Le PDG de la compagnie d’Ă©lectricitĂ© dans un avertissement sans prĂ©cĂ©dent : « Le scĂ©nario du chaos s’applique Ă  tous. S’il y a une infinitĂ© de missiles »

Dans un contexte sĂ©curitaire tendu, oĂą un retour Ă  l’embrasement rĂ©gional reste une hypothèse que personne n’exclut, le scĂ©nario de la grande panne — celui d’un black-out total du rĂ©seau Ă©lectrique israĂ©lien suite Ă  une salve massive de missiles — refait surface avec une acuitĂ© nouvelle. C’est le PDG de la Compagnie nationale d’Ă©lectricitĂ© (Hevrat Hashmal), Meir Spiegler, qui l’a remis au premier plan dans des dĂ©clarations qui tranchent par leur franchise inhabituelle.

« Le scĂ©nario du chaos s’applique Ă  tout le monde. Si des missiles tombent Ă  l’infini, nous aussi nous atteignons nos limites », a dĂ©clarĂ© Spiegler. Une formulation sobre, mais dont le poids est considĂ©rable dans la bouche du dirigeant de l’entreprise chargĂ©e d’alimenter en Ă©lectricitĂ© l’ensemble du pays. Il a tenu Ă  rappeler que les alertes ont Ă©tĂ© transmises aux dĂ©cideurs depuis longtemps : « Nous avons averti tout le monde. Tout le monde sait. » Il a Ă©galement soulignĂ© la situation difficile dans laquelle opèrent les Ă©quipes sur le terrain, en particulier dans le sud du pays : « Les employĂ©s sont aussi touchĂ©s physiquement sur le terrain, y compris par des tirs. Il y a un vrai far west dans le sud. » La compagnie d’Ă©lectricitĂ©, a-t-il indiquĂ©, « se bat presque seule pour prendre soin du rĂ©seau », et a rĂ©ussi jusqu’ici, malgrĂ© les dommages subis, Ă  maintenir le pays alimentĂ© sans plonger dans le noir.

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Un chercheur dont les travaux ont Ă©tĂ© publiĂ©s dans la revue scientifique Energy Sources, Part B: Economics, Planning, and Policy a identifiĂ© quatre vulnĂ©rabilitĂ©s structurelles majeures du système Ă©nergĂ©tique israĂ©lien. La première, et sans doute la plus prĂ©occupante, est la dĂ©pendance quasi exclusive au gaz naturel : environ 70 % de la production Ă©lectrique d’IsraĂ«l repose sur ce combustible extrait des gisements offshore de Tamar et LĂ©viathan, sans rĂ©serve stratĂ©gique ni système de secours. Cette concentration rend le secteur particulièrement exposĂ© aux frappes de missiles, aux actes terroristes ou aux cyberattaques. La deuxième vulnĂ©rabilitĂ© est le dĂ©sĂ©quilibre entre l’offre et la demande, aggravĂ© par un rapport du ContrĂ´leur de l’État de 2024 qui avertissait que dès 2026, une pĂ©nurie de gaz naturel pour le secteur Ă©lectrique pourrait survenir, entraĂ®nant des dommages Ă©conomiques de plusieurs centaines de millions de shekels. Les deux autres failles identifiĂ©es concernent la concentration excessive de la production — dix centrales Ă©lectriques assurant Ă  elles seules plus de 50 % de la fourniture nationale — et l’absence d’infrastructure de commandement et de contrĂ´le autonome capable de fonctionner indĂ©pendamment en situation de crise.

Un autre expert, Yaetz, a livrĂ© lors du congrès de l’Ă©nergie durable Eilat-Eilot 2026 un diagnostic d’une franchise rare : « Nous vivons dans une illusion. Une seule vague d’attaques suffit Ă  paralyser une grande partie du rĂ©seau Ă©lectrique israĂ©lien. Dans une situation oĂą dix centrales fournissent plus de 50 % de l’Ă©lectricitĂ©, il n’y a pas de rĂ©silience — il y a de la vulnĂ©rabilitĂ©. On ne peut pas construire un État sur le pari qu’ils ne nous cibleront pas. Dans la prochaine guerre, ce n’est plus un risque que nous pouvons nous permettre de prendre. »

Ce n’est pas la première fois que le spectre du black-out est Ă©voquĂ© en IsraĂ«l. Depuis le dĂ©clenchement du conflit avec l’Iran et le Hezbollah, la question des infrastructures critiques — eau, Ă©lectricitĂ©, tĂ©lĂ©communications — est revenue en force dans les dĂ©bats stratĂ©giques. Mais les dĂ©clarations de Spiegler marquent une Ă©tape supplĂ©mentaire : ce n’est plus un chercheur ou un ancien gĂ©nĂ©ral qui tire la sonnette d’alarme, c’est le directeur gĂ©nĂ©ral en exercice de la compagnie elle-mĂŞme, qui admet publiquement les limites de sa capacitĂ© de rĂ©sistance face Ă  un scĂ©nario de saturation. L’enjeu dĂ©passe largement la technique Ă©lectrique — c’est la capacitĂ© de l’ensemble de la sociĂ©tĂ© civile Ă  fonctionner en temps de guerre qui est en jeu.

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