Pendant les funérailles de Khamenei : le président et le ministre des Affaires étrangères attaqués dans la rue

La dernière étape du cortège funèbre du guide suprême Ali Khamenei a débuté ce jeudi avec l’arrivée de son cercueil dans sa ville natale de Mashhad, où il sera inhumé dans la journée au sanctuaire de l’imam Reza. Cette ultime étape intervient après une nuit de frappes américaines dont l’ampleur a largement dépassé les échanges de tirs sporadiques observés depuis le cessez-le-feu.

Près de 90 cibles supplémentaires, liées à la menace iranienne sur le détroit d’Ormuz, ont été frappées cette nuit : systèmes de défense aérienne, radars, sites de stockage de missiles et de drones, ainsi que des infrastructures logistiques militaires le long du littoral. Ces frappes s’ajoutent aux 80 cibles touchées la nuit précédente.

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Pour la première fois depuis l’annonce du cessez-le-feu en avril, des cibles situées au cœur du pays ont également été visées : les médias iraniens ont fait état de ponts ferroviaires endommagés entre Téhéran et Mashhad, provoquant l’arrêt du trafic sur cette ligne, précisément le dernier jour du cortège funèbre du guide suprême. Le ministère iranien de la Santé a fait état d’au moins 14 morts et 78 blessés sur les deux journées de frappes.

Un pont touché sur le corridor chinois

L’agence de presse Fars, proche des Gardiens de la révolution, a rapporté que l’un des ponts endommagés, situé dans la province du Golestan, fait partie du corridor Chine-Turkménistan-Iran. Selon ce rapport, le volume de trains de marchandises chinois empruntant cette ligne aurait triplé depuis le blocus, et la Russie utilise cette même voie pour acheminer des marchandises vers l’Iran depuis la fin de l’année dernière. Le pont aurait été touché par des missiles de croisière ; aucune victime n’est à déplorer et sa réparation est annoncée comme imminente.

Le cortège funèbre de Khamenei doit donc s’achever aujourd’hui à Mashhad, après être passé par Téhéran, puis par la ville de Qom, avant de se diriger vers les villes saintes chiites de Najaf et Kerbala. Le cercueil a atterri ce matin à l’aéroport de Mashhad, où une procession est attendue jusqu’à son inhumation au sanctuaire de la ville. L’une des questions centrales reste de savoir si son fils et successeur désigné, Mojtaba Khamenei, apparaîtra publiquement lors des cérémonies.

En début de semaine, le New York Times avait rapporté que Mojtaba avait demandé à participer à la cérémonie finale à Mashhad, mais que les services de sécurité avaient refusé cette demande, par crainte pour sa sécurité ou d’un pistage de ses déplacements par Israël. Selon plusieurs informations, il aurait été blessé lors de l’attaque qui a tué son père et aurait subi des opérations de chirurgie plastique à la suite de cet épisode. L’absence prolongée et publique de Mojtaba Khamenei, nouveau guide suprême, crée un vide à la tête du régime.

Une vidéo diffusée sur le réseau social X montre par ailleurs une tentative d’agression contre le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghtchi à Téhéran : on y voit des individus s’en prendre violemment à lui, une pierre étant jetée dans sa direction. L’auteur du message qualifie l’incident d’acte terroriste et réclame une réponse ferme de la justice iranienne à l’égard des agresseurs. La vidéo est consultable ici : https://x.com/mhmdhsyn__/status/2074575596353405181

La faction pragmatique à la tête du régime, qui avait poussé à l’accord de cessez-le-feu avec les États-Unis et qui regroupe le président Massoud Pezeshkian, le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghtchi et le président du Parlement Ghalibaf, se retrouve depuis plusieurs semaines sous une pression croissante de la ligne dure du régime, laquelle pousse à la poursuite de l’affrontement.

Les funérailles de Khamenei ont porté cette tension jusque dans la rue : selon un reportage du New York Times, une foule d’extrémistes a tenté, lors des funérailles à Téhéran, de faire tomber Pezeshkian aux cris de « mort au souriant », tandis qu’Araghtchi était attaqué à coups de pierres et pourchassé dans une ruelle. À la suite de ces attaques, des responsables gouvernementaux et leurs soutiens ont appelé à l’arrestation des extrémistes et à leur mise en accusation par la justice.

Le fils et conseiller du président, Youssef Pezeshkian, est monté au créneau sur les réseaux sociaux pour défendre la politique de dialogue de son père avec les États-Unis et condamner les agresseurs. « Si cette colère se dirige contre nos propres hauts responsables et porte atteinte à l’unité interne et à l’unité islamique plus large, cela signifie qu’elle est devenue un outil entre les mains de l’ennemi », a-t-il écrit.

Dans le même temps, Pezeshkian s’en est pris hier aux États-Unis, affirmant que Washington « exerce des pressions sur ses rivaux, crée des obstacles et trompe son monde », tandis que le vice-directeur de la communication de son bureau, Mehdi Tabatabai, s’est interrogé sur les réseaux sociaux, dans ce qui ressemble à une allusion à Trump : « Que fait-on quand quelqu’un ne tient ni sa parole ni sa signature ? »

Toujours selon le New York Times, des responsables gouvernementaux et de hauts responsables iraniens au fait des discussions internes ont indiqué que la direction du pays est plongée dans le « chaos », aucune décision n’ayant encore été prise quant à la poursuite de l’affrontement militaire ou un retour à la voie diplomatique.

Échanges de coups nocturnes

Les frappes de cette nuit ont visé plusieurs points du littoral : Bouchehr, ainsi que les villes portuaires de Chabahar, Bandar Abbas et Sirik. Une vidéo montre une tour de contrôle maritime touchée à Chabahar, et le CENTCOM a publié des images en noir et blanc d’une frappe sur une piste d’atterrissage et des lanceurs de missiles.

L’Iran a, de son côté, mené des attaques tout au long de la nuit contre les pays du Golfe. Selon l’armée iranienne, des drones ont été lancés vers une batterie Patriot au Koweït, des dépôts de carburant américains à Bahreïn, ainsi que des sites d’alerte précoce au Qatar, médiateur entre Washington et Téhéran dans les négociations en cours.

À Bahreïn, où se trouve le quartier général de la Cinquième flotte américaine, des sirènes ont retenti à trois reprises ; au Koweït, les autorités ont annoncé que la défense aérienne était intervenue contre une « menace hostile de missiles et de drones » ; et au Qatar, la population a reçu une alerte sur un relèvement du niveau de menace — une première depuis le cessez-le-feu d’avril.

Tout au long de la journée, le président américain a durci le ton, déclarant qu’à ses yeux le cessez-le-feu avec l’Iran était désormais « terminé ». Un haut responsable américain a déclaré à Axios : « On va les frapper un peu pour qu’ils comprennent qu’on ne plaisante pas », ajoutant que la durée de l’escalade — quelques jours ou un mois — dépendrait uniquement de la poursuite ou non des attaques iraniennes contre des navires dans le détroit d’Ormuz.

Dans un échange avec des journalistes à bord d’Air Force One durant la nuit, Trump a déclaré : « Ils veulent tellement conclure un accord. Ils ont appelé il y a peu. » Il a ajouté : « Je ne sais juste pas s’ils méritent de conclure un accord. Je ne sais pas s’ils le respecteront… Ils ont un peu perdu le contrôle. »


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