La tension est remontée d’un cran ce samedi après-midi. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz à la navigation, invoquant « les violations permanentes et continues du cessez-le-feu par Israël dans le sud du Liban ». Dans leur communiqué, ils ont précisé que « les navires qui s’approcheraient mettent leur propre sécurité en danger » et que la décision n’est que « la première étape ». L’annonce est intervenue moins de quarante-huit heures après l’entrée en vigueur du mémorandum d’entente américano-iranien, alors que la circulation dans le détroit avait commencé à reprendre un semblant de normalité.
Une heure après cette déclaration, des sources iraniennes ont transmis à l’agence de presse libanaise Unews que Téhéran « pourrait lancer des missiles contre Israël cette nuit si l’agression israélienne au Liban se poursuivait ». Un conseiller de Mojtaba Khamenei est allé plus loin, avertissant que « si l’accord reste sur le papier, l’approvisionnement en énergie au Moyen-Orient sera coupé ».
Les délégations partent quand même pour la Suisse
En parallèle, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a indiqué que la délégation avait bien décollé pour la Suisse — mais avec un message sans ambiguïté : « Les États-Unis doivent respecter leurs engagements et brider Israël, ou il y aura un problème. » Une source proche de l’équipe de négociation iranienne a confirmé à l’agence Fars que la délégation diplomatique avait pris l’avion dans l’après-midi à destination de la Suisse pour ouvrir un nouveau cycle de pourparlers. Elle est conduite par le président du Parlement Mohammad Baqer Qalibaf et le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi.
Du côté américain, le vice-président J.D. Vance, interrogé sur Fox News, a indiqué que les discussions avec l’Iran en Suisse se tiendraient vraisemblablement le lendemain. Sur l’annonce de fermeture du détroit par les Gardiens de la Révolution, il a exprimé du scepticisme, notant que le mémorandum en cours porte sur le déminage de la zone, « un processus qui prendra du temps ». Vance a affirmé vouloir laisser une chance au cessez-le-feu, soulignant qu’Israël avait été un bon partenaire. « Ce qui se passera désormais dépend des Iraniens. S’ils se comportent correctement, ils seront récompensés. Sinon — le président tient toutes les cartes. »
Le retournement de situation
Ce retour de tension intervient après une séquence rapide : le soir précédent, la Maison-Blanche avait affirmé que l’annulation d’un cycle de discussions avec Téhéran — liée à la poursuite de l’activité de Tsahal au Liban et aux tirs du Hezbollah — ne signifiait pas la fin des négociations. Dans la foulée, l’envoyé spécial du président américain Steve Witkoff avait pris l’avion pour la Suisse pour relancer le premier cycle de discussions sur un éventuel accord nucléaire avec l’Iran, et Jared Kushner, conseiller et gendre de Donald Trump, était déjà en Europe selon une source américaine citée par Axios.
CNN avait rapporté la veille que l’Iran avait posé comme condition à la poursuite des négociations des garanties sur la fin de la guerre au Liban. Le président du Parlement iranien Qalibaf avait déclaré que « toute violation de l’accord ou toute demande excessive recevra une réponse sévère ».
Washington avait également annoncé à Israël qu’il devait immédiatement cesser ses frappes au Liban. Le Washington Post avait par ailleurs rapporté que les agences de renseignement américaines avaient mis en garde l’administration Trump contre les démarches que le Premier ministre Benjamin Netanyahu pourrait entreprendre pour torpiller l’accord avec l’Iran, dans un contexte de pression croissante au sein de la coalition israélienne pour ne pas se retirer du Liban.
Des responsables de l’administration Trump insistaient toutefois sur le fait que les termes de l’accord avec l’Iran n’empêchent pas Israël de riposter aux tirs du Hezbollah, et que les préoccupations de Netanyahu pèsent peu face à la nécessité de conclure l’accord et de rouvrir le détroit d’Ormuz.
Sur la crise du détroit d’Ormuz et ses implications pour le commerce maritime mondial, lire : Détroit d’Ormuz : l’Iran publie une carte officielle des routes maritimes et confirme la présence de mines
Sur le contexte des relations Iran–France autour du détroit, lire aussi : Le CMA CGM Kribi passe Hormuz : un « cadeau » iranien à la France pour services rendus à l’ONU ?






