Les sondages réalisés depuis le 2 juin 2026 en Colombie dessinent un scénario que peu auraient parié possible il y a encore quelques mois : le candidat de droite Abelardo de la Espriella, surnommé « El Tigris » par ses partisans, devance son rival de gauche Ivan Marulanda de huit points de pourcentage, avec plus de 50 % des intentions de vote. Le second tour est fixé au 21 juin. Ce jour-là , le pays devra choisir entre deux lignes radicalement opposées — y compris sur la question des relations avec Israël.
La Colombie est gouvernĂ©e depuis quatre ans par Gustavo Petro, figure de la gauche radicale latino-amĂ©ricaine, dont la politique envers l’État hĂ©breu a Ă©tĂ© l’une des plus hostiles du continent. Petro avait rompu les relations diplomatiques avec IsraĂ«l, restreint sĂ©vèrement l’entrĂ©e des ressortissants israĂ©liens sur le territoire colombien, et s’Ă©tait prĂ©sentĂ© Ă l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations Unies coiffĂ© d’un keffieh palestinien, fustigeant IsraĂ«l dans un discours très mĂ©diatisĂ©. Il avait Ă©galement comparĂ© les soldats de Tsahal aux nazis et appelĂ© Ă la crĂ©ation d’une armĂ©e pour « libĂ©rer la Palestine ». Un positionnement sans ambiguĂŻtĂ©, qui avait placĂ© Bogotá parmi les capitales les plus critiques d’IsraĂ«l sur la scène internationale.
Petro, contraint par la constitution colombienne de quitter le pouvoir Ă l’issue d’un seul mandat, laisse la place Ă deux hĂ©ritiers politiques que tout oppose. Ivan Marulanda, sĂ©nateur considĂ©rĂ© comme son successeur idĂ©ologique, partage l’essentiel de ses positions, y compris sur IsraĂ«l.
De la Espriella, lui, incarne le contre-pied parfait. Avocat et homme d’affaires basĂ© Ă Bogotá, il est une figure colorĂ©e et parfois controversĂ©e du paysage politique colombien. Sa silhouette rappelle celle d’autres entrepreneurs-politiciens qui ont bouleversĂ© la scène en AmĂ©rique latine : comme le prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump, il possède toute une gamme de marques personnelles, de vins Ă son effigie jusqu’Ă des lignes de vĂŞtements et d’Ă©quipements Ă©questres. Il se revendique du courant populiste de droite, et s’est particulièrement distinguĂ© dans sa campagne par un discours particulièrement dur sur l’insĂ©curitĂ© et la criminalitĂ© galopante qui ronge le pays. Il se pose aussi en admirateur de Javier Milei en Argentine et de Nayib Bukele au Salvador, deux figures devenues des rĂ©fĂ©rences pour la droite anti-establishment de la rĂ©gion.
Pour IsraĂ«l, son Ă©ventuelle arrivĂ©e au pouvoir reprĂ©sente bien plus qu’un simple changement de gouvernement. Dans un message adressĂ© Ă la communautĂ© juive de Colombie, de la Espriella a formulĂ© des engagements on ne peut plus clairs : « Sous mon gouvernement, la Colombie adoptera un cap clair dans sa politique Ă©trangère : nous Ă©tablirons notre ambassade Ă JĂ©rusalem et nous renforcerons la relation directe, solide et stratĂ©gique avec IsraĂ«l. » Des mots qui sonnent comme un programme, et qui tranchent avec quatre annĂ©es de rupture diplomatique assumĂ©e.
Certains mĂ©dias de gauche ont cru pouvoir lui attribuer l’intention de faire appel Ă des forces amĂ©ricaines et Ă des experts de Tsahal pour combattre les groupes armĂ©s et les cartels de la drogue qui sĂ©vissent sur le territoire colombien — de la Espriella n’a jamais tenu ces propos. Ce qui est certain en revanche, c’est que son succès dans les urnes s’apparenterait d’abord Ă un verdict sur le bilan de Petro, dont la gouvernance a profondĂ©ment polarisĂ© le pays. Le 21 juin, la Colombie dira si elle veut tourner la page.
Pour en savoir plus sur les relations d’IsraĂ«l avec ses alliĂ©s en AmĂ©rique latine et sur la question du transfert des ambassades Ă JĂ©rusalem, vous pouvez consulter ces articles publiĂ©s sur notre site :
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