Plus court, plus rapide, plus meurtrier : les armĂ©es du monde stupĂ©faites par la puissance de l’armĂ©e de l’air israĂ©lienne

Trois sorties par jour et par pilote. Cinq mille munitions larguĂ©es en quatre jours. Une coordination inĂ©dite avec les États-Unis qui a transformĂ© deux forces aĂ©riennes en une seule. Et au sol, des Ă©quipes techniques majoritairement fĂ©minines qui ont battu tous les records mondiaux de dĂ©lai de remise en condition entre deux missions. Dans sa chronique publiĂ©e ce vendredi dans Maariv, le journaliste Ben Caspit dresse un portrait saisissant de l’armĂ©e de l’air israĂ©lienne en guerre — et des coulisses d’une opĂ©ration qui a laissĂ© les Ă©tats-majors du monde entier sans voix.

La course entre les lanceurs et les bombardiers

Tout est parti d’un constat mathĂ©matique. Le nombre de chasseurs et de pilotes de Tsahal est fixe, connu, et l’Iran le connaĂ®t aussi. Dès les premières heures de la planification de l’opĂ©ration, les stratèges de l’armĂ©e de l’air ont identifiĂ© l’enjeu central : une course de vitesse entre la capacitĂ© de tir iranienne et la capacitĂ© israĂ©lienne Ă  dĂ©truire les lanceurs avant qu’ils ne tirent. Pour gagner cette course, une seule option : augmenter radicalement le nombre de sorties par appareil et par pilote.

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La solution retenue : trois sorties quotidiennes par pilote, contre une ou deux en temps normal. Ce rythme infernal — aller-retour vers l’Iran trois fois dans la mĂŞme journĂ©e — impliquait de maintenir les Ă©quipages Ă©veillĂ©s et opĂ©rationnels bien au-delĂ  des limites physiologiques habituelles. La rĂ©ponse : des boissons Ă©nergisantes soigneusement sĂ©lectionnĂ©es après des tests mĂ©dicaux rigoureux, combinĂ©es Ă  une prise en charge nutritionnelle adaptĂ©e et Ă  des apprentissages tirĂ©s de l’expĂ©rience amĂ©ricaine en matière de vols longue durĂ©e. L’objectif Ă©tait de s’assurer qu’aucune pilule ou boisson n’affecterait la prĂ©cision des pilotes ni leur motricitĂ© en vol.

Le rĂ©sultat est vertigineux. Mercredi Ă  midi, l’armĂ©e de l’air avait larguĂ© sa 5 000e munition sur des cibles en Iran — en quatre jours de combat. Pour comparaison, l’ensemble de l’opĂ©ration « Am Kalbi » contre l’Iran avait nĂ©cessitĂ© 3 700 munitions rĂ©parties sur douze jours. L’intensitĂ© de la campagne en cours est donc sans commune mesure avec ce qui avait prĂ©cĂ©dĂ©.

Les 48 premières heures : le moment de vérité

L’essentiel de l’effort s’est concentrĂ© sur les 48 premières heures, les plus intenses. Dans ces premières journĂ©es, pilotes et Ă©quipes au sol ont Ă©tĂ© poussĂ©s Ă  des limites qu’ils n’avaient jamais atteintes. La règle non Ă©crite de l’armĂ©e de l’air en temps de guerre — « soit tu voles, soit tu dors, soit tu manges » — a Ă©tĂ© rĂ©duite Ă  sa plus simple expression : « soit tu voles, soit tu manges ». Le sommeil a disparu du tableau de service.

L’Iran n’Ă©tait pas passif. TĂ©hĂ©ran avait prĂ©parĂ© le terrain, avec des pelleteuses et des tracteurs prĂ©positionnĂ©s sur les sites de lancement pour rouvrir les tunnels bombardĂ©s aussi vite que possible après chaque frappe. Les Iraniens avaient comptĂ© sur la frĂ©quence habituelle des sorties israĂ©liennes pour trouver des fenĂŞtres de rĂ©cupĂ©ration. La cadence de trois missions quotidiennes n’a pas laissĂ© ces fenĂŞtres s’ouvrir.

Jeudi, l’Ă©valuation dans les rangs israĂ©liens Ă©tait que l’armĂ©e de l’air approchait du point de bascule : la capacitĂ© de lancement iranienne n’Ă©tait pas rĂ©duite Ă  zĂ©ro, mais amenĂ©e Ă  un niveau que les systèmes de dĂ©fense antimissile pouvaient gĂ©rer sans ĂŞtre submergĂ©s.

