« Nous avons un ennemi commun » : des journalistes du Golfe brisent un tabou historique envers Israël

Le rĂ©cent conflit entre IsraĂ«l et l’Iran a poussĂ© les États arabes du Golfe Ă  reconsidĂ©rer des dĂ©cennies de politique Ă  l’Ă©gard de TĂ©hĂ©ran comme de JĂ©rusalem. Certaines voix influentes de la rĂ©gion perçoivent dĂ©sormais IsraĂ«l comme un partenaire stratĂ©gique face Ă  ce qu’elles considèrent comme leur menace sĂ©curitaire principale : l’Iran.

Lors d’une visite en IsraĂ«l, le journaliste saoudien de premier plan Abdulaziz Alkhamis et la journaliste bahreĂŻnie Ahdeya Ahmed Al-Sayed ont confiĂ© Ă  la presse israĂ©lienne que les attaques directes de l’Iran contre les États du Golfe avaient fondamentalement transformĂ© les perceptions rĂ©gionales, ouvrant potentiellement la voie Ă  une normalisation plus large avec IsraĂ«l.

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Les deux journalistes se sont rendus en IsraĂ«l pour assister au MUNI EXPO Ă  Tel-Aviv et ont participĂ© Ă  un panel organisĂ© par le Jerusalem Center for Security and Foreign Affairs, consacrĂ© Ă  l’impact de la guerre iranienne sur les relations entre IsraĂ«l et les États arabes du Golfe.

« Nous devons unir nos efforts », a dĂ©clarĂ© Al-Sayed. « Nous avons un ennemi commun, et cet ennemi n’est plus une thĂ©orie. Ce ne sont plus des supplĂ©tifs. L’Iran a directement attaquĂ© les États du Golfe avec ses missiles balistiques et ses drones, tout comme il a attaquĂ© IsraĂ«l et la Jordanie. »

« Je crois que l’avenir de la rĂ©gion tourne autour de nouvelles alliances et de nouvelles relations », a-t-elle ajoutĂ©. « IsraĂ«l aura un rĂ´le Ă  jouer dans les annĂ©es Ă  venir, notamment avec l’arrivĂ©e d’autres pays dans les Accords d’Abraham. »

Alkhamis a soutenu que, malgrĂ© le discours officiel tenu dans certaines capitales, de nombreux gouvernements arabes ont accueilli en privĂ© avec satisfaction la campagne militaire israĂ©lienne contre l’Iran et ses relais.

« Il existe un double discours », a-t-il affirmĂ©. « Certains pays ont le courage de dire qu’IsraĂ«l a fait du bon travail dans cette guerre et souhaitaient qu’IsraĂ«l continue. D’autres prĂ©tendent qu’IsraĂ«l les a entraĂ®nĂ©s dans le conflit, mais personne n’y croit vraiment. »

InterrogĂ© sur les raisons pour lesquelles des pays comme l’Arabie saoudite n’ont toujours pas normalisĂ© leurs relations avec IsraĂ«l, Alkhamis a rĂ©pondu que la cause palestinienne demeure l’obstacle principal. « Ils utilisent la cause palestinienne comme prĂ©texte », a-t-il dĂ©clarĂ©. Il a toutefois estimĂ© que ce report de la normalisation avait un coĂ»t Ă©conomique : « Si l’Arabie saoudite avait signĂ© un accord avec IsraĂ«l et n’avait pas laissĂ© le 7 octobre et les relais iraniens comme le Hamas dĂ©truire ces relations, des projets majeurs comme NEOM n’auraient pas Ă©tĂ© perturbĂ©s. Les investisseurs auraient eu davantage confiance dans l’Ă©conomie saoudienne. »

