Il y a des chefs qui construisent des empires. Avi Lévy a choisi une autre voie : fermer, respirer, et repartir autrement. En novembre dernier, il annonçait la fermeture du Motzi, son restaurant phare qui avait animé Jérusalem pendant quatorze ans. Un établissement aimé, une adresse de référence du quartier du marché Mahane Yehuda, et pourtant : la décision était prise.
Quelques mois plus tard, le voilĂ qui annonce son prochain terrain de jeu. Pas une nouvelle adresse Ă Tel Aviv, pas une ouverture Ă DubaĂŻ — mais les Alpes françaises. LĂ©vy s’associe Ă Nevo, une sociĂ©tĂ© jĂ©rusalĂ©mite spĂ©cialisĂ©e dans les voyages casher haut de gamme, pour proposer des sĂ©jours casher mehadrin dans un hĂ´tel de montagne Ă quarante minutes de Grenoble, transformĂ© pour l’occasion en adresse israĂ©lienne pendant cinq semaines cet Ă©tĂ©.
« Le secteur le moins rentable qui soit »
Le chef ne cache pas les raisons de ce changement de cap. « Quand j’ai fermĂ© le Motzi, j’ai acceptĂ© que ce soit le secteur le moins rentable, le moins viable et le moins stable », dit-il directement. « Dans le contexte sĂ©curitaire durable dans lequel nous vivons, tout ce que tu gagnes aujourd’hui, tu dois le mettre demain pour sauver l’entreprise. C’Ă©tait une belle carte de visite pour moi, mais il faut accepter la situation. Pour l’instant, je cuisine Ă travers le monde parce que c’est un circuit plus sĂ»r. »
Ce pragmatisme lucide dit beaucoup sur l’Ă©tat de la restauration israĂ©lienne depuis des annĂ©es de tensions sĂ©curitaires. MĂŞme les meilleures tables, mĂŞme celles portĂ©es par un chef reconnu, ne rĂ©sistent pas indĂ©finiment Ă un environnement Ă©conomique hostile et Ă une clientèle dĂ©stabilisĂ©e.
L’IsraĂ«l dans la valise
Le concept qu’il dĂ©veloppe avec Nevo repose sur une idĂ©e simple mais puissante : apporter la cuisine israĂ©lienne aux familles juives du monde qui ne peuvent pas ou ne veulent pas venir en IsraĂ«l. « Ça a commencĂ© avec des familles juives dans le monde qui veulent se sentir chez elles et ne peuvent pas venir en IsraĂ«l. Alors je leur apporte le pays Ă travers la nourriture. J’ai fait ça en France, Ă DubaĂŻ, aux États-Unis et mĂŞme au Mexique. »
Pour les Alpes, le programme est ambitieux : kabalot shabbat, dĂ®ners de shabbat, une pâtissière venue d’IsraĂ«l, des produits casher importĂ©s partiellement depuis la France et partiellement depuis IsraĂ«l, une Ă©quipe de cacheroute qui arrivera en avance pour prĂ©parer l’hĂ´tel. Le menu sera fait de plats « soignĂ©s aux saveurs de chez soi, avec un large Ă©ventail de plats ».
L’antisĂ©mitisme ? Il a sa rĂ©ponse
La question ne pouvait ĂŞtre Ă©vitĂ©e. La France, ces dernières annĂ©es, n’est pas le pays qui inspire le plus de sĂ©rĂ©nitĂ© aux familles juives qui voyagent. LĂ©vy rĂ©pond sans Ă©luder : « J’ai dĂ©jĂ travaillĂ© dans des endroits compliquĂ©s comme Londres et Rome. LĂ , ce n’est pas Paris ou Marseille, c’est un charmant village oĂą les gens viennent pour se dĂ©connecter. Je n’ai pas de craintes Ă ce sujet pour cet endroit — et disons les choses comme elles sont : ce n’est pas qu’il n’existe pas, mais on a appris Ă vivre avec. »
Quant Ă l’Ă©loignement familial, il l’assume avec la franchise de quelqu’un qui a dĂ©jĂ fait la paix avec les contraintes du mĂ©tier : « Évidemment que ça manque, mais dans la restauration aussi tu paies ce prix-lĂ . »
Les sĂ©jours sont prĂ©vus de juillet Ă fin aoĂ»t, sous rĂ©serve — comme il le prĂ©cise lui-mĂŞme avec un sourire — « qu’il y ait des vols cette annĂ©e ».
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