
Dans le contexte de l’escalade entre IsraĂ«l et le Hamas, c’est l’Egypte qui assure la mĂ©diation entre les parties afin d’instaurer un calme rapide. L’intĂ©rĂŞt dĂ©coule de plusieurs raisons: le sens des responsabilitĂ©s vis-Ă -vis de la bande de Gaza, la guerre contre Daesh, la crainte d’une intervention de l’Iran et l’économie locale.
Dans la dernière escalade entre IsraĂ«l et le Hamas et comme dans tout Ă©vĂ©nement similaire de ces dernières annĂ©es, de nombreux efforts frĂ©nĂ©tiques ont Ă©tĂ© signalĂ©s pour apaiser IsraĂ«l et le Hamas sous les auspices de l’Égypte.
L’Égypte a de nombreux intérêts à jouer entre les parties, en partie à cause de la volonté de maintenir la stabilité dans la région, mais elle a également plusieurs raisons de rester calme.
Premièrement, l’Égypte se sentait responsable de la bande de Gaza, une zone qu’elle contrĂ´lait entre 1948 et 1967 sans donner aux Palestiniens l’indĂ©pendance ou l’autodĂ©termination. Aux yeux de l’Égypte, Gaza est la porte arrière de la pĂ©ninsule du SinaĂŻ. L’Ă©lection de Muhammad Morsi, membre des Frères musulmans, Ă la prĂ©sidence Ă©gyptienne en 2012 a promis une nouvelle ère de patronage islamique Ă Gaza.
Cependant, depuis la chute d’Abd al-Fatah al-Sisi Ă l’Ă©tĂ© 2013, le Hamas s’est senti assiĂ©gĂ© des deux cĂ´tĂ©s, dans le nord d’IsraĂ«l et le sud de l’Égypte. Le rĂ©gime d’al-Sisi a persĂ©cutĂ© les Frères musulmans et a mĂŞme dĂ©clarĂ© le Hamas Ă©tait une organisation terroriste. Après avoir subi des pertes lors d’attaques terroristes Ă Rafah, l’Égypte a accusĂ© le Hamas de fournir des armes Ă des terroristes dans le SinaĂŻ et, en 2015, a inondĂ© les tunnels de son organisation avec de l’eau, un geste extrĂŞme que mĂŞme IsraĂ«l n’a pas franchi.
Cependant, l’approche de l’Égypte vis-Ă -vis du Hamas est devenue plus pragmatique ces deux dernières annĂ©es, car l’armĂ©e Ă©gyptienne a compris qu’il Ă©tait prĂ©fĂ©rable de partager le Hamas dans la guerre contre Daesh dans le SinaĂŻ, qui constitue une menace commune pour les deux parties. Le Hamas s’est efforcĂ© de mettre un terme Ă la contrebande qui a endommagĂ© les relations avec l’Égypte et a fourni Ă ses renseignements des informations vitales sur la Wa’it Sina (une province du Sinai), affiliĂ©e Ă Da’ash.
Depuis que l’Égypte s’est lancĂ©e dans une opĂ©ration militaire Ă grande Ă©chelle appelĂ©e SinaĂŻ 2018 pour purger la terreur de la pĂ©ninsule du SinaĂŻ, les informations fournies par le Hamas Ă©taient essentielles. Les vidĂ©os de Daesh corroborent ces informations, puisqu’elles montrent l’exĂ©cution de collaborateurs du Hamas.
La seule solution: un accord politique !
Al-Ahram, le journal Ă©gyptien officiel, a rĂ©cemment publiĂ© un Ă©ditorial Ă la lumière de l’Ă©chec de l’Égypte en matière de mĂ©diation et de la rĂ©cente escalade. L’article exprime clairement l’objectif de l’Égypte dans les efforts de mĂ©diation Ă Gaza. Selon le comitĂ© de rĂ©daction, tous les accords de Tahadiya sont Ă court terme, une sorte de paracĂ©tamol pour une maladie chronique grave causĂ©e par l’absence d’accords permanents sur la question palestinienne.
Deux arrangements seulement peuvent constituer une solution rĂ©elle et Ă long terme Ă la crise: l’unification de l’AutoritĂ© palestinienne, qui marquera la fin de la sĂ©paration entre le Fatah et le Hamas et l’Ă©tablissement d’un règlement politique entre Palestiniens et IsraĂ«l basĂ© sur les frontières de 1967.
Mais il est clair pour l’Égypte que les deux accords ne sont pas réalisables pour le moment, alors pourquoi l’Égypte poursuit-elle ses efforts de médiation ?
L’Égypte est Ă©galement consciente que si elle abandonne Gaza, le Hamas n’aura pas d’autre choix de se tourner vers les patrons et les mĂ©diateurs alternatifs, les ennemis de l’Égypte : l’Iran et le Qatar. La pire option pour l’Égypte est le parrainage du Hamas par l’Iran, car cela dĂ©pend d’une confrontation en cours avec IsraĂ«l et garantit l’instabilitĂ© persistante dans la rĂ©gion.
Le moins grave des deux maux pour l’Égypte est l’aide du Qatar.En dĂ©pit du soutien des Qataris aux Frères musulmans, de l’opposition au rĂ©gime Ă©gyptien et de la rupture des relations avec ce dernier depuis la rĂ©volution d’al-Sisi en 2013, le Qatar est disposĂ© Ă transfĂ©rer des fonds au Hamas, mais ne promet pas son apaisement avec l’AutoritĂ© palestinienne en JudĂ©e Samarie ou la cessation des hostilitĂ©s contre IsraĂ«l.
Sur le plan idĂ©ologique, le Qatar soutient les intĂ©rĂŞts et l’idĂ©ologie extrĂ©mistes du Hamas. Par consĂ©quent, la possibilitĂ© d’une mĂ©diation Ă©gyptienne est la meilleure option Ă la fois pour l’Égypte et pour IsraĂ«l. Mais la situation Ă Gaza est sur le point d’exploser de l’intĂ©rieur, peu importe qui influencera le Hamas de l’extĂ©rieur.
La dure répression exercée la semaine dernière par la police du Hamas contre les manifestants palestiniens contre le chômage et la pauvreté a soulevé des questions dans la presse arabe: la responsabilité de la situation à Gaza est-elle uniquement imputable à Israël ?
Quelle est l’Ă©tendue de la responsabilitĂ© du Hamas dans la situation de dĂ©gradation de Gaza ?
Et le régime du Hamas après 12 ans de règne à Gaza at-il échoué économiquement ?
Le Hamas craint que la nouvelle vague de manifestations dans le monde arabe, devienne une sorte de printemps arabe.




