Où est passé Qaani ? Le web israélien l’a retrouvé : « Shmuel Cohen, agent du Mossad »

Le commandant de la Force Qods des Gardiens de la Révolution islamique est introuvable depuis le début de l’opération israélo-américaine contre l’Iran. Absent de la liste des éliminés, absent des messages de condoléances pour Khamenei — le mystère Ismaïl Qaani a rapidement enflammé les réseaux sociaux israéliens, qui n’ont pas tardé à construire leur propre version des faits.

Une journée à peine après le déclenchement de l’offensive, son nom brillait par son absence sur tous les fronts. Ni dans les communiqués de Tsahal, ni dans les déclarations de deuil du régime iranien suite à la mort du Guide suprême Ali Khamenei. Pendant que d’autres hauts responsables encore en vie continuaient d’apparaître à la télévision d’État pour proférer des menaces et se montrer en public, Qaani restait hors radar. Totalement. Et c’est précisément ce silence qui a mis le feu aux poudres.

Un fantôme nommé Shmuel

Sur les réseaux sociaux israéliens, la machine à blagues s’est mise en marche à toute vitesse. L’organisation que dirige Qaani — la Force Qods, bras armé des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution — a certes perdu une partie de son influence au fil des années, notamment depuis la mort de son prédécesseur Qassem Soleimani en janvier 2020. Mais son commandant n’en reste pas moins un acteur de premier plan dans l’architecture sécuritaire iranienne. Son absence remarquée a donc nourri toutes les spéculations.

Le journaliste et animateur Hanoch Daum a été l’un des premiers à alimenter la vague. Il a publié une photo de Qaani accompagnée d’un message au ton faussement compatissant : « Mes vœux de prompt rétablissement à Ismaïl Qaani, haut responsable des Gardiens de la Révolution qui, contrairement à ses collègues, n’a pas participé à la réunion d’urgence chez Khamenei en raison d’une grippe. Remets-toi vite, Ismaïl. »

Les commentaires n’ont fait qu’amplifier le mouvement en construisant un récit alternatif complet autour de la disparition du chef des Qods. « Shmuel Knaani ! C’était notre voisin dans l’ancien appartement », a écrit un internaute. « Comment ils n’ont pas réalisé avant qu’il était agent ? » a répondu un autre. Les plaisanteries ont très vite pris un tour plus élaboré : « Super Shmuel Knaanen, le meilleur agent du Mossad en Iran », « C’est lui la balance », « Shmuel HaCohen, agent du Mossad » — le prénom hébraïsé circulait dans des dizaines de variantes.

Yoseph Haddad entre dans la danse

Le militant de la diplomatie publique Yoseph Haddad, connu pour ses prises de position pro-israéliennes dans les médias arabophones et internationaux, a lui aussi rejoint la fête. Dans un post largement partagé, il a écrit :

« C’est tout simplement dingue comme Ismaïl Qaani, commandant de la Force Qods iranienne, réussit à continuer à berner le régime iranien. Ils n’ont pas encore compris qu’il survit toujours quand tous ceux autour de lui sont éliminés ? Ils n’ont pas encore compris qu’à chaque grande frappe israélienne il disparaît soudainement ? On finira par nommer des rues à son nom en Israël. Allez, Qaani, continue ton excellent travail, on est derrière toi. »

Le tweet de Haddad a rapidement accumulé des milliers de partages, devenant l’une des publications les plus virales de la journée sur le conflit en cours.

D’autres internautes ont joint à leurs messages des photomontages et des images détournées, imaginant Qaani en tenue civile dans des rues de Tel Aviv, ou posant aux côtés d’agents supposés du Mossad. La mécanique du complot fictif, poussée à l’absurde, fonctionnait à plein régime.

Une absence qui interroge

Au-delà de l’humour, la question demeure ouverte sur le plan stratégique. Qaani a succédé à Qassem Soleimani après l’assassinat de ce dernier par les États-Unis à Bagdad en janvier 2020. Depuis lors, son profil public est resté nettement plus discret que celui de son prédécesseur, qui incarnait à lui seul une partie du prestige militaire iranien. Mais la Force Qods qu’il dirige continue de coordonner le soutien logistique, financier et militaire à l’ensemble des milices du « Axe de la résistance » — du Hezbollah au Hamas, en passant par les Houthis et diverses factions irakiennes.

Son silence absolu dans les premières heures de la guerre soulève donc plusieurs hypothèses : mort non encore confirmée, mise à l’abri préventive, ou encore — et c’est ce que les blagues israéliennes exploitent avec délectation — une coopération silencieuse avec les services israéliens que personne n’osait formuler autrement que sous forme de farce.

Aucune source officielle n’a confirmé ni infirmé la moindre de ces pistes. Tsahal n’a pas mentionné Qaani parmi les cibles neutralisées. Le régime iranien, de son côté, ne l’a pas non plus montré en public. Le mystère reste entier — et le web israélien continue, lui, de s’en amuser.

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