Les Frères musulmans ont changé de méthode — et l’Allemagne se met en alerte

Khder a mis en garde contre le fait que le danger de cette méthode réside dans l’utilisation des règles mêmes du jeu démocratique pour faire avancer des objectifs qui contredisent les valeurs de la démocratie. Selon lui : « De notre point de vue de sociaux-démocrates, cette méthode est particulièrement pernicieuse, car elle exploite les libertés de notre société ouverte et l’État de droit pour abolir, à long terme, ces libertés elles-mêmes. Les militants du mouvement se présentent comme des partenaires modérés, ouverts au dialogue avec la politique, les Églises et la société civile, mais ils dissimulent le plus souvent leur véritable objectif : instaurer un ordre social qui contredit directement notre loi fondamentale, l’égalité entre hommes et femmes et les droits des minorités. »

Selon lui, le dernier rapport de l’Office fédéral de protection de la Constitution en Allemagne a alerté sur cette double stratégie. Khder a expliqué que le mouvement ne cherche pas à ébranler l’ordre démocratique par la violence, mais par une infiltration progressive des institutions sociales, civiles et politiques, d’une manière susceptible de lui permettre ensuite d’acquérir une légitimité publique, voire de bénéficier de financements publics pour un programme idéologique.

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Khder a souligné que la position du parti social-démocrate sur cette question est claire : « Nous défendons une société ouverte et diverse, et nous ne laisserons aucune organisation extrémiste exploiter la démocratie pour porter atteinte à la démocratie elle-même ou semer la division au sein de la société allemande. »

Des centres islamiques et des associations caritatives sous surveillance

L’un des principaux foyers d’inquiétude en Allemagne concerne l’activité de centres islamiques et d’organisations caritatives. Selon Khder, il s’agit de l’un des outils d’influence les plus importants du mouvement dans le pays. Il a précisé que la « Communauté musulmane allemande » (DMG), autrefois appelée « Communauté islamique en Allemagne », est considérée comme l’un des organismes les plus en vue identifiés à l’idéologie des Frères musulmans dans le pays, et qu’elle gère des mosquées tout en coopérant avec des dizaines de centres islamiques à travers l’Allemagne.

Khder a affirmé que « ces centres ne sont pas de simples lieux de prière, mais deviennent des espaces de formation idéologique et de da’wa. À travers des activités sociales, des cours de soutien scolaire et des programmes de loisirs, une relation de long terme se construit avec les jeunes et les familles, ce qui mène progressivement à la création d’environnements culturels parallèles à la société allemande. » Selon lui, les organisations caritatives jouent un rôle complémentaire dans ce dispositif, car elles offrent au mouvement une couverture sociale et humanitaire, l’aident à gagner en légitimité et à collecter des dons, tandis que ses objectifs idéologiques restent cachés aux yeux de nombreux partenaires locaux.

Selon Khder, les jeunes constituent la cible centrale du mouvement, aussi bien à travers des organisations de jeunesse que via des plateformes numériques. Il a relevé que des organisations comme la « Jeunesse musulmane en Allemagne » proposent des camps, des activités sportives et culturelles qui donnent aux jeunes un sentiment d’appartenance, mais qui sont, selon les évaluations des services de protection de la Constitution, liées aux réseaux des Frères musulmans. Un rapport du service scientifique du Parlement allemand les a même décrits comme l’un des environnements où sont formés des militants de l’islam politique.

Khder a ajouté : « Nous assistons en parallèle à une radicalisation massive dans l’espace numérique, où des influenceurs islamistes utilisent des plateformes comme TikTok, Instagram et YouTube pour toucher des millions de jeunes, à travers un contenu qui paraît d’abord religieux ou simplement social, avant de basculer progressivement vers un discours plus radical. » Selon lui, depuis le 7 octobre 2023, une hausse sans précédent de la propagande numérique a été observée, les algorithmes des réseaux sociaux ayant contribué à accélérer la diffusion de ces contenus auprès des jeunes, avant leur transfert vers des canaux fermés sur Telegram.

D’après lui, la lutte contre ce phénomène ne peut reposer uniquement sur la surveillance sécuritaire. Elle exige aussi un élargissement des programmes d’intégration, un renforcement du travail auprès des jeunes et des exigences plus strictes imposées aux entreprises technologiques concernant le traitement des contenus extrémistes.

Le précédent français, un signal d’alarme pour Berlin

En Allemagne, les développements survenus en France sont également suivis de près, perçus à Berlin comme un signal d’alarme. Khder a affirmé que ce qui s’est produit en France ces deux dernières années mérite une attention sérieuse. Il a évoqué un rapport du gouvernement français de mai 2025, qui avait alerté sur une « stratégie d’infiltration » des Frères musulmans à travers des mosquées, des associations et des établissements scolaires. Selon ce rapport, il s’agit d’un réseau comprenant des centaines d’associations, des dizaines de lieux de culte et d’écoles privées.

Selon lui, ces données ont conduit le Sénat français à approuver, en mai 2026, une proposition de loi visant à lutter contre ce qui a été qualifié d’« infiltration islamiste » des institutions de l’État. En Allemagne, bien que le gouvernement fédéral ait précisé, dans une réponse officielle au Parlement en mai 2026, ne disposer d’aucune preuve d’infiltration systématique des partis politiques, il a reconnu l’existence de tentatives répétées, de la part de figures et d’organisations islamistes, de se présenter auprès des décideurs comme représentants des musulmans.

Khder a déclaré : « Ces dernières années, nous avons observé, en particulier à Berlin, des tentatives de rapprochement avec des structures partisanes locales, notamment le parti social-démocrate et le parti des Verts, ainsi que des tentatives d’instrumentalisation de certains responsables politiques au service des agendas du mouvement — un phénomène déjà signalé par la responsable de l’intégration du quartier de Neukölln. » Il a insisté sur le fait que, pour son parti, nier l’égalité entre les sexes, propager l’antisémitisme ou placer la charia au-dessus de la Constitution constituent des lignes rouges inacceptables au sein de tout parti démocratique.

En novembre 2025, le gouvernement allemand a mis en place un organe consultatif permanent baptisé « Prévention et lutte contre l’islamisme », chargé d’élaborer un plan national commun pour le gouvernement fédéral et les Länder. Ce plan doit inclure la lutte contre la radicalisation en ligne, le suivi des sources de financement, la réduction des influences étrangères et le renforcement des efforts contre l’antisémitisme et contre l’islamisme légal.

En conclusion, Khder a souligné que ce combat ne peut reposer uniquement sur des outils sécuritaires. « Les interdictions et les mesures sécuritaires seules ne suffisent pas. Nous avons besoin d’une politique globale qui protège la démocratie, renforce l’État social et soutient les musulmans démocrates, afin de ne pas laisser le terrain aux extrémistes. Le combat contre l’islamisme n’est pas dirigé contre les musulmans, mais vise à protéger leur immense majorité, car ils sont les premières victimes de cette idéologie. »


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