L’Iran a rĂ©pondu Ă  l’offre « finale » europĂ©enne | RĂ©action d’IsraĂ«l : « Les USA nous ont endormis »

Une semaine après « l’offre finale » qui leur a Ă©tĂ© transmise concernant le retour Ă  l’accord nuclĂ©aire initial, les Iraniens y ont rĂ©pondu. Apparemment, et comme d’habitude, la rĂ©ponse n’est ni « oui » ni « non ». Dans le mĂŞme temps, IsraĂ«l craint les concessions amĂ©ricaines de dernière minute, et a dĂ©jĂ  fait savoir Ă  Washington : « Nous ne serons pas liĂ©s par un accord ».

La semaine dernière, après la fin du cycle de nĂ©gociations Ă  Vienne, l’Union europĂ©enne a soumis aux Iraniens une offre qu’elle a qualifiĂ©e de « dĂ©finitive », et selon laquelle il n’y aura plus de nĂ©gociations. Hier soir (lundi), les Iraniens ont rĂ©pondu Ă  l’offre, et apparemment la rĂ©ponse est « oui, mais ». Cette rĂ©ponse porte, entre autres, sur des garanties pour les entreprises occidentales qui opĂ©reront en Iran, en cas de retour des sanctions.

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« Si les Etats-Unis font preuve d’une attitude sĂ©rieuse, nous pourrons parvenir Ă  un accord dans quelques jours », a dĂ©clarĂ© le ministre iranien des Affaires Ă©trangères Hossein Amir-Abdollahian, avant la rĂ©ponse officielle de TĂ©hĂ©ran. « Nous avons clairement dit aux États-Unis que nous Ă©tions prĂŞts Ă  entrer dans la phase de conclusion d’un accord et Ă  convoquer les ministres des Affaires Ă©trangères Ă  Vienne – si nos demandes sont acceptĂ©es. Mais si la rĂ©ponse des États-Unis est Ă  nouveau d’essayer de parvenir Ă  des compromis , nous devrons continuer Ă  parler. »

« Nous leur avons dit que nous devions respecter nos lignes rouges », a soulignĂ© le ministre iranien des Affaires Ă©trangères. « Nous avons fait preuve de suffisamment de flexibilitĂ©. Nous ne voulons pas parvenir Ă  un accord qui, après 40 jours, deux mois, trois – ne sera pas rĂ©alisĂ© dans la pratique. » Il a menacĂ© que « comme Washington, nous avons aussi un plan B si les pourparlers Ă©chouent ».

Les États-Unis ont dĂ©clarĂ© qu’il ne serait possible de s’entendre Ă  nouveau que si l’Iran se retirait des questions « non pertinentes », pour ainsi dire – une rĂ©fĂ©rence aux demandes de l’Iran que l’Agence internationale de l’Ă©nergie atomique (AIEA) ferme les dossiers d’enquĂŞte concernant des traces inexpliquĂ©es d’uranium en Iran , et que les États-Unis retirent les gardiens de la rĂ©volution de la liste des organisations terroristes.

Des diplomates et d’autres hauts responsables ont dĂ©clarĂ© Ă  Reuters que mĂŞme si Washington et TĂ©hĂ©ran n’acceptaient pas la mĂŞme proposition europĂ©enne « finale », ils ne devraient pas dĂ©clarer la fin des pourparlers – car les deux parties ont intĂ©rĂŞt Ă  les maintenir en vie.
Dans un Ă©ditorial du journal iranien conservateur « Kayhan », qui reflète la position du chef spirituel suprĂŞme, l’ayatollah Ali Khamenei, il a Ă©tĂ© Ă©crit hier que « des chuchotements Ă  propos d’un accord se font entendre de toutes parts ». Il a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© dans les mĂ©dias iraniens que c’est un signe que l’accord a l’approbation de Khamenei.

En attendant, IsraĂ«l suit avec vigilance et inquiĂ©tude les contacts avancĂ©s entre l’Iran et les puissances, vers un Ă©ventuel accord pour revenir Ă  l’accord nuclĂ©aire. IsraĂ«l craint des concessions amĂ©ricaines de dernière minute qui permettraient Ă  l’Iran de revenir Ă  l’accord. Entre les deux pays, un dialogue a eu lieu ces derniers jours dans lequel IsraĂ«l tente d’empĂŞcher les concessions, et insiste sur le fait que les États-Unis ne reviendront pas sur leurs engagements passĂ©s envers IsraĂ«l de ne pas cĂ©der aux Iraniens.

