Le voyage devait être le voyage d’une vie. Entre 14 000 et 22 000 euros par cabine, une expédition nature vers l’Antarctique, les îles de Géorgie du Sud et Tristan da Cunha — parmi les endroits les plus reculés de la planète. Les passagers du MV Hondius, environ 150 personnes originaires de 23 pays, avaient embarqué fin mars à Ushuaïa, en Argentine. Ils n’imaginaient pas que leur navire deviendrait, quelques semaines plus tard, l’épicentre d’une crise sanitaire internationale.
Depuis le début du mois d’avril, le virus Hanta — transmis habituellement par contact avec des rongeurs infectés ou leurs déjections — a fait trois morts à bord et plongé l’équipage dans une situation de plus en plus critique.
Une mort après l’autre
Le premier passager touché, un homme néerlandais, est décédé le 11 avril. Sa dépouille est restée à bord jusqu’au 24 avril, date à laquelle elle a pu être déposée à Sainte-Hélène, accompagnée de son épouse. Celle-ci, qui présentait déjà des symptômes gastro-intestinaux au moment où elle quittait le navire, a vu son état se dégrader pendant le vol vers Johannesburg. Elle est décédée aux urgences à son arrivée, le 26 avril. Un troisième passager, un ressortissant allemand, a également succombé. Un Britannique, lui, a été évacué et se trouve actuellement en soins intensifs à Johannesburg.
Le médecin du bord, ressortissant néerlandais, est dans un état très grave. Un avion médicalisé a été dépêché pour l’évacuer depuis les Canaries à la demande formelle du gouvernement néerlandais.
Cap Vert refuse, l’Espagne accepte
Cap Vert, destination finale prévue du navire, a refusé d’autoriser l’accostage. L’Espagne a finalement accordé au MV Hondius l’autorisation de rejoindre les îles Canaries — Gran Canaria ou Ténérife — à trois ou quatre jours de navigation de l’archipel africain. Le ministère espagnol de la Santé a justifié cette décision par une « obligation morale et juridique » d’assistance, soulignant que plusieurs ressortissants espagnols se trouvaient à bord.
Des protocoles stricts seront appliqués à l’arrivée : examens médicaux systématiques, transferts en véhicules dédiés, absence totale de contact avec la population locale.
La transmission entre humains : une hypothèse qui inquiète
Ce qui préoccupe le plus les autorités sanitaires, c’est l’hypothèse d’une transmission interhumaine — normalement rarissime avec le virus Hanta. Maria Van Kerkhove, directrice du département préparation et prévention des épidémies à l’OMS, a déclaré lors d’une conférence de presse à Genève : « Nous pensons qu’il peut y avoir une certaine transmission entre des contacts très proches — conjoints, personnes qui partageaient des cabines. »
Elle a également adressé un message direct aux passagers bloqués à bord : « Nous savons que vous avez peur. Nous vous entendons. Nous travaillons avec les opérateurs du navire et avec les pays d’origine. »
L’OMS a précisé que le risque pour le grand public reste faible, et que la transmission interhumaine limitée observée ici serait liée au variant andin du virus, déjà connu pour cette caractéristique dans certaines épidémies antérieures en Amérique du Sud.
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