Alors que la guerre Ă Gaza se poursuit, des enquĂŞtes journalistiques presque quotidiennes sur les atrocitĂ©s commises par le Hamas contre les civils sont publiĂ©es en IsraĂ«l. On parle beaucoup moins du manque total de prĂ©paration de Tsahal face Ă une attaque et du chaos qui s’est dĂ©roulĂ© pendant de longues heures dans le NĂ©guev occidental le 7 octobre. Pendant que la guerre se poursuit, la question du degrĂ© d’imprĂ©paration de l’armĂ©e et de son commandement est laissĂ©e pour plus tard.
Mais les journalistes Ă©trangers ne sont pas soumis Ă de telles restrictions morales : le New York Times a publiĂ© aujourd’hui une enquĂŞte sur la dĂ©sorganisation complète de l’armĂ©e la plus puissante du Moyen-Orient le jour de l’attentat terroriste.
Selon leurs informations, le commandement de Tsahal Ă Kiriya (« Yama », comme on appelle le quartier gĂ©nĂ©ral de l’armĂ©e) a rĂ©agi pour la première fois Ă ce qui se passait seulement une heure après l’attaque. A cette Ă©poque, l’exĂ©cution de la population civile sans dĂ©fense battait dĂ©jĂ son plein et la rĂ©sistance n’Ă©tait offerte que par les « unitĂ©s d’autodĂ©fense » des kibboutzim qui avaient rĂ©ussi Ă s’organiser. De « Yama », ils ont ordonnĂ© que toutes les unitĂ©s disponibles soient lancĂ©es vers le sud.
On sait que la veille, le chef d’Ă©tat-major et les chefs d’autres forces de l’ordre ont reçu des informations sur l’attaque imminente et ont dĂ©cidĂ© de se rĂ©unir après les fĂŞtes. Les tirs massifs de roquettes prĂ©cĂ©dant l’attaque n’ont obligĂ© personne Ă comparer les informations et Ă tirer des conclusions dans les premières minutes.
Un groupe d’auteurs de l’enquĂŞte, avec la participation du cĂ©lèbre journaliste israĂ©lien Ronen Bergman, Ă©crit qu’une enquĂŞte complète sur les Ă©vĂ©nements prendra plusieurs mois, mais aujourd’hui les Ă©lĂ©ments de la catastrophe sont clairs : les zones frontalières ont Ă©tĂ© exposĂ©es, les troupes n’Ă©taient pas lĂ oĂą ils Ă©taient nĂ©cessaires et Ă©taient si mal organisĂ©s que les soldats ont dĂ» coordonner leurs actions sur Whatsapp. L’armĂ©e a obtenu des informations sur les cibles sur les rĂ©seaux sociaux. Les soldats des forces spĂ©ciales ont Ă©tĂ© lancĂ©s au combat avec des armes minimes, conçues pour affronter quelques dizaines de terroristes. Mais il y en avait des milliers. « Envoyez l’armĂ©e de toute urgence. Ils nous tuent. Nous manquons de munitions », Ă©crivent les soldats qui furent les premiers Ă tomber dans le feu de l’action. Les pilotes d’hĂ©licoptères de Tsahal ont reçu l’ordre de consulter les mĂ©dias et les chaĂ®nes Telegram lors de la sĂ©lection des cibles.
Et le pire de tout : l’armĂ©e israĂ©lienne n’avait aucun plan prĂ©parĂ© en cas d’attaque Ă grande Ă©chelle du Hamas. Les soldats disent : si un tel plan existait quelque part sur le plateau, personne ne les a prĂ©parĂ©s Ă repousser une telle attaque et personne n’a agi conformĂ©ment Ă un tel plan.Â
« Dans la pratique, il n’y a eu aucune prĂ©paration de dĂ©fense, aucun exercice d’entraĂ®nement, aucun Ă©quipement ni aucune formation de force pour une telle opĂ©ration », a dĂ©clarĂ© Yom Tov Samia, ancien commandant du district militaire du Sud, au New York Times. L’ancien commandant adjoint de la brigade de Gaza, le gĂ©nĂ©ral de brigade de rĂ©serve Amir Avivi, dit la mĂŞme chose.
La publication souligne que tout cela est totalement contraire Ă la doctrine offensive Ă laquelle l’armĂ©e israĂ©lienne adhère depuis l’Ă©poque de Ben Gourion – empĂŞcher les attaques et transfĂ©rer les opĂ©rations militaires vers le territoire ennemi.Â
Les auteurs de l’article Ă©crivent que sur la base de l’analyse de milliers de vidĂ©os, notamment de camĂ©ras Go Pro prises sur des terroristes tuĂ©s, sur la base de dizaines d’entretiens avec des officiers, des soldats et des tĂ©moins oculaires, ils sont arrivĂ©s Ă la conclusion que la raison de l’Ă©chec de l’armĂ©e israĂ©lienne Ă©tait l’absence d’un plan, couplĂ©e Ă de graves erreurs de calcul en matière de renseignement dans les mois et les annĂ©es qui ont prĂ©cĂ©dĂ© l’attaque.
Les dĂ©cisions des dirigeants Ă©taient dictĂ©es par une attitude arrogante envers l’ennemi. Les renseignements militaires et le Shin Bet Ă©taient convaincus que le Hamas Ă©tait incapable de mener Ă bien une opĂ©ration aussi vaste et complexe. Les Ă©coutes Ă©lectroniques du Hamas ont Ă©tĂ© supprimĂ©es parce que les services de renseignement ont estimĂ© que c’Ă©tait une perte de temps.Â
Un autre point faible concerne les unités d’autodéfense présentes dans les kibboutzim. Depuis des années, ils préviennent qu’ils sont mal armés et mal entraînés. Malgré le fait que pendant de nombreuses années le gouvernement a considéré le « kitot ha-konenut » comme la première ligne de défense dans les zones frontalières.
L’armĂ©e n’a pas Ă©tĂ© en mesure d’organiser et de dĂ©ployer rapidement des unitĂ©s de rĂ©servistes – beaucoup d’entre elles sont allĂ©es vers le sud de leur propre initiative et de leur propre chef.Â
Les informations obtenues par les journalistes montrent Ă quel point le commandement de l’armĂ©e n’a pas compris ce qui se passait et n’a pas pu Ă©valuer l’ampleur de l’attaque pendant de nombreuses heures. L’Ă©tat-major pensait qu’il s’agissait de percer la clĂ´ture par petits groupes Ă plusieurs endroits, alors qu’ils Ă©taient plusieurs milliers sur 30 lieux de percĂ©e. Les commandos israĂ©liens pensaient pouvoir y faire face en quelques heures, mais les militants du Hamas se sont prĂ©parĂ©s Ă une guerre de plusieurs jours.
Un autre élément important du désastre du 7 octobre fut la prise de la base militaire de Reim. La principale erreur ici est qu’après la construction de la nouvelle clôture « avancée », la base, cœur de la brigade de Gaza, était située à proximité immédiate de la frontière. L’armée était tellement convaincue que rien ne pouvait arriver. Le jour de l’attaque, fête de Sim’hat Torah, les commandants sont rentrés chez eux et les soldats, pour la plupart des filles, sont restés dormir sans armes à la base.




