Par le Dr Bruno Halioua Secrétaire Général de l’AMIF (Association des Médecins Israélites de France)
Le Vel d’Hiv fut pendant les quelques jours de juillet 1942 un lieu d’horreur oĂą se propageaient des Ă©pidĂ©mies, oĂą des femmes accouchaient, oĂą des personnes devenaient folles, oĂą la soif, la faim, le bruit, la promiscuitĂ© et l’angoisse avaient un caractère infernal.
Quelques mĂ©decins ont fait ce qu’ils ont pu, et au-delĂ . Le Dr Bruno Halioua leur rend hommage. Mais le responsable mĂ©dical en chef, qui ne s’est jamais dĂ©placĂ© au Vel d’Hiv et qui a eu un comportement de mĂ©pris indigne, le Dr Jean TisnĂ©, est mort tranquillement dans son lit, sans avoir jamais eu Ă rĂ©pondre de ses coupables carences.
Richard Prasquier
Président du CRIF
Il y a 70 ans, le 16 juillet 1942, des policiers français ont arrêté 13 152 Juifs, dont 4 115 enfants au cours de la rafle du Vel d’Hiv. Un certain nombre de médecins juifs et non juifs ont eu une attitude admirable qu’il convient de rappeler.
 La Croix Rouge Française a mis en place dans l’enceinte du Vel d’Hiv une antenne mĂ©dicale dans laquelle une dizaine d’infirmières ont assurĂ© les soins avec un dĂ©vouement hors du commun sous la direction du professeur Eugène Vaucher et des docteurs Jules Comby et Michel Robineau. Ce dernier a livrĂ© par la suite un tĂ©moignage qui exprime la dĂ©tresse des malheureux Juifs dans l’enceinte du Vel d’Hiv:  » Crise de nerfs collectives, hurlements de la folie ou du dĂ©sespoir, cris d’enfants affamĂ©s auxquels rĂ©pondait l’immense plainte des mères. Bruits insoutenables. La chaleur des journĂ©es qu’entretenait un soleil implacable tombant sur les verrières, rendait encore plus suffocante l’atmosphère, avec les odeurs d’excrĂ©ments de ces milliers de malheureux qui ne disposaient pour leurs besoins naturels, que de cabinets insuffisants et tout de suite dĂ©bordants. Je passais lĂ des heures tragiques, tombant, je crois, au fond de la misère humaine ! Dans tous les yeux fixĂ©s sur moi, la mĂŞme hallucinante angoisse d’ĂŞtre pris au piège « .
De son cĂ´tĂ©, l’UGIF (Union gĂ©nĂ©rale des israĂ©lites de France) a Ă©tĂ© autorisĂ© Ă Â organiser un service mĂ©dical d’urgence sur place comprenant deux mĂ©decins juifs qui se relayaient nuit et jour. Les docteurs Alfred Milhaud, Simone Loewe-Lyon, Benjamin Weill-HallĂ©, Richard Kohn, Raymond Vilenski, Fernand Hirschberg, Jean Goldmann et Benjamin Ginsbourg qui s’étaient portĂ©s volontaires ont assurĂ© avec efficacitĂ© avec le peu de moyens dont ils disposaient la prise en charge mĂ©dicale des nombreux malades prĂ©sents sur place. J’ai eu l’occasion de rencontrer Benjamin Ginsbourg Ă l’occasion d’une rĂ©union de l’AMIF (Association des MĂ©decins IsraĂ©lites de France) dont il a Ă©tĂ© le prĂ©sident fondateur en 1952. Ce dernier m’a racontĂ© l’énergie hors du commun qu’ils ont dĂ©ployĂ©e pour assurer les soins, mais surtout pour sauver un maximum de femmes enceintes, de malades graves et surtout d’enfants. En effet, ils Ă©taient autorisĂ©s Ă signaler les dĂ©tenus Ă hospitaliser, mais ils n’avaient pas le pouvoir de dĂ©cision. Seul Jean TisnĂ©, mĂ©decin de la prĂ©fecture de Police, Ă©tait capable de donner l’autorisation d’évacuer des malades. Il n’était pas sur place au Vel d’Hiv, par consĂ©quent, les mĂ©decins juifs s’échinaient Ă Â essayer de le convaincre par tĂ©lĂ©phone afin qu’il donne son autorisation. Ce dernier a fait preuve d’une absence totale d’empathie en n’autorisant que quelques rares sorties au compte-goutte. MalgrĂ© ces difficultĂ©s, les mĂ©decins juifs ont rĂ©ussi Ă Ă©vacuer un certain nombre d’enfants sous prĂ©texte qu’ils prĂ©sentaient des « maladies contagieuses Ă caractère Ă©pidĂ©mique » à l’hĂ´pital Claude Bernard. Benjamin Ginsbourg m’a racontĂ© que les enfants avec une banale angine Ă©taient isolĂ©s sous prĂ©texte qu’ils souffraient de diphtĂ©rie ou de scarlatine. Ils Ă©taient ensuite Ă©vacuĂ©s avec ceux dont on faisait croire qu’ils souffraient de rougeole alors qu’ils ne prĂ©sentaient qu’une banale Ă©ruption.  Je n’oublierais jamais les larmes qui coulaient des yeux de Benjamin Ginsbourg lorsqu’il m’a racontĂ© les dĂ©chirantes sĂ©parations des enfants avec leurs mères…
En dehors de l’enceinte du Vel dHiv, des mĂ©decins non juifs choquĂ©s par cette rafle ont eu une attitude admirable en aidant du mieux qu’ils le pouvaient les Juifs pourchassĂ©s. Mais surtout il convient de rappeler l’initiative des docteurs Charles Laubry, Georges Duhamel et Louis Pasteur Vallery Radot qui ont accompagnĂ© la comtesse de La Bourdonnais chez l’archevĂŞque de Paris Suhard afin d’exprimer leur indignation. Le cardinal Suhard a alors Ă©crit la première lettre officielle de protestation au MarĂ©chal PĂ©tain « ProfondĂ©ment Ă©mu par ce qu’on nous rapporte des arrestations massives d’israĂ©lites opĂ©rĂ©es la semaine dernière et des durs traitements qui leur ont Ă©tĂ© infligĂ©s notamment au vĂ©lodrome d’Hiver, nous ne pouvons Ă©touffer le cri de notre conscience. C’est au nom de l’humanitĂ© que notre voix s’élève pour une protection en faveur des droits imprescriptibles de la personne humaine ».
Dr Bruno Halioua





