Netanyahu a affirmé : « On arrête les étudiants en Torah à l’intérieur des yeshivot et on les emmène en prison » — ce n’est pas ce qui s’est passé

Ce samedi soir, Binyamin Netanyahu a tenu une conférence de presse consacrée à l’accord avec le Liban. Mais c’est une autre déclaration, glissée au cœur de son intervention, qui a aussitôt déclenché une vive controverse. Le Premier ministre a affirmé que les directeurs des yeshivot haredim-hesdérites lui avaient transmis un message selon lequel : « quand vous envoyez des gens à l’intérieur des yeshivot, que vous sortez des étudiants de Torah et que vous les emmenez en prison — personne ne s’engage. » Il a ensuite renchéri : « Si je vous disais que dans un pays d’Europe, on envoie la police à l’intérieur des yeshivot, qu’on prend des jeunes qui étudient la Torah et qu’on les met en prison — vous seriez horrifié. »

Il y a deux problèmes majeurs avec ces affirmations, que Ynet a immédiatement documentés.

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Ce que les directeurs de yeshivot n’ont pas dit

Premièrement, la lettre envoyée par les directeurs des yeshivot haredim-hesdérites à Netanyahu ne contient pas cette formulation. Dans leur courrier, ils écrivent qu’ils ont consacré « plus d’une décennie à construire des voies permettant à la société haredi de combiner l’étude de la Torah avec la participation à la défense d’Israël », et qu’ils constatent « avec une grande inquiétude comment ce projet s’effrite sous leurs yeux ». Ils évoquent « une vague d’arrestations de membres de yeshivot et d’étudiants de Torah qui provoque un choc profond au sein de la communauté haredi », en précisant que ces arrestations, au lieu de rapprocher, éloignent ; au lieu de construire la confiance, la brisent ; et au lieu de permettre un dialogue de responsabilité, créent un sentiment de persécution, de douleur et de radicalisation.

Mais à aucun moment ils ne prétendent que ces arrestations ont lieu à l’intérieur des yeshivot elles-mêmes. Au contraire, leur lettre pose une demande précise : l’adoption d’urgence d’une disposition législative temporaire suspendant pendant un an les arrestations des étudiants de yeshiva, afin de créer les conditions permettant aux jeunes haredim qui le souhaitent de combiner Torah et service militaire. L’objectif qu’ils formulent est de voir passer une loi qui régule le statut des étudiants en Torah tout en permettant à ceux qui veulent s’engager de le faire.

Ce que les faits établissent

Deuxièmement, il n’existe aucun cas documenté d’arrestation d’un déserteur haredi à l’intérieur d’une yeshiva. Les journalistes de Ynet, Itamar Eichner, Shila Fried et Gal Ganot, le précisent explicitement : aucun cas de ce type n’est connu, et la raison en est structurelle. Chaque fois que des policiers militaires ont tenté d’arrêter un déserteur haredi et ont été repérés, ils se sont retrouvés encerclés par une foule qui s’est déchaînée, et ont dû être exfiltrés. Les arrestations qui ont bien eu lieu ont, elles, entraîné des manifestations, des blocages de routes et même des intrusions dans les domiciles de hauts responsables.

La police, par ailleurs, n’assiste pas Tsahal dans les opérations d’arrestation de déserteurs.

Netanyahu n’a pas non plus limité ses propos à cette seule affirmation. Il a ajouté sa propre vision de ce que devrait être la politique gouvernementale : pour ceux qui n’étudient pas la Torah, l’ensemble des mécanismes légaux d’application doit pouvoir être mobilisé, y compris l’arrestation. En revanche, sur les étudiants des yeshivot eux-mêmes, il a dit vouloir « marquer une pause » pour parvenir à des accords plus larges. « C’est ce que je cherche. Ce sera ma politique », a-t-il conclu.

Une déclaration qui interpelle

La controverse n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte de pression maximale autour de la question de la conscription des haredim — dossier qui déchire la société israélienne depuis des années et qui s’est dramatiquement tendu depuis le 7 octobre 2023 et la mobilisation massive des réservistes. Le Premier ministre, qui a besoin à la fois de ses partenaires ultra-orthodoxes au sein de la coalition et d’une légitimité auprès d’une opinion publique qui supporte de moins en moins l’exemption de facto de la conscription haredi, navigue sur un terrain miné.

Ce soir-là, au lendemain d’une annonce qu’il qualifie lui-même d’« exploit historique » sur le Liban, Netanyahu a choisi de muscler son soutien à la communauté haredi avec des mots qui, selon les faits documentés par la presse, ne correspondent pas à la réalité du terrain — ni à ce que les directeurs des yeshivot haredim-hesdérites lui ont effectivement écrit.


🔗 Sur la question de la conscription haredi et ses tensions :

 

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