Trump a laissĂ© l’Europe sans missiles — et l’Allemagne est en Ă©tat d’alerte

Tomahawk Land Attack Missile (TLAM) ( Cruise Missile) flying through the air. A conventionally armed Land Attack Missile with a range in excess of 1000NM. Turbojet powered it is submarine launched from torpedo tubes and has an autonomous terrain following guidance system and flies a preplanned missile track.

Il y a une image qui rĂ©sume Ă  elle seule le vertige stratĂ©gique dans lequel se trouve l’Europe en ce printemps 2026 : celle du chancelier allemand Friedrich Merz, photographiĂ© Ă  la confĂ©rence de sĂ©curitĂ© de Munich, dans un pays qui vient d’apprendre que les missiles que Washington lui avait promis ne viendront pas. Donald Trump a annulĂ© la livraison des missiles de croisière Tomahawk Ă  l’Allemagne, enterrant un projet initiĂ© sous l’administration Biden et qui devait constituer le cĹ“ur du dispositif de dissuasion conventionnelle de l’OTAN face Ă  la Russie. Ă€ Berlin, on tente de trouver des alternatives. Ă€ Bruxelles, on comprend que la dĂ©pendance Ă  Washington est devenue un risque stratĂ©gique en soi.

Le projet annulĂ© n’Ă©tait pas anodin. En juillet 2024, l’Allemagne avait officiellement autorisĂ© Washington Ă  dĂ©ployer sur son sol un groupement interarmes multidomaine basĂ© Ă  Wiesbaden, dotĂ© de capacitĂ©s de frappe Ă  longue portĂ©e : missiles de croisière sol-sol Tomahawk d’une portĂ©e d’environ 1 600 kilomètres, missiles SM-6 et armes hypersoniques de type Dark Eagle. Ces systèmes avaient une ambition prĂ©cise : permettre Ă  l’OTAN de menacer des infrastructures stratĂ©giques russes — bases aĂ©riennes, usines de drones, ports, silos — sans recourir immĂ©diatement Ă  l’arme nuclĂ©aire. Un Ă©chelon de dissuasion conventionnel robuste, capable de rĂ©pondre aux Iskander russes dĂ©ployĂ©s Ă  Kaliningrad. L’ancien ministre allemand de la DĂ©fense Boris Pistorius avait alors dĂ©clarĂ© que ce dĂ©ploiement « comblerait une grave lacune en matière de dĂ©fense du territoire des alliĂ©s de l’OTAN. » Cette lacune vient de se rouvrir.

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L’annulation ne s’est pas produite dans le vide. Elle s’inscrit dans une sĂ©quence de tensions croissantes entre Berlin et Washington. Le gouvernement amĂ©ricain avait Ă©galement annoncĂ© dans les semaines prĂ©cĂ©dentes le retrait de 5 000 soldats d’Allemagne, officiellement pour « ajuster le dispositif militaire en Europe. » Certains observateurs font le lien avec les frictions entre Merz et Trump sur la conduite de la guerre contre l’Iran, dans laquelle l’administration amĂ©ricaine reproche Ă  ses alliĂ©s europĂ©ens un soutien jugĂ© insuffisant. Le Pentagone n’a fourni aucune explication officielle sur l’annulation des missiles. Plusieurs sources amĂ©ricaines citĂ©es par le Financial Times et d’autres mĂ©dias l’ont confirmĂ©e, et le ministère de la DĂ©fense allemand n’a pas Ă©tĂ© en mesure de prĂ©ciser si un contrat avait jamais Ă©tĂ© signĂ©.

Face Ă  ce vide, Berlin cherche des solutions de rechange. Selon le Telegraph, l’Allemagne Ă©tudie une coopĂ©ration technologique renforcĂ©e avec l’Ukraine pour dĂ©velopper des drones kamikazes Ă  longue portĂ©e, tirant parti de l’expertise ukrainienne accumulĂ©e depuis des annĂ©es de guerre. En parallèle, les travaux sur le projet europĂ©en de missiles communs sont accĂ©lĂ©rĂ©s — un programme baptisĂ© Deep Precision Strike, dĂ©veloppĂ© conjointement avec le Royaume-Uni, qui vise un missile dĂ©passant 2 000 kilomètres de portĂ©e, dont l’entrĂ©e en service est officiellement prĂ©vue pour les annĂ©es 2030. Utile Ă  terme. Très insuffisant pour combler le vide immĂ©diat.

La toile de fond est sombre. L’arsenal de missiles conventionnels Ă  longue portĂ©e dont dispose l’Europe reste squelettique comparĂ© aux capacitĂ©s russes. Moscou a procĂ©dĂ© cette semaine Ă  un essai rĂ©ussi du missile balistique intercontinental RS-28 Sarmat, surnommĂ© « Satan 2 » dans les nomenclatures occidentales. Ce tir n’est pas qu’une dĂ©monstration technique : c’est un message, adressĂ© Ă  un moment prĂ©cis oĂą les alliĂ©s europĂ©ens de l’OTAN se retrouvent en train de rĂ©aliser que le parapluie amĂ©ricain comporte dĂ©sormais des trous. La concomitance n’a pas Ă©chappĂ© aux analystes de sĂ©curitĂ©.

Ce qui se joue derrière cet Ă©pisode dĂ©passe la question des missiles Tomahawk. C’est la remise en cause d’une architecture de sĂ©curitĂ© bâtie sur une prĂ©misse fondamentale : que les États-Unis resteraient, quelles que soient les circonstances, le garant ultime de la sĂ©curitĂ© europĂ©enne. Cette prĂ©misse avait rĂ©sistĂ© Ă  tous les discours trumpiens du premier mandat. Elle commence Ă  se fissurer dans la pratique au cours du second. Comme le note l’article de Maariv, la dĂ©pendance Ă  Washington est devenue un risque stratĂ©gique que l’OTAN ne peut plus ignorer — et les analystes europĂ©ens savent dĂ©sormais que mĂŞme après Trump, le mouvement isolationniste qu’il incarne continuera de peser sur la politique Ă©trangère amĂ©ricaine.

Pour IsraĂ«l, spectateur attentif des rapports de force en Occident, la recomposition qui s’opère n’est pas sans consĂ©quences. Une Europe forcĂ©e de se rĂ©armer Ă  marche forcĂ©e, une OTAN qui doit s’interroger sur ses chaĂ®nes de commandement et ses capacitĂ©s autonomes, une Russie qui observe et chronomĂ©tre : le paysage gĂ©opolitique dans lequel s’inscrivent les crises du Moyen-Orient est en train de changer de nature. L’onde de choc d’une dĂ©cision prise Ă  Washington sur les missiles Tomahawk se rĂ©percute bien au-delĂ  de Wiesbaden.

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