La formule est lapidaire, presque provocatrice dans sa brutalité. Un haut responsable militaire israélien, cité par le journaliste de défense Avi Ashkenazi dans Maariv, a déclaré sans détour : « Au Liban, la situation est telle que la guerre se poursuivra encore un moment — et nous devrons combattre au Liban au moins jusqu’après le Jour de l’Indépendance. » Le Jour de l’Indépendance israélien tombe en mai. L’Iran, visiblement, a d’autres projets pour cette date.
Cette déclaration tranche avec les espoirs de ceux qui anticipaient une conclusion rapide du conflit. Elle dessine une réalité militaire de long terme sur le front nord, dans un contexte où le chef d’état-major Eyal Zamir vient de confirmer le renforcement du commandement Nord et l’élargissement prévu des opérations militaires.
Trump tient les rênes : c’est lui qui décide
La première donnée posée par l’article est d’une clarté politique absolue : la décision de poursuivre ou d’arrêter la guerre ne repose pas entre les mains de l’état-major israélien, ni même du gouvernement Netanyahu. Elle est entre les mains d’un seul homme — Donald Trump. C’est lui qui fixe les ultimatums, c’est lui qui les prolonge ou les active, c’est lui qui autorise ou refuse les frappes sur telle ou telle catégorie de cibles iraniennes. Israël combat, mais c’est Washington qui tient le chronomètre.
Cette dépendance n’est pas nouvelle dans l’histoire des guerres israéliennes — mais elle est rarement affirmée avec cette clarté par des sources militaires. La dire ouvertement, c’est reconnaître que même une armée aussi autonome que Tsahal opère dans un cadre de contraintes américaines qui définissent les limites du possible.
Une semaine particulièrement intense en perspective
Un second responsable militaire, cité séparément, a indiqué que la semaine à venir devrait être particulièrement intense. Tsahal a l’intention d’intensifier son activité dans le sud du Liban, mais aussi dans des zones bien plus larges du pays — y compris Beyrouth et la plaine de la Bekaa. Cette extension géographique annoncée marque une escalade significative dans la portée des opérations israéliennes au Liban, qui ne se limiteraient plus à la zone frontalière du sud.
Le commandement Nord est en cours de renforcement avec des forces supplémentaires. Lors d’une réunion d’approbation des plans au sein du commandement Nord, le chef d’état-major Zamir a déclaré : « Nous nous préparons à la poursuite des opérations et nous renforçons le commandement Nord avec des forces supplémentaires afin d’élargir l’action militaire et de l’approfondir. » Une source militaire a confirmé qu’il disait « ce qui est juste sur le plan professionnel ».
Le désarmement du Hezbollah : objectif lointain, pas immédiat
Sur la question sensible du désarmement du Hezbollah — qui avait fait l’objet d’une friction publique entre l’armée et le ministre de la Défense Katz — la source militaire apporte une clarification nuancée. Désarmer le Hezbollah n’est pas un objectif immédiat du commandement Nord dans la campagne actuelle. Mais la démilitarisation au sud du Litani demeure un objectif à long terme, qui peut être atteint selon l’officier par une combinaison de force militaire, de démarches politiques et d’autres mesures.
Le chef d’état-major a indiqué qu’il soutenait le contenu de ce qu’avait dit l’officier lors du briefing de la veille. Cette cohérence entre le sommet de la hiérarchie militaire et ses officiers opérationnels sur cette question envoie un message clair : l’armée parle d’une seule voix sur la définition des objectifs de la campagne nord, même si cette voix entre parfois en friction avec le discours politique.
L’opération Maglan à Kfar Shuba : le contexte rappelé
L’article rappelle également le contexte de la tragédie de l’unité Maglan, dont le soldat Guy Luder a perdu la vie cette nuit dans un tir fratricide. La force de Maglan opérait sous le commandement de la brigade de montagne dans le secteur du Mont Dov, dans le cadre d’une mission d’arrestation de Sami Saab, présenté par Tsahal comme un activiste du Hezbollah responsable du lien entre son village — majoritairement sunnite — et l’organisation. Saab était considéré comme un fugitif de haut rang dont la capture pour interrogatoire par l’unité 504 en Israël représentait un besoin opérationnel urgent.
La signification profonde : une guerre installée dans la durée
Ce qui ressort de cet article, au-delà des annonces tactiques, c’est une vision stratégique assumée de la durée. Les militaires israéliens ne parlent plus de semaines — ils parlent de mois. Le Jour de l’Indépendance en mai comme horizon minimum pour le Liban. Une semaine particulièrement intense à venir. Des renforts au commandement Nord. Une extension des opérations à Beyrouth et dans la Bekaa.
Pour la société israélienne qui vit depuis des semaines entre les sirènes et les abris, cette perspective n’est pas facile à absorber. Les barbecues du Jour de l’Indépendance — symbole festif par excellence dans la culture israelienne — resteront dans les garages. L’Iran et le Hezbollah ont d’autres projets pour ce jour-là. Et Tsahal s’y prépare.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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