemble, de l’intérieur, l’impératif d’unité.
Cet impératif affecte tout ce que l’on peut lire sur les Palestiniens en général et sur Gaza en particulier. Chaque Gazaoui qui s’exprime auprès d’un journaliste étranger parle sous cette même contrainte. Le correspondant local qui rédige l’article vit à Gaza, sa famille y vit également, et il travaille exactement sous la menace à laquelle Abdul Ati a lui-même cédé, connaissant la sanction encourue s’il désigne le mauvais responsable. Le témoignage circule donc dans un seul sens : si une mort peut être imputée à Israël, elle le sera ; si elle ne le peut pas, elle sera autant que possible passée sous silence. La dissidence envers le Hamas, quand elle apparaît dans la couverture occidentale, arrive sans nom et prudemment formulée — un « habitant » qui « préfère rester anonyme » — et ce n’est déjà pas fréquent. Lorsque le média s’appuie sur un correspondant basé à Gaza, cela devient encore plus rare, pour des raisons que tous les maillons de la chaîne comprennent sans jamais les écrire.
Le Hamas, pour sa part, se comporte exactement comme un mouvement qui exécute ses critiques. La faute revient à ceux qui n’en subissent aucune conséquence. Chaque rédacteur en chef publiant un article daté de Gaza sait que celui qui parle n’est pas libre. Ils connaissent la fatwa, ou pourraient la connaître ; ils connaissent les six corps du printemps dernier. Et pourtant, ils publient la citation comme si elle venait de quelqu’un qui aurait pu répondre différemment et aurait choisi de ne pas le faire. La coercition est le crime du Hamas. Transformer ce témoignage sous contrainte en « ce que disent les Gazaouis » est le crime de l’Occident, commis dans des bureaux climatisés par des personnes qui ne seront jamais flagellées pour avoir écrit la mauvaise phrase.
Abdul Ati espérait naïvement que le mot « unité » pourrait le protéger. Mais il n’a jamais été question d’unité. Il s’est toujours agi, pour les dirigeants palestiniens, qu’ils soient du Hamas ou du Fatah, d’imposer leurs vues de la manière la plus brutale possible en prétendant que c’était cela, l’unité. Les ONG occidentales et les médias entretiennent cette mise en scène, parce qu’elle protège leur personnel sous administration palestinienne et parce qu’elle sert leur propre volonté de faire porter à Israël la responsabilité de tout ce que les Palestiniens s’infligent entre eux.
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