Les forteresses souterraines de l’Iran : comment les « villes de missiles » défient les bombes américaines et israéliennes

À 500 mètres sous les montagnes du centre de l’Iran, là où la roche de granit absorbe les ondes de choc comme une éponge cosmique, se trouve l’une des installations militaires les plus redoutables et les moins accessibles au monde : la base de missiles « Yazd ». Pendant que les frappes américano-israéliennes transforment la surface de l’Iran, ces forteresses souterraines posent un défi d’une nature radicalement différente — non pas tactique, mais géologique. Et la géologie, elle, existe depuis 300 millions d’années.


Une ville cachée sous une montagne

La base de Yazd n’est pas un bunker ordinaire. C’est une installation complexe creusée dans le granit le plus dur de la planète — un matériau capable de résister à des pressions bien supérieures à tout matériau de construction conventionnel. Cette barrière naturelle constitue le plus grand défi même pour la bombe américaine la plus puissante conçue pour la pénétration de bunkers, la GBU-57, dite « Massive Ordnance Penetrator ».

À l’intérieur de ce réseau souterrain, un système ferroviaire automatisé circule dans des tunnels reliant des zones d’assemblage, d’immenses entrepôts et des sorties camouflées loin des yeux du renseignement. Dans ces galeries, des lanceurs mobiles montés sur camions se déplacent rapidement, sortent pour tirer et regagnent l’abri de portes blindées en quelques secondes seulement.

Yazd n’est qu’une installation parmi un vaste réseau de ce que les Iraniens appellent des « villes de missiles » — construites méthodiquement pendant des décennies, conçues dès le départ pour survivre à une guerre prolongée.


Frappé six fois, toujours opérationnel

La résilience de ces installations face aux frappes des six dernières semaines est documentée et préoccupante. L’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) rapporte que la base de Yazd à elle seule a été frappée au moins six fois depuis le début du conflit. Et pourtant, une documentation datée du 28 mars montrait des tirs de missiles depuis ce même site — preuve que l’infrastructure souterraine reste opérationnelle malgré les bombardements répétés.

Ce paradoxe illustre la limite fondamentale de la stratégie aérienne face à des cibles géologiquement protégées : on peut détruire les entrées, on peut endommager les sorties, mais on ne peut pas facilement atteindre ce qui se trouve 500 mètres sous la roche de granit.


Ce qu’il reste à l’Iran : un bilan d’étape

Malgré l’intensité des opérations, le bilan capacitaire iranien reste significatif selon les estimations disponibles. L’Iran conserverait encore environ 50% de ses lanceurs de missiles — certains peut-être bloqués sous des décombres résultant de frappes sur les entrées de tunnels, mais non détruits. En matière de drones, les estimations créditent Téhéran d’environ 50% de son stock initial, représentant potentiellement des milliers d’appareils. Peu coûteux à produire mais très onéreux à intercepter, ils constituent une arme asymétrique redoutable. Les missiles de défense côtière menaçant la circulation dans le détroit d’Ormuz sont décrits comme largement intacts.

Le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a indiqué que le nombre de tirs iraniens avait chuté de 90% depuis le début de la guerre. Les experts tempèrent cependant cette lecture : il ne s’agit pas nécessairement d’une incapacité — mais d’une infrastructure conçue pour préserver ses ressources et durer dans le temps.

Capture 13


La géologie comme arme défensive

Le principal obstacle à la destruction de ces installations n’est pas seulement leur profondeur, mais leur conception architecturale. Les tunnels sont divisés en segments avec des portes résistant aux explosions qui empêchent les dommages en chaîne. Si une entrée est détruite, d’autres subsistent — certaines étant de leurres, d’autres dissimulées dans la topographie naturelle.

L’analyste Shanka Pereira, cité par le Daily Mail, résume la problématique avec une formule lapidaire : « La montagne ne se soucie pas du nombre de sorties aériennes effectuées au-dessus d’elle. La géologie est la défense, et elle existe depuis 300 millions d’années. » Les experts en génie minier complètent cette analyse en précisant que la roche granitique absorbe et disperse l’énergie des explosions, ce qui impose des frappes répétées et extrêmement précises au même point exact pour espérer une pénétration significative.


Une forteresse qui devient une prison

Il y a cependant un revers à cette protection géologique extraordinaire. Ces installations souterraines, aussi bien protégées soient-elles, ne peuvent pas exporter leur puissance indéfiniment. Chaque missile tiré depuis un lanceur mobile qui sort d’un tunnel expose brièvement l’entrée — et avec elle, une fenêtre d’opportunité pour les forces de la coalition. Les systèmes de renseignement, de surveillance et de reconnaissance de l’armée américaine sont conçus précisément pour identifier et exploiter ces fenêtres.

De plus, les installations souterraines dépendent d’approvisionnements extérieurs — carburant, composants, systèmes de guidage, personnels — qui transitent par des voies terrestres et aériennes potentiellement vulnérables. La stratégie de dégradation économique et logistique en cours en Iran vise précisément à tarir ces flux avant que la question de la pénétration des bunkers ne se pose.

La forteresse qui protège peut aussi enfermer. Et un régime qui se replie progressivement sous terre, coupé de ses approvisionnements et de ses leviers économiques, livre une bataille dont l’issue dépasse la géologie.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés

Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News

📢Voir nos formats & tarifs publicitaires📢

 

S1871ab49133f4530a788d53fb2392d37b