Le secrétaire général du Hezbollah à Beyrouth : « Vous avez commis une erreur, toutes les lignes rouges ont été franchies »

La signature de l’accord-cadre entre Israël et le Liban, intervenue vendredi, a déclenché une réaction immédiate et violente du Hezbollah. Le lendemain matin, Naïm Qassem, secrétaire général de l’organisation terroriste, a publié une déclaration écrite en cinq points dans laquelle il s’en prend frontalement au gouvernement libanais, qualifie l’accord de nul et non avenu, et exige son remplacement par le mémorandum d’accord conclu entre l’Iran et les États-Unis.

La déclaration est publiée alors que le président américain Donald Trump devrait s’entretenir prochainement avec le président libanais Joseph Aoun au sujet du texte signé la veille à Washington.

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Un réquisitoire en cinq actes

Qassem ouvre sa déclaration par une attaque sur la crédibilité du gouvernement libanais. Il rappelle que l’armistice qui avait provisoirement stoppé les hostilités au Liban était initialement lié aux négociations entre l’Iran et les États-Unis menées au Pakistan — et non à des tractations directes avec Israël. En refusant d’entériner cette formule, le gouvernement libanais a selon lui précipité ce qu’il nomme « le crime du mercredi noir », une opération israélienne au cours de laquelle des centaines de personnes ont été tuées ou blessées dans une centaine de frappes aériennes à travers le pays, y compris à Beyrouth.

Son deuxième point est tout aussi direct : le Hezbollah avait prévenu que toute négociation directe avec Israël constituait des concessions gratuites. Ces réunions, écrit-il, ont imposé une capitulation totale face aux exigences israélo-américaines, en violation de la Constitution libanaise et des lois qui considèrent Israël comme un ennemi.

Le troisième volet de la déclaration cible l’absence de rapport de force. En se détournant de la Résistance, accuse Qassem, le gouvernement s’est retrouvé sans aucune carte à jouer dans la négociation, et a de surcroît légitimé la qualification du Hezbollah comme hors-la-loi en plein conflit.

Les « zones pilotes » : la ligne rouge

Le quatrième point concerne ce que Qassem appelle l’erreur la plus grave : l’accord prévoit le déploiement de l’armée libanaise dans deux « zones pilotes », avec une vérification israélienne des progrès accomplis avant tout passage à une zone suivante. Selon lui, Israël suit chaque étape du déploiement de l’armée libanaise, surveille le désarmement et fixe le tempo via un comité trilatéral. La période des zones pilotes pourrait durer des mois. Pire encore — et c’est la formulation qui frappe : si les conditions ne sont pas remplies, Israël reste sur place. Le Hezbollah voit dans ce mécanisme une légitimation durable de l’occupation, susceptible à terme de déboucher sur une annexion des territoires concernés.

La conclusion de la déclaration est sans appel : l’accord est qualifié d’humiliant et de honteux, représentant selon Qassem un abandon de souveraineté. Il le déclare caduc et réclame la mise en œuvre du mémorandum d’entente irano-américain, dont le premier article prévoyait l’arrêt de la guerre au Liban — article qu’Israël avait selon lui refusé de respecter, obligeant l’Iran à bloquer l’accord et à maintenir la fermeture du détroit d’Ormuz jusqu’à ce que les États-Unis contraignent Israël au cessez-le-feu.

Qassem conclut en s’adressant directement au gouvernement libanais : « Revenez sur vos erreurs qui détruisent le Liban. Nous sommes prêts à coopérer ensemble pour la souveraineté du Liban, la libération de sa terre, l’expulsion de l’occupant israélien, le retour des prisonniers, des déplacés, la reconstruction et l’élaboration d’une stratégie de sécurité nationale. »

Cette déclaration intervient dans une période de pression maximale sur le Hezbollah, déjà très affaibli militairement après des mois de guerre avec Israël. L’organisation, qui n’a plus l’ascendant qu’elle détenait par le passé sur la scène politique libanaise, tente de reprendre la main par la rhétorique et la contestation frontale d’un accord qu’elle n’a pas eu son mot à dire pour rédiger.

Pour approfondir : Hezbollah, l’ombre d’une guerre civile : l’avertissement voilé de Naïm Qassem

Sur les liens entre le conflit au Liban et la confrontation irano-américaine : Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien accuse : l’OTAN a participé aux frappes israéliennes et américaines contre l’Iran

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