Les nĂ©gociations entre Washington et TĂ©hĂ©ran Ă Islamabad achoppent officiellement sur la question du dĂ©troit d’Ormuz. Les AmĂ©ricains exigent son ouverture complète Ă la navigation comme condition prĂ©alable Ă tout accord. Les Iraniens rĂ©pondent par des Ă©vocations de « contraintes techniques ». Ce qui se cache derrière cette formule diplomatique est, selon des sources amĂ©ricaines citĂ©es par le New York Times, Ă la fois plus simple et plus alarmant qu’un calcul politique : l’Iran a minĂ© le dĂ©troit — et ne sait plus exactement oĂą se trouvent ses propres mines.
Le tableau que rĂ©vèle ce rapport est celui d’une arme qui a Ă©chappĂ© Ă son crĂ©ateur. Peu après le dĂ©clenchement des frappes amĂ©ricano-israĂ©liennes fin fĂ©vrier, l’Iran a rapidement dĂ©ployĂ© des petites embarcations pour poser des mines dans le couloir de navigation central du dĂ©troit d’Ormuz. Ces engins immergĂ©s, combinĂ©s Ă des attaques de missiles et de drones, ont rendu le passage quasi impossible pour les tankers et les navires commerciaux, provoquant une flambĂ©e des prix du pĂ©trole mondial et confĂ©rant Ă TĂ©hĂ©ran un levier de pression considĂ©rable dans le conflit. Une stratĂ©gie d’interdiction maritime classique, redoutablement efficace Ă court terme.
Le problème est que cette efficacitĂ© avait un prix diffĂ©rĂ©. Le dĂ©ploiement rapide et massif de mines dans des eaux agitĂ©es, par des embarcations lĂ©gères et dans des conditions opĂ©rationnelles de guerre, ne laisse pas de cartographie prĂ©cise. Contrairement aux champs de mines terrestres, pour lesquels des registres de pose sont en principe tenus, les mines maritimes larguĂ©es en urgence dans un dĂ©troit aux courants complexes dĂ©rivent, se dĂ©placent, s’enfoncent ou remontent de façon imprĂ©visible. RĂ©sultat : l’Iran se retrouve dans la situation paradoxale d’avoir neutralisĂ© un dĂ©troit stratĂ©gique dont il ne maĂ®trise plus la gĂ©ographie exacte des dangers qu’il y a semĂ©s.
Le dĂ©minage est, dans les meilleures conditions du monde, une opĂ©ration longue, coĂ»teuse et dangereuse. Il exige des navires spĂ©cialisĂ©s, des plongeurs, des robots sous-marins, et surtout du temps. L’US Navy dispose de capacitĂ©s dans ce domaine, mais elles sont limitĂ©es et s’appuient sur des bâtiments de lutte en eaux peu profondes dont l’Ă©quipement spĂ©cifique au dĂ©minage reste insuffisant face Ă l’ampleur de la tâche. Quant Ă l’Iran, ses propres capacitĂ©s de dĂ©minage sont tout aussi insuffisantes — il ne peut pas retirer rapidement les engins qu’il a lui-mĂŞme posĂ©s.
C’est donc dans ce contexte que les dĂ©clarations du ministre iranien des Affaires Ă©trangères Araghchi sur les « limites techniques » prennent leur vĂ©ritable sens. Ce n’est pas une formule diplomatique destinĂ©e Ă gagner du temps dans les nĂ©gociations. C’est une reconnaissance, habillĂ©e en langage de chancellerie, d’une rĂ©alitĂ© opĂ©rationnelle concrète : le dĂ©troit reste dangereux non par dĂ©cision politique iranienne, mais par impossibilitĂ© technique de le sĂ©curiser dans un dĂ©lai raisonnable.
La situation place Washington dans une position inconfortable. Trump a exigĂ© l’ouverture du dĂ©troit, allant jusqu’Ă dĂ©clarer que les États-Unis avaient commencĂ© Ă le « nettoyer ». Mais nettoyer un champ de mines dont on ne connaĂ®t pas prĂ©cisĂ©ment l’Ă©tendue ni la localisation est une opĂ©ration qui se compte en semaines ou en mois, pas en jours. Pendant ce temps, chaque navire qui tente le passage court un risque rĂ©el, les prix de l’Ă©nergie restent sous tension, et les nĂ©gociateurs des deux camps Ă Islamabad discutent d’un calendrier que la rĂ©alitĂ© physique du fond marin rend impossible Ă tenir.
La question de l’uranium enrichi iranien, posĂ©e explicitement par Netanyahou dans sa dĂ©claration du soir mĂŞme, s’inscrit dans la mĂŞme logique : certaines dĂ©cisions militaires produisent des rĂ©alitĂ©s qui survivent aux cessez-le-feu et contraignent les diplomates longtemps après que les armes se sont tues. Les mines d’Ormuz et l’uranium enrichi sont les deux hĂ©ritages matĂ©riels de la guerre que les nĂ©gociateurs d’Islamabad devront traiter — avec ou sans accord formel, avec ou sans bonne volontĂ© des parties.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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