Le gĂ©nĂ©ral de rĂ©serve Guershon HaCohen ne partage pas le pessimisme ambiant. Alors que des experts multiplient les analyses sur la situation stratĂ©gique difficile dans laquelle se retrouve IsraĂ«l après la signature du mĂ©morandum d’entente irano-amĂ©ricain, HaCohen dĂ©fend une lecture opposĂ©e — et son optimisme repose sur une relecture du concept mĂŞme de guerre.
Les critiques avancent invariablement le mĂŞme argument : avant d’entrer en guerre, il faut dĂ©finir des objectifs clairs et vĂ©rifier s’ils sont atteignables. HaCohen retourne cette logique contre ses auteurs. Ses adversaires, dit-il, raisonnent diffĂ©remment — et ont parfois raison de le faire. L’exemple qu’il convoque est frappant : Anouar Sadate, en lançant la guerre du Kippour en 1973, savait pertinemment que l’armĂ©e Ă©gyptienne n’avait pas les moyens de reconquĂ©rir la totalitĂ© du SinaĂŻ. C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui avait induit en erreur le renseignement israĂ©lien, qui avait conclu — raisonnablement mais Ă tort — qu’un dirigeant rationnel conscient des limites de son armĂ©e n’ouvrirait pas les hostilitĂ©s. La logique de Sadate Ă©tait autre : une fois la guerre dĂ©clenchĂ©e, une nouvelle rĂ©alitĂ© et de nouvelles opportunitĂ©s Ă©mergeraient, impossibles Ă Ă©valuer depuis le calme prĂ©cĂ©dant les combats. HaCohen rappelle que c’est cette mĂŞme philosophie de dĂ©cision qui guide tous les ennemis d’IsraĂ«l.
Trois objectifs partiellement atteints — et ce n’est pas un Ă©chec
Appliquant cette grille Ă la guerre contre l’Iran, HaCohen note que ni le niveau politique ni Tsahal n’avaient, au dĂ©part, la certitude de pouvoir renverser le rĂ©gime iranien. La chute du rĂ©gime n’a donc jamais fait partie des objectifs dĂ©clarĂ©s. Trois buts ont Ă©tĂ© dĂ©finis : neutraliser les capacitĂ©s nuclĂ©aires iraniennes, dĂ©truire les arsenaux balistiques et porter atteinte au soutien de TĂ©hĂ©ran Ă ses forces supplĂ©tives. Ces objectifs n’ont Ă©tĂ© atteints que partiellement. Pour autant, compte tenu de l’ampleur des rĂ©sultats militaires et de la nature imprĂ©visible de toute guerre, cela ne saurait ĂŞtre qualifiĂ© d’Ă©chec.
Le comportement de Trump au cours des deux dernières semaines — perçu en IsraĂ«l comme un abandon — ne surprend pas non plus HaCohen. Il rappelle que le partenariat amĂ©ricano-israĂ©lien au seuil de la guerre Ă©tait sans prĂ©cĂ©dent, mais qu’il ne reposait pas dès le dĂ©part sur des intĂ©rĂŞts identiques. Au moment oĂą Trump a privilĂ©giĂ© un arrĂŞt des combats, la divergence d’intĂ©rĂŞts entre les deux alliĂ©s Ă©tait prĂ©visible et comprĂ©hensible. Deux amis qui partent en voyage ensemble n’empruntent pas toujours le mĂŞme chemin jusqu’au bout.
Une opportunité dans la crise
Ce que traverse IsraĂ«l aujourd’hui est, selon HaCohen, une occasion de clarifier sa propre voie stratĂ©gique dans la rĂ©gion en mutation. Sur la question d’un État palestinien — qu’il prĂ©sente comme une menace existentielle dans les conditions actuelles, plus grave encore qu’un Iran nuclĂ©aire —, il note que si la guerre s’Ă©tait terminĂ©e sur une transformation positive en Iran, la pression internationale sur IsraĂ«l pour faire un « dernier petit geste » en faveur de la paix rĂ©gionale aurait pu s’intensifier. La façon inquiĂ©tante et incertaine dont l’accord avec l’Iran se construit rappelle Ă IsraĂ«l qu’il doit compter sur lui-mĂŞme — Ă©viter les retraits qui affecteraient ses conditions de sĂ©curitĂ© fondamentales, et maintenir sa libertĂ© d’action au Liban comme en Syrie. Dans les bouleversements rĂ©gionaux en cours, IsraĂ«l a besoin d’un nouveau cadre stratĂ©gique — y compris pour dĂ©finir les termes de sa dĂ©pendance Ă l’Ă©gard des États-Unis.
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