Al-Sayed a partagĂ© cette analyse, estimant que si la coopĂ©ration rĂ©gionale devient de plus en plus nĂ©cessaire, toute normalisation durable exigera in fine des avancĂ©es sur le dossier palestinien. « C’est une question qui existe depuis 78 ans », a-t-elle affirmĂ©. « Elle est profondĂ©ment enracinĂ©e dans les pays du Golfe. On ne peut pas simplement l’effacer. Il faut la traiter. » Elle a ajoutĂ© qu’une voie crĂ©dible vers une solution Ă  deux États pourrait aider les gouvernements du Golfe Ă  construire une acceptation publique plus large des liens avec IsraĂ«l. « Si les pays du Golfe parviennent Ă  un accord avec IsraĂ«l sur la solution Ă  deux États, il y aura des pays qui guideront leurs populations Ă  accepter IsraĂ«l comme voisin dans la rĂ©gion », a-t-elle dĂ©clarĂ©.

Les deux journalistes ont Ă©galement rejetĂ© les accusations selon lesquelles IsraĂ«l serait la principale source d’instabilitĂ© au Moyen-Orient, malgrĂ© les rĂ©cents propos en ce sens du Premier ministre qatari Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani. « La principale source d’instabilitĂ© dans la rĂ©gion n’est pas IsraĂ«l », a affirmĂ© Alkhamis. « C’est l’extrĂ©misme, et les pays qui soutiennent les extrĂ©mistes et leurs actes barbares comme le 7 octobre — l’Iran en particulier. »

Les deux intervenants se sont montrĂ©s sceptiques quant aux nĂ©gociations en cours entre les États-Unis et l’Iran visant Ă  formaliser un cessez-le-feu Ă  la suite du rĂ©cent conflit, avertissant qu’un tel accord pourrait renforcer TĂ©hĂ©ran. « Nous savons tous que c’est l’Iran qui nous attaque », a dĂ©clarĂ© Alkhamis. « Si cet accord aboutit, l’Iran reviendra plus fort qu’avant. »

Les deux journalistes ont saluĂ© les Accords d’Abraham, les dĂ©crivant comme la preuve que la coopĂ©ration entre IsraĂ«l et les États arabes profite aux deux parties. « Les Accords d’Abraham envoient un message très fort : la paix est la solution », a affirmĂ© Alkhamis. « Les pays signataires en ont considĂ©rablement bĂ©nĂ©ficiĂ© — en matière de technologie, d’Ă©conomie, de politique et de sĂ©curitĂ©. » Al-Sayed a fait Ă©cho Ă  ce constat : « Je suis très fière des relations qu’IsraĂ«l entretient avec BahreĂŻn et les Émirats arabes unis. J’espère sincèrement que davantage de pays rejoindront les Accords d’Abraham si nous voulons une rĂ©gion plus stable. »

Dan Diker, prĂ©sident du Jerusalem Center for Security and Foreign Affairs, a de son cĂ´tĂ© affirmĂ© que de nombreux gouvernements du monde arabe soutiennent discrètement les efforts d’IsraĂ«l pour affaiblir l’Iran, mĂŞme s’ils ne peuvent l’exprimer publiquement. « IsraĂ«l se tient seul publiquement », a-t-il dĂ©clarĂ©, « mais il a des supporters très discrets, presque gĂŞnĂ©s, Ă  travers tout le monde arabe. » Il a estimĂ© qu’IsraĂ«l dispose dĂ©sormais d’une occasion de bâtir de nouveaux partenariats rĂ©gionaux, tandis que les pays du Golfe rĂ©examinent des dĂ©cennies d’accommodement envers l’Iran. « Alors que les pays arabes du Golfe reviennent sur des dĂ©cennies d’apaisement envers l’Iran et de mise Ă  distance d’IsraĂ«l, il est très possible qu’IsraĂ«l se retrouve Ă  collaborer avec des pays qui, jusqu’Ă  prĂ©sent, Ă©vitaient toute affiliation publique », a-t-il dĂ©clarĂ©. « La balle est dĂ©sormais dans le camp d’IsraĂ«l — saisira-t-il ce moment historique, ou laissera-t-il une fois de plus l’Iran dicter les relations dans un Moyen-Orient en pleine mutation ? »

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