Le journaliste de la Chaîne 13, Yoeli Barim, a révélé hier (lundi) lors du journal télévisé de la chaîne une décision prise par la municipalité de Bné Brak sur instruction des rabbins de la ville, selon laquelle les trottoirs de rues centrales de la ville seront séparés entre hommes et femmes. Selon cette décision, de larges tronçons des rues Shlomo HaMelekh et Ezra, situées à proximité de salles de réception, seront divisés en deux afin d’éviter toute rencontre entre femmes et hommes. Il a également été rapporté que la décision pourrait s’étendre à d’autres rues.
Barim a précisé lors du journal qu’il s’agit d’un précédent, et que la raison de cette démarche tient à l’emplacement de ces rues : « Selon les rabbins, comme il s’agit d’un secteur avec des salles de réception, une zone très fréquentée, ils ne veulent pas que des hommes croisent des femmes. L’instruction publiée indique qu’il faut ‘ramener le public dans son ensemble, des plus grands aux plus petits, et éduquer sur cette règle avec une rigueur particulière’. »
Barim a ajouté : « Des sources municipales affirment qu’il s’agit d’un projet déjà en préparation depuis plusieurs années, et que la main reste tendue vers d’autres endroits de la ville. Rappelons aussi la décision de la Cour suprême, qui avait par le passé interdit à une rue d’un quartier extrémiste de Beit Shemesh, à population extrémiste, d’installer une signalétique séparant hommes et femmes — alors que cette fois, il s’agit d’une instruction et d’une décision émanant d’une municipalité. »
Réaction de la municipalité de Bné Brak à cette publication : « La lettre des rabbins de la ville est très claire et parle d’elle-même. Le public de la ville, qui est habitué à obéir aux grands d’Israël et à suivre leurs paroles, respectera leur demande. »
Une tendance qui dépasse les frontières de Bné Brak
Cette démarche s’inscrit dans une série de cas où des municipalités à travers le pays, de plus en plus marquées par une identité ultra-orthodoxe, tentent de promouvoir des décisions donnant la priorité à un mode de vie ‘haredi’ dans l’espace public. À Tibériade, les habitants de la ville mènent depuis longtemps un combat autour de la plage du Trapèze, avec des revendications visant à en faire une plage séparée. La semaine dernière, une vidéo a circulé sur les réseaux sociaux montrant le rabbin Yekoutiel Ohev Tsion, un proche du rabbin Dov Kook, s’en prendre vivement à la baignade mixte sur cette plage, qu’il qualifie de « débauche » et d’« abomination ».
Dans cette vidéo, le rabbin affirme que la plage, située à proximité du tombeau de Rabbi Méir Baal Hanes, porte atteinte à la sainteté du lieu. Il s’en prend violemment aux membres du conseil municipal et aux militants associatifs qui s’étaient opposés à l’installation d’une séparation sur la plage, qualifiant les membres de l’opposition de « méchants qui serviront d’expiation pour notre rabbin Kook », et on l’entend au cours de son intervention dire : « Vous savez pourquoi il n’est pas marié ? », en référence à l’un des détracteurs de cette initiative. Il ajoute : « Bien sûr que nous allons crier. C’est une honte qu’il faille supplier pour qu’il y ait une normalisation à Tibériade. »
À Tsfat, la contestation contre les transports publics le Shabbat se poursuit, et de nouvelles accusations émergent en parallèle concernant l’utilisation de bâtiments publics dans la ville. Natalie Pitusi, une militante associative de Tsfat, a raconté il y a environ une semaine et demie, lors d’une interview à la radio Tsafon 104.5FM, avoir remarqué le week-end dernier des groupes de ‘haredim’ transportant des matelas à l’intérieur d’un établissement éducatif, qui selon elle sert aussi à héberger du monde le week-end et se préparait pour la période dite du « Bein HaZmanim » (l’intersession entre deux périodes d’études).
Pitusi a déclaré : « C’est déjà le cinquième week-end où nous assistons à des manifestations contre les transports publics le Shabbat. En parallèle, je vois des ‘haredim’ monter des matelas vers un établissement éducatif, qui est un bâtiment public. Je leur ai demandé où ils emportaient ces matelas, et ils m’ont crié dessus : ‘silence, la shiksa’. Pour ma part, ce n’est pas la première fois que je suis confrontée à ce genre de chose. »
Le débat gagne aussi la Knesset
La question de la séparation entre les sexes ne reste pas cantonnée aux frontières municipales et a récemment atteint la Knesset. La commission de l’Éducation, de la Culture et du Sport a approuvé la semaine dernière, en deuxième et troisième lectures, le projet de loi sur les filières d’études séparées. Ce texte, porté par la députée Limor Son Har-Melekh et qui doit prochainement être soumis à l’approbation finale de la plénière de la Knesset, vise à permettre aux établissements d’enseignement supérieur d’ouvrir des filières séparées pour hommes et femmes, y compris dans le cadre d’études de troisième cycle, comme le master.
Selon ce projet de loi, l’ouverture de filières séparées sera laissée à la discrétion de chaque établissement académique et en fonction de la demande, sous réserve de l’approbation du Conseil pour l’enseignement supérieur (Malag). La nouvelle loi annule dans les faits la situation juridique qui prévalait suite à un arrêt de la Cour suprême, lequel interdisait les études séparées entre les sexes dans les cursus de troisième cycle.
Pour d’autres exemples de tensions communautaires liées aux exigences de pudeur en Israël, retrouvez notre article sur une fillette de 11 ans attaquée pour sa tenue vestimentaire à Bné Brak, ou l’ensemble de notre actualité sur https://infos-israel.news/.






