Le Yémen sonne l’alarme : les Houthis veulent entrer en guerre pour masquer leur désastre intérieur

Le gouvernement pro-saoudien du Yémen tire la sonnette d’alarme avec une analyse qui mérite d’être entendue dans toutes les capitales concernées par le conflit régional actuel : les Houthis cherchent à s’engouffrer dans la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis, non pas par conviction stratégique ou idéologique, mais pour détourner l’attention de leur propre désastre intérieur. C’est le ministre de l’Information du gouvernement légitime yéménite, Muammar al-Iryani, qui a formulé cette accusation ce mercredi avec une clarté que les diplomates n’ont pas toujours le courage d’employer.

Selon al-Iryani, les menaces d’intervention de la milice houthie dans le conflit actuel constituent avant tout une manœuvre de diversion face à l’accumulation de pressions internes. Le tableau qu’il dresse de la situation dans les zones sous contrôle houthi est sombre : salaires du secteur public gelés depuis des mois, conditions de vie catastrophiques, infrastructures en décrépitude, et colère populaire montante dans une population épuisée par des années de guerre civile sans fin. La milice, explique le ministre, a pris l’habitude d’exporter ses crises vers l’extérieur et de créer des conflits artificiels pour masquer ses incapacités de gouvernance. Ce schéma, déjà observé à plusieurs reprises depuis le coup d’État houthi, se reproduirait aujourd’hui à une échelle régionale potentiellement explosive.

Al-Iryani a rappelé que depuis la prise de pouvoir de la milice, les Houthis ont systématiquement ouvert des fronts de guerre sous l’étendard du projet iranien — contre l’Arabie Saoudite, contre les navires en mer Rouge, contre Israël avec des drones et des missiles —, transformant le Yémen en terrain d’affrontements par procuration au service de la stratégie régionale de Téhéran. « Cette milice qui a échoué à gérer les territoires sous son contrôle cherche une fois de plus à entraîner le Yémen dans les flammes de la guerre régionale », a-t-il dénoncé. Pour Sanaa comme pour les capitales du Golfe, l’enjeu est désormais d’empêcher que la crise irano-israélo-américaine n’offre aux Houthis le prétexte d’une nouvelle escalade — au détriment de civils yéménites qui n’ont pas choisi cette guerre et en paient le prix depuis des années.

Cette lecture yéménite du comportement houthi apporte une dimension souvent négligée dans les analyses occidentales du conflit régional. On parle des Houthis comme d’un bras armé de l’Iran, ce qu’ils sont indéniablement. Mais la dynamique interne qui les pousse à s’engager dans des conflits extérieurs est aussi une question de survie politique domestique. Un régime incapable de nourrir sa population, de payer ses fonctionnaires et d’offrir des perspectives à sa jeunesse a besoin d’un ennemi extérieur permanent pour justifier ses échecs et mobiliser son soutien. La guerre contre Israël — même menée depuis des milliers de kilomètres avec des drones et des missiles balistiques — remplit cette fonction idéologique et politique. Elle permet aux dirigeants houthis de se présenter comme les champions de la résistance islamique plutôt que comme les gestionnaires incompétents d’un territoire en faillite.

Ce que le ministre yéménite al-Iryani demande implicitement à la communauté internationale, c’est de ne pas laisser la crise irano-israélienne offrir aux Houthis une couverture pour une nouvelle offensive régionale. Si les Houthis entrent pleinement dans la guerre aux côtés de l’Iran et du Hezbollah, c’est toute la stabilité fragile du Yémen et de la péninsule arabique qui risque d’être remise en jeu — avec des conséquences humanitaires qui s’ajouteraient à un bilan déjà catastrophique estimé à des centaines de milliers de morts depuis 2015.

Source : Israel Hayom


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