L’ancien directeur du Mossad Yossi Cohen a accordé un entretien rare au magazine français L’Express, à l’occasion de la parution de son livre intitulé « Se battre pour la liberté ». Dans cet entretien, il a levé un coin du voile sur l’une des opérations les plus spectaculaires de l’histoire du renseignement israélien : la soustraction, en janvier 2018, de l’archive nucléaire secrète de l’Iran depuis un entrepôt sécurisé à Téhéran.
« Dès mon entrée en fonction, j’ai ordonné à mes équipes de traquer Mohsen Fakhrizadeh, le père du programme nucléaire militaire iranien », a déclaré Cohen. Pour s’introduire dans le dépôt fortifié de la capitale iranienne et en extraire un demi-tonne de documents et de données, le Mossad avait besoin d’une préparation d’une précision chirurgicale.
Une « Mini-Téhéran » construite en Afrique
« Nous avons construit une réplique de l’entrepôt et de ses environs en Afrique. Une sorte de « Mini-Téhéran », loin de tout », a révélé Cohen. Le continent africain avait été retenu pour des raisons opérationnelles précises : « Israël est sous surveillance permanente, et nous avions besoin d’un endroit discret. » Cohen a lui-même effectué plusieurs voyages en Afrique pour superviser les entraînements.
Le souci du détail dans la préparation était extrême. Le Mossad avait acquis des coffres-forts de grande taille identiques à ceux utilisés en Iran, et avait même importé des chiens de garde du même type de race afin d’apprendre aux agents à les neutraliser. L’opération mobilisait au total environ 800 personnes.
Cohen a également précisé qu’il avait tenu à ramener en Israël les documents originaux, et non de simples copies, afin d’éviter toute accusation de falsification de la part de la communauté internationale. « Je reconnais l’écriture d’Ali Shamkhani et celle de Fakhrizadeh, qui a depuis été éliminé. Les originaux sont toujours conservés au siège du Mossad. » C’est cet ensemble documentaire qui aurait convaincu Donald Trump de retirer les États-Unis de l’accord nucléaire.
« La porte était grande ouverte »
Cohen n’a pas épargné sa critique sur le désastre du 7 octobre 2023. « Si nous ne reconnaissons pas que nous avons échoué — et que nous avons échoué complètement — nous ne pourrons jamais en tirer les leçons. Avant le 7 octobre, nous pensions savoir ce que l’ennemi allait faire. Nous avions tort. La porte était grande ouverte et l’État n’était pas correctement sécurisé. C’est un échec que je ne peux pas accepter. »
Il a identifié l’absence de renseignement humain comme la faille critique : « Malgré une quantité colossale d’interceptions électroniques à Gaza, nous n’avions pas une seule source humaine au sein du Hamas. Une seule source nous aurait fourni le renseignement décisif. »
Cohen a également évoqué l’opération de sabotage des bipeurs du Hezbollah en septembre 2024, révélant que l’idée de s’infiltrer dans les chaînes d’approvisionnement de l’ennemi était née plus de deux décennies auparavant. « Les premières livraisons d’équipements manipulés sont arrivées au Hezbollah dès 2006 », a-t-il affirmé.
Un pied dans la politique
Sur le plan politique, Cohen a exprimé un scepticisme absolu quant aux accords avec l’Iran. « Le régime iranien ne renoncera jamais à la bombe atomique, quel que soit l’accord signé. Pour Israël, l’Iran restera l’ennemi numéro un. » Il a rendu hommage à Donald Trump, qu’il a qualifié du meilleur président pour les relations israélo-américaines.
Quant à Netanyahu, Cohen a été direct : « Il est Premier ministre depuis 18 ans. C’est suffisant. Un changement est nécessaire. » Lorsqu’on lui a demandé s’il se voyait comme successeur, il a répondu avec une allusion claire aux élections de 2026 : « Rien n’a été décidé de façon définitive, mais je peux soutenir ce changement. »
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