Noam Batan a terminĂ© deuxième de l’Eurovision 2026, derrière la Bulgarie et sa chanson « Bangaranga ». C’est la deuxième annĂ©e consĂ©cutive qu’IsraĂ«l dĂ©croche la deuxième place — après Yuval Raphael en 2025 Ă Bâle. Et comme l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, la presse internationale n’a pas semblĂ© savoir sur quel pied danser face Ă ce rĂ©sultat.
Le New York Times avait lancĂ© les hostilitĂ©s dès lundi, soit cinq jours avant la finale, avec une longue enquĂŞte affirmant qu’IsraĂ«l avait « co-opté » l’Eurovision comme outil de soft power, dĂ©pensĂ© des millions en publicitĂ© en ligne pour inciter les tĂ©lĂ©spectateurs europĂ©ens Ă voter, et exercĂ© des pressions diplomatiques sur des diffuseurs publics pour Ă©viter son exclusion. L’investigation, basĂ©e sur des documents internes de l’UER et des entretiens avec plus de cinquante personnes, a fait grand bruit. Le directeur d’Eurovision, Martin Green, a reconnu que la campagne israĂ©lienne Ă©tait « excessive » — avant d’ajouter immĂ©diatement qu’elle n’avait pas influencĂ© le rĂ©sultat. Le journal lui-mĂŞme a Ă©tĂ© contraint d’Ă©crire noir sur blanc : « Il n’y a aucune preuve qu’IsraĂ«l ait utilisĂ© des bots ou des mĂ©thodes dissimulĂ©es pour manipuler le vote. » Ce qui ne l’a pas empĂŞchĂ© de laisser planer l’insinuation tout au long de l’article.
La BBC et le commentaire de Graham Norton
Du cĂ´tĂ© britannique, c’est le commentateur historique de l’Eurovision sur la BBC, l’Irlandais Graham Norton, qui a fourni le moment emblĂ©matique de la soirĂ©e. Au moment du dĂ©filĂ© des drapeaux, lorsque Noam Batan est apparu sur scène avec le drapeau israĂ©lien, Norton a lancĂ© Ă l’antenne : « Ça me rappelle — il y a des drapeaux manquants dans ce dĂ©filĂ©. » Une allusion explicite aux cinq pays boycotteurs, placĂ©e prĂ©cisĂ©ment au moment de l’apparition du reprĂ©sentant israĂ©lien. La remarque a dĂ©clenchĂ© des rĂ©actions immĂ©diates sur les rĂ©seaux sociaux, des tĂ©lĂ©spectateurs l’accusant d’ »antisĂ©mitisme Ă peine voilé » ou de « commentaire inutile », tandis que d’autres saluaient ce qu’ils jugeaient ĂŞtre une prise de position courageuse.
Batan lui-mĂŞme avait accordĂ© une interview Ă la BBC après la demi-finale, dans laquelle il dĂ©crivait son Ă©tat d’esprit face aux sifflets du public : « J’ai entendu les huĂ©es, et il y a eu un moment de choc, comme un effet wow, vous savez. Mais j’ai cherchĂ© les drapeaux des gens qui m’aiment et qui veulent que je donne le meilleur de moi-mĂŞme, et ça m’a vraiment portĂ©. » Il avait reconnu s’ĂŞtre prĂ©parĂ© aux huĂ©es avec son Ă©quipe avant la compĂ©tition, en rĂ©pĂ©tant sur fond d’enregistrements de sifflets — mais admis que rien ne pouvait vraiment simuler l’atmosphère d’une salle de 13 000 personnes.
Pendant la finale : ni sifflets ni chants
Si la demi-finale avait Ă©tĂ© marquĂ©e par des cris de « stop the genocide » audibles sur le direct et l’expulsion de plusieurs spectateurs perturbateurs, la grande finale du samedi soir s’est dĂ©roulĂ©e dans un climat diffĂ©rent. Aucun sifflet audible sur la diffusion. Lors des premières mesures de « Michelle », des voix dans le public ont scandĂ© « Noam, Noam ». Ă€ la fin de sa performance, Batan a lancĂ© en direction du public : « Merci l’Europe, toda raba, je vous aime tous — Am Yisrael HaĂŻ. » Puis est venu le rĂ©sultat : 343 points, deuxième place, derrière une Bulgarie qui en a totalisĂ© 516.

L’enquĂŞte du NYT : ce qu’elle dit, ce qu’elle oublie
L’investigation du New York Times mĂ©rite d’ĂŞtre lue avec le filtre de ce qu’elle ne dit pas. Elle documente avec minutie les campagnes publicitaires israĂ©liennes — plus d’un million de dollars dĂ©pensĂ©s sur plusieurs annĂ©es, dont une partie provenant directement du bureau de « hasbara » de Netanyahu — et les pressions diplomatiques exercĂ©es sur des diffuseurs europĂ©ens. Mais elle s’appuie principalement sur le fait qu’IsraĂ«l a obtenu de bons scores dans des pays oĂą l’opinion publique lui est a priori dĂ©favorable, pour en dĂ©duire une anomalie statistique difficile Ă expliquer.
Ce que l’enquĂŞte ne dĂ©veloppe guère : pendant des annĂ©es, plusieurs pays ont explicitement violĂ© les règles du concours en affichant des messages politiques pro-palestiniens sur leurs Ă©crans de diffusion nationaux — une pratique sanctionnĂ©e dans les textes, très peu dans les faits. Cinq diffuseurs ont ouvertement boycottĂ© le concours pour des raisons politiques. Plus de mille artistes ont signĂ© des pĂ©titions exigeant l’exclusion d’IsraĂ«l. Toutes ces formes de pression coordonnĂ©e ont reçu, selon plusieurs observateurs, une fraction de l’attention que le journal new-yorkais consacre Ă des publicitĂ©s Google lĂ©gales.
Pour IsraĂ«l, la logique de la campagne publicitaire s’explique d’ailleurs simplement : face Ă une offensive organisĂ©e pour l’exclure, le pays a cherchĂ© Ă mobiliser ses sympathisants Ă travers l’Europe — notamment les diasporas juives et les communautĂ©s francophones et russophones. La France, rappelons-le, a accordĂ© les douze points du public Ă Batan. C’est un choix de tĂ©lĂ©spectateurs, pas d’un algorithme.
Pour aller plus loin sur la participation israĂ©lienne Ă l’Eurovision 2026 :
- La carte des votes qui a hissĂ© IsraĂ«l Ă la deuxième place de l’Eurovision 2026
- Eurovision : L’Islande veut bannir IsraĂ«l ou l’imposer sous un drapeau « neutre »





