Les Juifs français ont peur : l’Alya ne se fait plus seulement par idĂ©ologie mais pour fuir une France antisĂ©mite

Freddo Pachter affirme  au Times Off Israel qu’au cours de ses 17 annĂ©es passĂ©es Ă  coordonner l’immigration des francophones en IsraĂ«l, il n’a jamais vu une demande aussi forte – et cela inclut après des Ă©vĂ©nements tels que l’attaque terroriste du supermarchĂ© Hyper Cacher, les meurtres djihadistes de Mohammed Merah et la Deuxième guerre du Liban, en 200.

Le nombre de demandes Ă©manant de Juifs français n’a cessĂ© d’augmenter depuis le 7 octobre, reflĂ©tant le climat de peur, explique Pachter, qui a commencĂ© Ă  travailler pour le ministère de l’Aliya et de l’IntĂ©gration en 2007 et dirige dĂ©sormais le programme Lekh-Lekha pour l’organisation Israel is Forever, qui fournit des conseils et une assistance aux immigrants francophones en IsraĂ«l.

« Certains me disent qu’ils ont peur d’être en France parce qu’ils sont juifs, et ils ont dĂ©montĂ© leurs mezouzah », dit Pachter, faisant rĂ©fĂ©rence aux rouleaux de parchemin apposĂ©s sur les montants des portes de nombreuses maisons juives. « C’est insupportable de vivre ainsi, de cacher le moindre signe du judaĂŻsme alors que personne n’a honte de se dire chrĂ©tien ou musulman. »

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

L’attaque a également déclenché une violente vague d’activités anti-israéliennes dans le monde entier, les Juifs de la diaspora signalant une augmentation alarmante des crimes de haine antisémites, souvent accompagnés de messages anti-israéliens 

En dĂ©cembre, plusieurs Ă©vĂ©nements ont Ă©tĂ© organisĂ©s en France visant Ă  fournir des informations et des conseils Ă  ceux qui souhaitent s’installer en IsraĂ«l. Les rassemblements Ă  Paris, Marseille et Lyon ont chacun attirĂ© des centaines de participants, dont certains ont dĂ» voyager pour s’y rendre.

Au-delà de l’augmentation de la demande, Pachter observe également un changement dans le profil des personnes rencontrées lors de ces rencontres.

« D’habitude, on voit des gens qui connaissent des difficultĂ©s professionnelles ou sociales, qui ont Ă©tĂ© licenciĂ©s ou qui veulent changer de mĂ©tier. Mais cette fois, nous avions des ingĂ©nieurs, des mĂ©decins et des avocats », explique Freddo, qui estime que cela peut ĂŞtre attribuĂ© Ă  l’augmentation des crimes de haine antisĂ©mite en France. « Ce ne sont plus des gens qui quittent la France pour des problèmes financiers, leur vie en France serait plus confortable. »

L’observation de Pachter est plus qu’une simple intuition : le ministère de l’Aliya et de l’IntĂ©gration a enregistrĂ© une augmentation de 430 pour cent du nombre de candidatures en provenance de France depuis l’attaque du 7 octobre. Un certain nombre de Juifs français ont confirmĂ© au Times of Israel qu’ils ne se sentent plus en sĂ©curitĂ© en France et se sentent obligĂ©s de cacher leur kippa ou d’autres signes extĂ©rieurs du judaĂŻsme de peur d’être pris pour cible.

« Je ne me vois plus vivre en France avec tout ce qui se passe. J’ai peur tous les jours pour mes enfants, ce n’est plus une vie », raconte une mère qui vit Ă  Paris et a demandĂ© Ă  rester anonyme pour sa propre sĂ©curitĂ©.

« Le 7 octobre a tout changĂ©. Je n’aurais jamais imaginĂ© quitter la France pour IsraĂ«l. Cela peut paraĂ®tre paradoxal au vu de la situation en IsraĂ«l, mais au moins lĂ -bas, nous n’aurons pas Ă  nous cacher », dĂ©clare une autre juive française anonyme qui envisage sĂ©rieusement de quitter la France dans les prochains mois.

Cette photo distribuĂ©e le 21 novembre 2023 par la police municipale de Lesneven, dans le nord-ouest de la France, montre un morceau brisĂ© d’une stèle commĂ©morative en l’honneur de la dĂ©funte politicienne française et survivante de l’Holocauste Simone Veil, après sa profanation. (Stringer/Police de Lesneven/AFP)

Le Conseil représentatif des institutions juives françaises (CRIF) est également à l’écoute des préoccupations de la communauté juive française, comme il l’a fait dans le passé lorsque des événements locaux ou en Israël ont précipité une augmentation des activités antisémites.

« Les chiffres [de l’immigration en Israël] et des ouvertures de dossiers ont toujours été un baromètre du niveau d’inquiétude des Juifs de la société française face à l’antisémitisme », a déclaré le président du CRIF, Yonathan Arfi.

« Les autoritĂ©s politiques sont très conscientes de la rĂ©alitĂ© actuelle mais cela ne suffit pas, c’est dĂ©sormais plus social… On ne luttera vraiment contre l’antisĂ©mitisme que s’il est socialement condamnĂ© dans tous les milieux de la sociĂ©tĂ© française, ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui », a-t-il dĂ©clarĂ©. dit.

Conseil représentatif des institutions juives françaises (CRIF) Yonathan Arfi. (Courtoisie)

Plus de 1 500 incidents antisĂ©mites ont Ă©tĂ© enregistrĂ©s en France entre le 7 octobre et la mi-novembre , selon les dernières statistiques du ministère français de l’IntĂ©rieur.

« Il s’agit principalement de tags et d’insultes, mais il y a aussi des agressions et des blessĂ©s », prĂ©cise le ministre français de l’IntĂ©rieur GĂ©rald Darmanin.

C’est plus de trois fois supérieur aux 436 incidents antisémites recensés sur l’ensemble de l’année 2022 en France.

« Ces actes ne sont pas nouveaux, mais sont bien plus intenses », estime le sociologue Michel Wieviorka.

Le sociologue Michel Wieviorka. (Courtoisie)

Le massacre du Hamas est en partie responsable, mais la vision globale des Juifs a également changé, estime le sociologue.

« La Shoah n’est plus ce qu’elle Ă©tait [dans l’esprit des Français]. Lorsque les Français [ont pris conscience de l’ampleur du gĂ©nocide] dans les annĂ©es 70 et 80… il y avait beaucoup de bonne volontĂ© pour le monde juif Ă  cette Ă©poque, mais nous n’en sommes plus lĂ . La mĂ©moire a cĂ©dĂ© la place Ă  l’histoire. La jeune gĂ©nĂ©ration ne connaĂ®t plus de tĂ©moins ni de survivants, et tout cela facilite l’expression de l’antisĂ©mitisme », explique Wieviorka, qui a menĂ© des recherches approfondies sur le sujet.

« Ce genre d’expression ne vient plus seulement de l’extrĂŞme droite, mais aussi de l’extrĂŞme gauche. MĂŞme s’il est douteux qu’elle soit toujours antisĂ©mite, toute personne sensible peut sentir qu’elle n’est jamais loin dans certains discours », prĂ©vient Wieviorka.

Selon Wieviorka, lorsque les incidents antisémites et les discours de haine augmentent rapidement et en parallèle, il existe un risque que l’antisémitisme s’infiltre au niveau politique et gouvernemental.

« La France n’en est pas encore lĂ , mais nous devons rester très vigilants », dĂ©clare Wieviorka.

Source de cet article en anglaisÂ