Le secret des équipes au sol — et des femmes

Une des surprises rĂ©currentes que les officiers amĂ©ricains et Ă©trangers rapportent de leurs visites dans les bases aĂ©riennes israĂ©liennes tient Ă  un chiffre : le temps de prĂ©paration et de rĂ©armement d’un chasseur israĂ©lien entre deux missions est sensiblement infĂ©rieur Ă  celui observĂ© aux États-Unis, en Grande-Bretagne ou dans n’importe quelle autre armĂ©e de l’air du monde — et ce avec des effectifs au sol plus rĂ©duits.

Caspit souligne un Ă©lĂ©ment que peu d’observateurs extĂ©rieurs anticipent : une partie significative de ces Ă©quipes au sol est composĂ©e de femmes. Non par hasard, mais par rĂ©sultat. Tous ceux qu’il a interrogĂ©s sur le sujet s’accordent sur le mĂŞme constat : les jeunes IsraĂ©liennes affectĂ©es aux Ă©quipes techniques apportent un niveau de dĂ©brouillardise, de crĂ©ativitĂ© et d’Ă©nergie qui se traduit directement en performances opĂ©rationnelles. Elles courent entre les dĂ©pĂ´ts de munitions, les bombes et les missiles pour s’assurer que le temps entre deux dĂ©collages soit rĂ©duit au strict minimum. Difficile Ă  expliquer Ă  un observateur Ă©tranger. Impossible Ă  reproduire sur le papier.

La révélation de la puissance américaine

Le conflit a Ă©galement Ă©tĂ© l’occasion pour les IsraĂ©liens de mesurer concrètement ce que reprĂ©sente la puissance aĂ©rienne amĂ©ricaine Ă  plein rĂ©gime. Plus de cent avions ravitailleurs modernes ont envahi le ciel du Moyen-Orient, permettant Ă  chaque pilote israĂ©lien de faire le plein presque n’importe oĂą, n’importe quand, sans se soucier du rayon d’action de son appareil. Les dialogues entre pilotes lors de ces ravitaillements en vol seront un jour publiĂ©s, note Caspit, et ils tĂ©moigneront de quelque chose d’unique.

Cette coordination israĂ©lo-amĂ©ricaine — marine, air, renseignement, fondus en une seule entitĂ© opĂ©rationnelle — est dĂ©crite par des sources dans l’armĂ©e de l’air comme « sans prĂ©cĂ©dent dans l’histoire des deux pays ». Les AmĂ©ricains ont pu observer en retour des capacitĂ©s israĂ©liennes qu’ils n’avaient jamais vues de si près : la prĂ©cision du renseignement fourni par l’unitĂ© 8200 et par Aman, la crĂ©ativitĂ© tactique, des systèmes dont on ne connaĂ®tra les dĂ©tails que dans un avenir lointain.

Binder Ă  Aman, Bar Ă  la tĂŞte de l’armĂ©e de l’air

En toile de fond, Caspit revient sur deux nominations qui conditionnent cette rĂ©ussite. Tomer Bar, commandant de l’armĂ©e de l’air, est dĂ©crit comme l’exact opposĂ© de son prĂ©dĂ©cesseur Amikam Norkin — discret, loin de l’agitation mĂ©diatique, focalisĂ© sur l’efficacitĂ© plutĂ´t que sur la visibilitĂ©. Sa rĂ©serve publique n’a pas empĂŞchĂ© son nom de circuler dans les couloirs comme celui de l’architecte silencieux de cette campagne.

L’autre figure est le gĂ©nĂ©ral Shlomi Binder, nommĂ© chef du renseignement militaire (Aman) Ă  la place du gĂ©nĂ©ral dĂ©missionnaire. Le chef d’Ă©tat-major Herzi Halevi avait planifiĂ© la campagne contre l’Iran après l’effondrement du plan initial du Mossad, dans lequel des milliards avaient Ă©tĂ© investis. C’est lui qui a choisi Binder pour reconstruire Aman en marchant, et pour prĂ©parer l’organisation aux phases dĂ©cisives Ă  venir. Cette semaine, selon les tĂ©moignages recueillis par Caspit, il s’avère que le choix Ă©tait le bon : la qualitĂ© du renseignement dĂ©versĂ© sur les Ă©quipages — sur TĂ©hĂ©ran, sur Beyrouth, sur tous les théâtres — est dĂ©crite par des pilotes comme « de la magie ».

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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