Le chef du Conseil national de sĂ©curitĂ©, Eyal Hulta, s’est entretenu sur le sujet avec son homologue amĂ©ricain, Jake Sullivan, et en IsraĂ«l on craint notamment une concession amĂ©ricaine sur les « dossiers ouverts », ces enquĂŞtes que l’AIEA et l’Iran veulent fermer.
De hauts responsables en IsraĂ«l disent que si l’Iran revient Ă  l’accord, IsraĂ«l ne s’y engagera pas et fera tout pour saboter le programme nuclĂ©aire iranien et « leur rendre la vie misĂ©rable ». Dans des salles fermĂ©es en IsraĂ«l, la dĂ©ception se fait entendre face Ă  la conduite amĂ©ricaine et Ă  JĂ©rusalem, on a le sentiment que les AmĂ©ricains ont « endormi IsraĂ«l » et l’ont trompĂ© en lui faisant croire qu’il n’y aurait pas de retour Ă  l’accord.

Des responsables en IsraĂ«l ont dĂ©clarĂ© que lors des contacts entre les pays, les AmĂ©ricains ont demandĂ© Ă  IsraĂ«l « de ne pas les surprendre », mais en IsraĂ«l, ils ont rĂ©pondu : « Oui, nous allons vous surprendre. Nous ne sommes pas attachĂ©s Ă  cet accord et pensons qu’y revenir est mauvais et nous agirons contre le programme nuclĂ©aire iranien. »

IsraĂ«l se prĂ©pare depuis un certain temps Ă  trois scĂ©narios : un remaniement des pourparlers avec l’Iran, l’acceptation de l’accord et une crise – et ses consĂ©quences opĂ©rationnelles. Si les Iraniens avaient acceptĂ© d’accepter l’accord, les AmĂ©ricains l’auraient signĂ© immĂ©diatement. Mais l’Ă©valuation est qu’un remaniement et la poursuite des pourparlers sont attendus. En gĂ©nĂ©ral, la mĂ©thode iranienne de nĂ©gociation n’est pas de rĂ©pondre par un nĂ©gatif complet – mais de dire qu’ils veulent poursuivre les contacts, en vue d’amĂ©liorer les conditions.

Le cycle de pourparlers Ă  Vienne s’est ouvert de manière inattendue et sans prĂ©avis il y a deux semaines après des mois de stagnation – sur fond d’avertissements de l’AIEA selon lesquels TĂ©hĂ©ran a augmentĂ© son enrichissement d’uranium et que la capacitĂ© des inspecteurs internationaux Ă  surveiller ses progrès diminue. Vienne a Ă©tĂ© au centre des sĂ©ries de pourparlers les plus sĂ©rieuses jusqu’Ă  prĂ©sent, et l’Ă©vitement des parties ces derniers mois pour y arriver illustre l’ampleur du fossĂ© qui les sĂ©pare.

Aucun responsable de haut rang n’a participĂ© aux rĂ©cents pourparlers Ă  Vienne : TĂ©hĂ©ran s’est contentĂ© d’envoyer le chef de l’Ă©quipe de nĂ©gociation iranienne, Ali Bagri Kani, et les États-Unis ont envoyĂ© leur envoyĂ© spĂ©cial pour les affaires iraniennes, Rob Mali. Pourparlers, les reprĂ©sentants de l’Iran et des États-Unis n’ont pas tenu de nĂ©gociations directes, mais se sont transmis ces messages par l’intermĂ©diaire du reprĂ©sentant de l’UE Enrique Mora. Washington et TĂ©hĂ©ran n’ont pas eu de pourparlers directs depuis que les États-Unis se sont retirĂ©s en 2018 Ă  la demande de Donald Trump de l’accord nuclĂ©aire signĂ© en 2015.

MĂŞme après la reprise des pourparlers la semaine dernière, les diffĂ©rentes parties ont continuĂ© Ă  faire preuve d’un grand scepticisme. L’Iran souligne qu’il n’est pas prĂŞt Ă  d’autres compromis au-delĂ  de ceux qu’il a proposĂ©s, et il nie avoir acceptĂ© d’abandonner sa demande que les États-Unis retirent les Gardiens de la rĂ©volution iraniens de la liste des organisations terroristes. Un autre problème qui fait obstacle au renouvellement de l’accord nuclĂ©aire est, comme mentionnĂ©, la demande de l’Iran que l’AIEA clĂ´ture les enquĂŞtes qu’elle mène pour tenter de comprendre comment des restes d’uranium sont arrivĂ©s sur trois sites Ă  travers l’Iran que TĂ©hĂ©ran n’a pas dĂ©clarĂ©s comme sites nuclĂ©aires. Les inspecteurs ont dĂ©couvert ces restes, et l’Iran n’a pas encore fourni de rĂ©ponses sur sa prĂ©sence.